LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

mercredi 18 juillet 2018

" Irresponsabilité ", l'éditorial de Sébastien Crépel dans l'Humanité du Jeudi 19 juillet



Faut-il en rire ou s’en désespérer ? La servilité face à leur maître des députés de la Macronie, qui vantent, après l’avoir combattue, la possibilité offerte demain au président-monarque d’avoir le dernier mot au Congrès face aux représentants de la nation, montre le degré d’abaissement du Parlement auquel conduit le régime actuel des institutions. Nul besoin d’en rajouter en permettant de piétiner jusqu’au bout la séparation des pouvoirs. Après avoir contraint les élus à écouter au garde-à-vous le discours du trône, l’omnipotence du chef de l’État serait ainsi consacrée, en même temps que son irresponsabilité, puisque le Congrès n’aurait nul moyen de le censurer. C’est ce qui se profile si la bien nommée majorité présidentielle entraîne par son vote le Parlement tout entier à se saborder lui-même en cédant aux désirs de l’Élysée.
Dans quelle démocratie au monde le président de la République ­réunit-il le pouvoir législatif pour lui annoncer qu’il amende de son propre chef un projet de loi constitutionnelle en vue d’élargir ses pouvoirs ? À part, peut-être, dans la Turquie d’Erdogan, cela n’existe pas. Et Emmanuel Macron fait mine de s’étonner du reproche qu’on lui ferait de « respecter la Constitution » en convoquant le Parlement une fois l’an à Versailles. Qu’il n’enfreigne pas la loi fondamentale, c’est bien le moins ! Le problème est, bien entendu, ailleurs : il réside dans la fuite en avant présidentialiste entamée avec la Constitution de 1958, et poursuivie par la réforme du quinquennat présidentiel en 2000, puis par la révision sarkozyste votée de justesse par le Congrès, il y a dix ans.
Au moins le texte fondateur de la Ve République avait-il été approuvé par référendum. Ce n’est pas la voie choisie par Emmanuel Macron qui, comme Sarkozy en 2008, préfère mener des tractations de couloir au Parlement. Comme quoi, on peut aspirer à devenir monarque absolu et s’accommoder du « régime des partis » qu’on fustige quand il s’agit de contourner le peuple.

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