LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

jeudi 18 avril 2019

« La haine », le billet de Maurice Ulrich dans l’Humanité de demain vendredi


« Pas de trêve pour la haine ». Dans un éditorial Nicolas Beytout le directeur du quotidien l’Opinion qui se définit lui-même comme libéral, s’insurge. Cette haine écrit-il, elle s’est déversée par des dizaines et des dizaines de milliers de messages contre «les milliardaires-qui-préfèrent-donner-pour-des vieilles-pierres-plutôt- que- pour- les pauvres». Les tirets sont de son fait. «Pas de pause, poursuit-il, dans ce combat viscéral contre les très riches Français (…) la jalousie ne fait jamais relâche». Salauds de pauvres, un peu étonnés tout de même, voire sidérés de voir que de telles sommes pouvaient être mises sur la table, comme un simple jeton, par quelques grandes fortunes. Comment toutes celles et ceux qui, bouleversés, étaient déjà résolus a verser leurs dix, cinquante ou cent euros ne seraient pas, comment dire, un peu humiliés quand il semble si facile à d’autres de parler en centaines de millions. Mais il s’agit de haine, il s’agit de jalousie, d’un combat viscéral nous dit-on et pas seulement Nicolas Beytout.…Qui est dans le mépris, où est la haine?
J'ajoute, ce que je n'ai pas mis dans le billet pour éviter tout amalgame et tout excès que ce thème de la Haine des riches n'est pas neuf. La formule a une histoire.
Voici ce qu'écrivait un auteur qui au siècle dernier connut une certaine notoriété pour de multiples raisons autres que ses talents d'écrivain et d'aquarelliste.
" Le besoins de justice sociale qui sommeille toujours dans le cœur d'un Aryen, le Juif le l'excite habilement jusqu'à ce qu'il se transforme en haine contre ceux qui jouissent d'un sort plus heureux et il donne un aspect philosophique précis au combat livré contre les maux sociaux, il jette les bases de la doctrine marxiste". Cet auteur est Hitler, dans Mein Kampf. Il serait bon que ceux qui utilisent cette formule en toute méconnaissance - on l'espère  -  en soient informés!...

« LA REDISTRIBUTION », L’EDITORIAL DE PIERRE CHAILLAN DANS L’HUMANITE DE DEMAIN VENDREDI


C’est un scandale qui éclate au grand jour. Depuis des décennies, des centaines de milliards de bénéfices ont été engrangés par les groupes de la distribution, propriété des grandes fortunes, les Arnault, Mulliez et consorts. Le mammouth consumériste «  dégraisse  », se sépare de dizaines de milliers d’employés, de techniciens et de caissières qui ont assuré par leur travail chichement payé, contraints à des horaires impossibles, ces rentrées colossales d’argent. Pour quoi faire si ce n’est pour se redéployer vers des secteurs plus juteux et relancer les taux de profit  ! Dans ce système de la sacro-sainte «  concurrence libre et non faussée  », démultipliée par la signature par l’Union européenne (UE) d’accords commerciaux, l’apparition de géants ubérisés de la vente en ligne rend plus féroce la guerre économique. Ce sont toujours les mêmes qui paient. Où se trouve encore l’intérêt de vendre Aéroports de Paris (ADP) au privé Vinci si ce n’est au profit des actionnaires  ?
Le Medef, représentant légal de ces intérêts et de cet ordre capitaliste établi, fait entendre sa voix sur les retraites. Ses recettes, ici comme ailleurs  ? La réduction des dépenses publiques et la régression pour ceux qui ont du mal à finir les fins de mois, la baisse de la fiscalité et les avantages pour ceux dont les dividendes explosent. Pourtant, la théorie du ruissellement fait pschitt  ! Pire, elle liquéfie tout, et d’abord les rapports humains, comme l’a montré le sociologue Zygmunt Bauman.
Face à cette société liquide de suraccumulation des capitaux, la seule théorie qui permet de solidement bâtir une humanité commune, c’est celle de la redistribution des richesses. Il faut alors avoir le courage de rompre avec une UE au service de la finance et totalement discréditée, à l’image d’un Juncker empêtré dans ses affaires. Ian Brossat le résume bien en ces termes : « L’Europe des gens et pas celle de l’argent  ! » C’est le moment de le dire.


Défense européenne ou sécurité collective (Yann Le Pollotec)




L’Europe de la défense n’est qu’une apparence, la seule réalité qui existe est l’OTAN avec sa stratégie belliciste de guerre préventive et sa soumission aux choix politiques et industriels des USA. La suspension du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (1) conduit à une reprise de la course aux armements sur le continent, alors que sa signature avait permis un important mouvement de désarmement (2).


L’Union européenne ne conçoit aujourd’hui sa politique de défense qu’intégrée et subordonnée à l’OTAN. La « Politique européenne de sécurité et de défense commune » et les projets d’armée européenne ne sont que des mythes. L’UE n’a aucune capacité de défense autonome. Seul le Fonds européen de la défense a une réalité avec ses 13 milliards investis dans quelques niches technologiques.

L’UE concourt avec L’OTAN, à aggraver les tensions avec la Russie. L’installation de bases antimissiles états-uniennes en Europe participe de la reprise de la course aux armements nucléaires.
Aujourd’hui la géolocalisation joue un rôle stratégique déterminant. Avec le GPS, les USA sont en situation de monopole, ce qui leur donne le contrôle des armées de l’OTAN, France comprise. L’arrivée du système européen Galileo offre une alternative. L’UE et la France doivent s’en saisir et s’émanciper du GPS.

Emmanuel Macron entend utiliser le militaire pour assouvir ses ambitions européennes. Son objectif est de faire d’une Europe de la défense « en complémentarité de l’OTAN », l’un des principaux piliers de la relance politique de l’UE vers une Europe fédérale.
Les ambitions de Macron se heurtent à de fortes oppositions au sein de l’UE. Macron n’a pas les moyens de se prévaloir d’une hégémonie militaire sur le continent. L’état de l’armée française est fortement dégradé voire clochardisé. Elle est enlisée au Mali dans une sanglante guerre d’usure. Ses capacités réelles face aux nouvelles menaces comme la cyber guerre interrogent. Malgré 50 milliards de dépenses pour sa modernisation sur vingt ans, la crédibilité de sa force nucléaire peut être remise en cause par les nouvelles technologies de détection sous-marine.

À une défense européenne pilier de l’OTAN il faut opposer une Europe de la sécurité collective émancipée de l’OTAN. Une sécurité collective s’appuyant sur la recherche d’une convergence à géométrie librement choisie des politiques de défense nationale des différents États de l’UE implique que notre pays prenne la décision de quitter l’OTAN. Cet acte produirait un choc salvateur qui permettrait d’ouvrir la voie à la dissolution de l’OTAN et à la fondation d’une sécurité collective européenne et méditerranéenne, de l’Atlantique à l’Oural, libérée des armes nucléaires, fondée sur la paix, la coopération et l’indépendance de chaque peuple.
Au XXIe siècle, au temps de la mondialisation, de la révolution du mariage des bits et atomes, de la raréfaction des matières premières, des crises climatiques, de la transition énergétique, une politique de défense assurant la paix et la souveraineté des peuples d’Europe n’est pas uniquement une question militaire, c’est avant tout une affaire de stratégie géopolitique globale. On ne peut mettre en œuvre une politique de défense sans penser éducation, recherche et développement, politique industrielle et technologique, santé, démographie, agriculture, maîtrise des ressources naturelles…

Les réseaux de télécom, les centres de stockage de données, les logiciels sont devenus les champs de bataille de véritables cyber-guerres : espionnage industriel et économique, hacking, destruction de données et de nœuds de communication… Ces cyber-guerres peuvent mettre à genoux un pays, aussi surement qu’une campagne de bombardement massif, comme l’a montré le black-out électrique du Venezuela. Les USA pratiquent un espionnage industriel et commercial massif. La défense de l’UE se joue plus dans le cyberespace avec des hackers qu’avec des divisions blindées. Cela doit impliquer la renaissance d’une industrie européenne des NTIC (3), et de n’utiliser dans les armées, les institutions, les infrastructures stratégiques que des logiciels libres ou européens et de bannir les systèmes propriétaires made in USA.

L’Union européenne doit élaborer sa doctrine de sécurité collective à partir de cette volonté politique et en lien avec le contexte géopolitique et stratégique réel, et avec l’objectif de protéger les intérêts vitaux des peuples d’Europe, leur souveraineté démocratique et leur indépendance. Cette élaboration permettra d’évaluer les menaces et de définir les moyens nécessaires pour y parer, y compris en terme d’industrie de défense.
L’UE et la France doivent mener une politique extérieure visant à la résolution des conflits dans le respect des droits humains, du droit de chaque peuple à disposer de lui-même, mais aussi en promouvant les notions de Communs mondiaux. Cette politique doit conduire à la sécurité collective, à un processus de désarmement multilatéral y compris nucléaire, et à la paix. 

Yann Le Pollotec, membre du Conseil national du PCF.

mercredi 17 avril 2019

« UN CHEMIN D’AVENIR POUR L’HUMANITÉ », L’EDITORIAL DE PATRICK LE HYARIC DANS L’HUMANITE DE DEMAIN JEUDI



L’Humanité fête aujourd’hui ses 115 ans en affrontant de redoutables difficultés financières. Ce n’est certes pas la première fois qu’elle combat pour sa survie, de l’appel poignant de Jean Jaurès, le 5 octobre 1906, contre le « déficit qui nous écrase », à celui de Marcel Cachin, en 1929, quand le gouvernement d’alors prend « l’Humanité à la gorge », en passant par celui de Roland Leroy alors que s’avance « une crise de la presse ». À chaque fois, les lectrices et lecteurs, des syndicats, des mutuelles, des associations, des personnalités diverses, les organisations communistes se sont portés au chevet du journal, lui permettant de continuer à vivre.

C’est la force de l’Humanité d’être ainsi adossée à une force militante et, plus généralement, au mouvement populaire et culturel. Elle se manifeste en ce moment même avec une collecte de souscriptions qui dépasse 2,2 millions d’euros depuis la mi-janvier, la réalisation de plus de 4 000 nouveaux abonnements, une augmentation de 3 % des ventes chez les marchands de journaux, l’organisation dans tous les départements de rencontres festives, banquets et débats publics sur l’utilité de la lecture de nos journaux.

Cet effort doit être poursuivi et amplifié. Être placé sous la protection du tribunal de commerce et devoir présenter un « plan de redressement » n’a rien de banal. Le contexte de production des journaux est bouleversé : pillage des contenus par les géants du numérique combiné à la baisse drastique des recettes publicitaires, augmentation régulière des coûts de production, baisse des recettes de ventes et d’abonnements, mutation profonde du secteur de la presse entre concentrations et rachats par des puissances industrielles et financières extérieures à la France, changement des modes de lecture de l’information avec les développements numériques, crise de la distribution, diminution depuis neuf ans des aides publiques au titre de quotidien à faibles ressources publicitaires.

C’est dans cet environnement hostile que doit se mouvoir, se débattre et combattre l’Humanité, seul organe de presse quotidienne nationale non adossé à un groupe financier ou industriel. Ce contexte oblige l’Humanité à se réinventer pour être plus et mieux au service des combats des peuples pour leur émancipation, porter la voix des invisibles, promouvoir l’unité populaire contre les divisions et la guerre organisée de tous contre tous, faire circuler les idées alternatives et animer l’offensive contre les idées néoconservatrices et d’extrême droite.

Pour être plus efficace, les rédactions de l’Humanité et de l’Humanité Dimanche vont travailler ensemble pour alimenter chacun de nos supports, à commencer par la plateforme numérique appelée à être plus réactive. L’Humanité décryptera les informations et devrait accueillir plus de reportages. L’Humanité Dimanche s’attachera à donner plus de recul, plus de profondeur aux sujets sociaux, politiques, culturels, internationaux, tout en étant plus proche de la vie quotidienne.

Notre objectif est de mieux servir les lectrices et lecteurs, tout en se lançant l’impérieux défi de conquérir un lectorat nouveau. Nous tentons également de créer pour les prochains mois une « plateforme collaborative » sur les enjeux du travail, avec la participation de syndicalistes, de salariés, d’une multitude de penseurs et de chercheurs de différentes disciplines.

115 ans, c’est l’heure pour l’Humanité de surmonter ses lourdes difficultés et de tracer de nouveaux chemins pour son avenir. Le combat est difficile. L’amplification de la campagne de dons et la proposition faite à chacune et chacun de réaliser un abonnement vont permettre d’ouvrir la voie du redressement. L’Humanité a un avenir grâce à son indépendance et sa spécificité de journal de création communiste, hérité d’une histoire riche au service de la classe ouvrière, des créateurs, de la souveraineté populaire et de la paix. Le mouvement populaire a plus que jamais besoin de l’Humanité, car, comme l’écrivait Jaurès, « la réalisation de l’humanité » est plus que jamais à l’ordre du jour.
Par Patrick Le Hyaric Directeur de l’Humanité


« CHACUN À SA PLACE », LE BILLET DE MAURICE ULRICH DANS L’HUMANITE DE DEMAIN JEUDI


Les pompiers ont courageusement pompé, et c’est vrai, les policiers ont policé, les Français ont tremblé, le monde s’est inquiété, les journalistes ont écrit, c’est un peu leur métier, et les écrivains, eux, ont rêvé (à quoi ? Mais, c’est bien connu, les écrivains sont des rêveurs) : c’est en ces termes, à peu près, que le président a cru bon d’évoquer le drame de Notre-Dame, mardi soir, dans une allocution à la télé. Il a dû en oublier. 

Et Dieu, d’ailleurs, dans tout ça ? Chacun, a-t-il dit, a fait ce qu’il devait faire et « les riches comme les moins riches ont donné », chacun a fait ce qu’il a pu, « chacun à sa place, chacun dans son rôle ». Ô ce « chacun à sa place, chacun dans son rôle », qui sonne comme cette autre phrase où il était question de « ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien ». 

Ou comme ces mots que dans certains milieux on adressait (on adresse encore ?) à un subalterne, à un domestique, s’il s’aventure à parler d’égal à égal : « Mais enfin, mon ami, restez à votre place. » Le nouveau monde d’Emmanuel Macron est ancien.


mardi 16 avril 2019

« LE TÉMOIGNAGE DE PIERRE », L’EDITORIAL DE PATRICK APEL-MULLER DANS L’HUMANITE DE DEMAIN MERCREDI


La sidération l’a d’abord emporté. La nef de pierre posée au cœur de Paris sur l’île de la Cité semblait de toute éternité. Ni les guerres, ni les incendies ne l’avaient atteinte. Au-delà des catholiques, elle symbolise Paris aux yeux de la France et du monde, comme un témoin de notre histoire, de sa résistance à l’usure du temps. 
Sous ses gargouilles ou la lumière des vitraux de la grande rosace se mêlaient l’élan d’une spiritualité et le savoir de la main des hommes, cette confrérie d’artisans maîtres de la pierre et du bois. Le brasier qui a abattu la flèche et dévoré la toiture s’en est pris à ce patrimoine et à cet imaginaire, qui a nourri tant d’écrivains. À n’y pas croire… Les dizaines de milliers de Parisiens, venus contempler de leurs yeux le désastre à l’œuvre ou, le lendemain, ses stigmates restaient incrédules. Pourtant, 

Notre-Dame reste campée sur son squelette de pierre, fichée derrière ses tours. Comme une promesse de renaissance. Strasbourg ou Reims ont resurgi de leurs ruines, Nantes a pansé ses brûlures… Les cathédrales surmontent les affronts parce qu’elles sont le legs précieux des siècles, une proclamation de ce que peut créer l’humanité, pour ceux qui croient au ciel comme pour ceux qui n’y croient pas.

L’émotion internationale l’a dit, Notre-Dame est à tous, Notre-Dame va revivre. Au diable les bouffeurs de calotte, les générations à venir doivent, elles aussi, s’émouvoir des dentelles de pierre, rêver de la forêt mystérieuse des charpentes, suivre entre ses tours le vol d’un faucon, comprendre l’élan spirituel des bâtisseurs, s’enlacer en regardant le soleil se lever sur ce joyau de pierre !
De grandes fortunes donnent-elles ? Même si cette générosité doit être tempérée par les allègements fiscaux qui présenteront l’essentiel de la facture du don aux citoyens, tant mieux ! Ces sommes-là ne vont pas aux marchés financiers. Mais, plus qu’à elles, il faudra être attentif aux gestes modestes, mille fois répétés, aux donateurs du monde qui vont s’unir, parce que Notre-Dame est Paris et que Paris est universelle. Les petits calculs politiciens des thuriféraires de « l’Europe chrétienne » ou des communicants qui croient que les flammes effaceront le petit bilan d’un grand débat en seront pour leurs frais.

Ils ont écrit sur Notre-Dame de Paris : Victor Hugo et Gérard de Nerval




Ecrits prophétiques qui résonnent étrangement au lendemain de l’incendie qui a ravagé la cathédrale : découvrez des extraits de « Notre-Dame de Paris » de Victor Hugo et un poème de Gérard de Nerval.

Dans son roman « Notre-Dame de Paris », publié en 1831, Victor Hugo décrivait l’incendie du célèbre monument.
« Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. À mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire, l’autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’œil. Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire, des gargouilles qu’on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle ».


Notre-Dame de Paris de Gérard de Nerval (1808 – 1855)
Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être
Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître ;
Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher
Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,
Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde
Rongera tristement ses vieux os de rocher !
Bien des hommes, de tous les pays de la terre 
Viendront, pour contempler cette ruine austère, 
Rêveurs, et relisant le livre de Victor : 
– Alors ils croiront voir la vieille basilique, 
Toute ainsi qu’elle était, puissante et magnifique, 
Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !


« IL FAUT ROMPRE AVEC LES TRAITÉS EUROPÉENS » (INTERVIEW DE IAN BROSSAT)

Alors que l’élection européenne a lieu le 26 mai, entretien avec la tête de liste de la liste PCF, Ian Brossat.
Ian Brossat, tête de liste communiste pour l’élection européenne, sillonne la France depuis plusieurs mois. Mais c’est le débat à 12 sur France 2, le 4 avril, qui l’a fait connaître du grand public. Claires, précises, concrètes, ses interventions et ses propositions lors de cette soirée l’ont imposé dans le paysage politique. Rencontre.
Après des mois de campagne, qu’est-ce que vous retenez de vos multiples rencontres ?
Ce qui me frappe le plus, c’est l’ampleur des mobilisations un peu partout dans notre pays sur l’enjeu des services publics. La question des maternités qui ferment, celles des hôpitaux, des bureaux de poste, des lignes de train qui disparaissent sont devenues un enjeu qui anime un nombre très important de nos concitoyens et qui permet de mesurer concrètement les conséquences des politiques d’austérité qui ont été appliquées depuis une vingtaine d’années dans notre pays. Et tout l’enjeu maintenant, c’est de faire le lien entre cette réalité vécue par des millions de gens et ces politiques d’austérité appliquées à l’échelle de l’Europe et de la France depuis trop longtemps.
Pour l’instant, ce lien ne se fait pas forcément, quand on voit le taux d’abstention qui s’annonce, comment mobiliser notamment les classes populaires ?
La première chose à rappeler, c’est que la règle des 3 % au maximum de déficit public qu’on nous a imposée depuis le traité de Maastricht conduit directement à la disparition des services utiles au quotidien. Moins de dépense publique, c’est moins de services publics.
Je rencontre aussi beaucoup de Français qui sont également dégoûtés par le cours actuel de l’Union européenne, mais se disent que c’est le combat de David contre Goliath et que le rôle du Parlement européen est assez dérisoire. Or la réalité, c’est que toutes les dispositions prises à l’échelle de l’Europe passent par un vote majoritaire au Parlement européen. Le rapport de forces à l’intérieur même du Parlement européen est absolument décisif. Un exemple : le traité budgétaire qui avait été négocié par Sarkozy et Merkel puis ratifié par François Hollande, contrairement à ses engagements de campagne, en 2012, avait une validité de cinq ans. Il est désormais caduc. Il sera à nouveau soumis au Parlement européen. Ce sera l’un des premiers votes sur lequel les futurs eurodéputés se prononceront.
Ce traité budgétaire sanctuarise les politiques d’austérité puisqu’il nous impose la fameuse règle d’or : pas plus de 0,5 % de déficit structurel. S’il est adopté, ce sera donc une nouvelle cure d’austérité. Une question concrète se pose donc : y aura-t-il des députés européens demain pour s’y opposer ? Y aura-t-il une majorité au Parlement européen pour rejeter ces politiques d’austérité en France ?
Au vu des critiques contre l’UE, pourquoi ne pas en sortir ?
Les règles actuelles de l’Union européenne ne nous conviennent pas. Cela dit, l’expérience britannique et les premiers pas vers le Brexit ne nous encouragent pas à emprunter une voie qui consisterait à sortir de l’Union européenne. Évidemment, il faut respecter le vote des Britanniques. Mais leur difficulté à sortir de l’UE témoigne du fait que les liens entre nos États sont si puissants qu’on n’en sort pas sans casse. Pour autant, il faut s’interroger sur les raisons qui font que les peuples d’Europe éprouvent de plus en plus de défiance vis-à-vis de l’Union européenne. Elle est devenue au fur et à mesure des années une gigantesque machine à produire de la régression sociale et à pourrir la vie des peuples. L’Union européenne ne pourra de toute façon pas continuer comme aujourd’hui. Soit elle change, soit elle mourra parce que le divorce entre les peuples de l’Union européenne sera tel qu’elle ne s’en remettra pas.
Face à la montée de l’extrême droite, pourquoi ne pas répondre à l’appel de la majorité à s’unir contre elle ?
Tout simplement parce que le nationalisme est l’enfant des politiques libérales. Ce sont les politiques libérales imposées à coups de latte par nos dirigeants européens qui conduisent les peuples à se tourner vers les nationalistes.
Il est par ailleurs mensonger de nous faire croire que l’extrême droite serait une alternative « sociale » aux libéraux. Il est temps de mener une opération vérité sur le vrai programme de l’extrême droite. Quand on regarde les positions défendues par Mme Le Pen en France, on s’aperçoit qu’elle est contre l’augmentation du Smic et qu’elle est contre l’augmentation de l’ISF.
Quand on regarde les votes des députés du Rassemblement national au Parlement européen, on s’aperçoit qu’ils ont défendu la directive sur le secret des affaires qui protège les multinationales contre les investigations, notamment celles des journalistes qui enquêtent sur la fraude fiscale. Leurs amis autrichiens ont mis en œuvre la semaine de 60 heures de travail et leurs amis italiens, Salvini en tête, grands patriotes devant l’Éternel, viennent de vendre le port de Gênes et le port de Trieste aux Chinois ! Et l’extrême droite voudrait nous faire croire que c’est avec eux qu’elle va, demain, construire l’Europe sociale et défendre la souveraineté des peuples ?
On voit là tout le danger qu’il y aurait à limiter le débat européen à un affrontement entre l’extrême droite et les libéraux.
Quelles propositions principales faites-vous pour changer cette Europe-là ?
Je dirais d’abord qu’il y a une logique globale avec laquelle il faut rompre. Aujourd’hui, l’Union européenne fonctionne à partir de deux dogmes. Le premier, c’est l’austérité et la fameuse règle des 3 % de déficit public à laquelle il est interdit de déroger, faute de quoi on peut être sanctionné. La deuxième, c’est la concurrence libre et non faussée. C’est d’ailleurs une drôle d’idée d’avoir créé une Union dans laquelle les peuples et les États ne sont pas là pour se serrer les coudes, mais dans laquelle ils passent le plus clair de leur temps à se tirer dans les pattes. Donc, il faut rompre avec les traités européens. Et c’est pour nous une exigence absolument majeure parce que ces traités européens portent en eux un ADN libéral.
Et concrètement, sur quels thèmes faut-il agir ?
D’abord, nous souhaitons que les travailleurs d’Europe puissent enfin vivre de leur travail. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas puisque, depuis dix ans, le taux de travailleurs pauvres en Europe est passé de 7 % à 10 %. Alors même que le produit intérieur brut au sein de l’Union européenne est passé de 15 000 milliards d’euros à 17 000 milliards d’euros. Nous avons produit plus des richesses et, dans le même temps, nous nous sommes appauvris.
Nous faisons une proposition très simple : un Smic européen fixé à 60 % du salaire moyen de chaque pays, ce qui reviendrait à un Smic français à 1 400 euros net. On est très loin de la proposition de Mme Loiseau qui, elle, reviendrait à établir le Smic français à 900 euros ! Notre volonté, c’est de construire une Europe dans laquelle on tire les travailleurs vers le haut.
Ensuite, nous voulons une Europe dans laquelle les services publics se développent, au lieu d’être en permanence sacrifiés. C’est la raison pour laquelle nous proposons une clause de non-régression sociale. La France avait développé, après la Seconde Guerre mondiale, un secteur public puissant, adossé à des entreprises publiques qui disposaient d’un monopole. C’était le cas dans le secteur de l’énergie, dans le secteur des transports, dans le secteur des télécoms. Tout cela a été sacrifié parce qu’on nous a imposé des directives de libéralisation. C’est un pan de notre identité nationale qui a été saccagé. On nous a imposé un moule libéral qui ne correspond ni à nos traditions, ni à nos valeurs.
Ils nous ont expliqué à l’époque que les usagers, désormais appelés « clients », bénéficieraient de cette libéralisation. Aujourd’hui, nous avons suffisamment de recul pour faire le bilan de ces directives de libéralisation. Et nous constatons que, par exemple, dans le domaine de l’énergie, cela a conduit à une hausse des tarifs de 70 %.
Confrontés à ce type de disposition, nous devrions pouvoir faire valoir une forme de droit de veto, une clause de non-régression. L’Union européenne doit accepter qu’en son sein puissent coexister des modèles économiques différents. Je suis persuadé que d’autres peuples, d’autres États européens profiteraient d’une telle disposition.
Vous évoquez régulièrement le rôle de la BCE…
Il faut en effet une troisième rupture sur la question de l’argent et de la répartition des richesses. La BCE, a versé depuis dix ans 3 000 milliards d’euros aux banques privées, sans la moindre condition. Cet argent-là serait beaucoup plus utile s’il allait vers les services publics, vers le bien-être des populations et vers la transition énergétique.
Par ailleurs, nous souhaitons une politique de fermeté absolue vis-à-vis de l’évasion et de la fraude fiscales, qui représentent 1 000 milliards d’euros à l’échelle de l’Europe. Il est temps que le Luxembourg, les Pays-Bas, Malte et l’Irlande, tous ces États qui nous pillent en nous privant de nos recettes fiscales, figurent sur la liste des paradis fiscaux établie par l’Union européenne. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas.
Quel rôle doit, selon vous, jouer l’Europe sur le plan international ?
L’UE nous a été vendue comme un moyen de faire face à la mondialisation libérale. Aujourd’hui, elle est devenue un accélérateur de cette mondialisation. Notamment en multipliant ces fameux traités de libre-échange qui conduisent à ouvrir nos frontières à n’importe quel produit, dans n’importe quelle condition sociale et environnementale. Donc, l’Union européenne serait utile si précisément elle remplissait sa promesse et si elle nous permettait, au contraire, de faire valoir un autre modèle que le modèle libéral défendu par les États-Unis.
Nous nous opposerons, comme nous l’avons toujours fait, aux traités de libre-échange. Nous proposons au contraire de relocaliser les activités en instituant une clause de proximité dans les marchés publics. Ce qui peut être produit en France doit être produit en France, et la commande publique doit y contribuer.
L’Europe, ça devait être également la paix. Aujourd’hui, c’est l’inverse : c’est la course aux armements. L’Union européenne impose aux États membres de consacrer 2 % de leur produit intérieur brut aux dépenses militaires. C’est bien la seule fois d’ailleurs que l’Union européenne nous fixe un objectif de dépenses. Jusqu’à présent, elle nous fixait essentiellement des objectifs d’économies dans le domaine de l’éducation ou de la santé, par exemple !
D’autre part, la fameuse défense européenne indépendante des États-Unis… est une vaste supercherie. La réalité, c’est que c’est Trump qui nous demande d’augmenter les dépenses militaires. Nous, nous sommes cohérents. Nous voulons l’indépendance. Et donc, la rupture avec l’Otan.
La droite a fait du refus de l’accueil des migrants son cheval de bataille…
L’Union européenne passe son temps à ériger des frontières et dépense des sommes colossales pour empêcher les migrants d’y entrer. En revanche, elle laisse les frontières grandes ouvertes aux fraudeurs fiscaux. Je propose l’inverse. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La fraude fiscale coûte 100 milliards d’euros par an en France. L’immigration nous rapporte 4 milliards d’euros par an. Car les étrangers présents en France travaillent, paient des impôts et des cotisations. Ce que je veux, c’est qu’on ferme les frontières aux fraudeurs fiscaux qui se comportent en parasites.
En revanche, pour ce qui est des humains, en l’occurrence des réfugiés, je considère que notre devoir est de les accueillir. Pas n’importe comment, pas de manière anarchique, mais de manière organisée, avec une clé de répartition à l’échelle de l’Union européenne.
Il n’est pas acceptable qu’un pays comme la Pologne, qui touche 12 milliards d’euros cash de l’Union européenne chaque année, puisse se dérober à toute forme de solidarité et laisse les pays du Sud gérer seuls une situation comme celle-là. Donc, oui. Il faut accueillir, il faut héberger. Il faut s’organiser pour cela.
Les électeurs de gauche sont dubitatifs devant la multiplication des listes et craignent que tout le monde ne soit perdant, qu’en pensez-vous ?
Je regrette cette dispersion. Le Parti communiste a tendu la main aux autres forces politiques de la gauche anti-austérité. Je regrette que cela n’ait pas abouti. Nous n’avons pas réussi le rassemblement par le haut. Nous avons donc cherché à construire un rassemblement par le bas. Nous avons décidé d’ouvrir très largement notre liste à des figures du mouvement social et associatif, puisqu’un tiers des membres de notre liste n’ont pas leur carte au Parti communiste. Ce sont des gilets jaunes, des cols bleus, des blouses blanches, des stylos rouges, des hommes et des femmes engagés dans le mouvement social.
Il faut néanmoins avoir l’honnêteté de reconnaître que toutes ces listes de gauche ne disent pas la même chose et n’ont en tout cas pas dit ou fait la même chose sur les enjeux européens. Le Parti communiste a ce grand atout dans cette campagne d’être constant et cohérent. Nous sommes une force politique qui, sur cette question, n’a jamais menti, ni jamais trahi, jamais fait croire à personne que nous construirions l’Europe sociale avec des traités ultralibéraux.
L’élection européenne, ce n’est pas non plus la fin de l’histoire. Une fois l’élection passée, il faudra bien que la gauche se reparle, si nous voulons construire une alternative à Macron et Le Pen. Il va bien falloir retrouver le chemin de l’unité et du rassemblement.
Après le premier débat télévisé, le 4 avril, que vous avez réussi selon tous les observateurs, sentez-vous une nouvelle dynamique sur le terrain ?
Je sens que depuis ce débat, il y a plus de monde dans les meetings, une mobilisation de terrain qui s’accroît, des sondages qui commencent à s’améliorer. Il va cependant falloir déployer une mobilisation puissance 10 d’ici le 26 mai, car beaucoup de Français vont se décider dans les derniers jours. Depuis 1979, il y a toujours eu des députés communistes au Parlement Européen et ils ont fait la preuve de leur utilité. Ils ont joué un rôle indispensable de lanceurs d’alerte.
Sans eux, le projet de Constitution européenne n’aurait jamais été diffusé dès 2003, soit deux ans avant le référendum victorieux. Sans eux, qui aurait relayé la mobilisation des dockers en 2003 et 2006 pour faire échec aux directives de libéralisation des services portuaires ? Sans eux, le programme européen d’aide alimentaire qui profite à 3 millions de Français aurait été purement et simplement supprimé. Et si nous avions été un peu plus nombreux, nous aurions fait échec au quatrième paquet ferroviaire, adopté à seulement 24 voix près, qui a abouti à la funeste loi sur la SNCF et à la fermeture des petites lignes. Il faut donc jeter toutes nos forces dans la bataille pour renforcer notre présence au Parlement européen.


lundi 15 avril 2019

"Quel avenir pour l'hôpital de proximité" ? : Débat public le Lundi 6 mai à 19 h


Comité de Défense du centre hospitalier intercommunal André-Grégoire de Montreuil (CHIAG)
DEBAT PUBLIC
LUNDI 6 MAI  2019 à 19 HEURES

SALLE DE LA RESISTANCE, Ecole Stéphane Hessel 50 Av de la Résistance, Montreuil

« Quel avenir pour l’hôpital public de proximité ? »
Ou la vérité sur le plan Santé du gouvernement « Ma santé 2022 ! » Avec la présence de Patrice BESSAC, Président du Conseil de Surveillance du Centre Hospitalier Intercommunal André Grégoire, maire de Montreuil

Et la contribution de Christophe PRUDHOMME

Médecin urgentiste, dirigeant syndical
Après le regroupement du CHI A. Grégoire avec les hôpitaux d’Aulnay et de Montfermeil sur un territoire de plus d’un million d’habitants, nous pouvions craindre pour l’accès aux soins, avec les problèmes de transport…
Avec la mise en place d’une direction unique pour le GHT, nous pouvons maintenant craindre une réelle fusion avec menaces sur les services et activités insuffisamment « rentables » ou faisant
« doublon » sur les trois hôpitaux, alors qu’ils officient sur trois bassins de vie distincts…
Maintenant, le projet de loi « ma santé 2022 », prétend restructurer en profondeur et pour les décennies à venir notre système de santé… Et quand le gouvernement appelle à repenser les missions de proximité des établissements hospitaliers, c’est pour vider de l’intérieur quelques 600 hôpitaux généralistes, existants et répondant à la proximité, ô combien précieuse pour la population, tels que Montreuil, Aulnay et Montfermeil, et supprimer des milliers de lits d’hospitalisation et de personnels !
Ce sont les activités les plus structurantes : urgences, maternités, chirurgie… qui sont menacées

C’EST AUTANT DE FERMETURES DE SERVICES DE COURT SEJOUR, PROCHES DE CHEZ VOUS EN CAPACITE DE VOUS PRENDRE EN CHARGE A TOUT MOMENT !

Mobilisés depuis plus d’un an pour que le projet médical partagé préserve les activités de proximité et améliore l’offre de soins et leur coordination, le Comité de Défense dit NON à cette entreprise de démolition, comme de plus en plus de nos concitoyen-ne-s l’expriment avec force dans des mobilisations tenaces, ici pour une maternité, là pour défendre les urgences, là encore pour la psychiatrie publique…
VENEZ NOMBREUX pour en débattre, et dire OUI à notre hôpital public généraliste de proximité et exiger les moyens humains et financiers pour assumer toutes ses missions auprès de la population

UNE UNION DE NATIONS ET DE PEUPLES SOUVERAINS ET ASSOCIÉS (FRANCIS WURTZ). DANS L’HUMANITÉ DE CE JOUR !


"Faire des propositions alternatives pour l’Europe ne vaut que si l’on ne sépare pas le projet en question du chemin susceptible de permettre sa réalisation progressive. Et à cet égard, les grandes ruptures de demain passent par les conquêtes partielles d’aujourd’hui.

Dans cet esprit, je commencerai par évoquer l’enjeu européen immédiat : la possibilité offerte à chacune et  chacun d’entre nous de contribuer à changer la composition du Parlement européen d’ici un peu plus d’un mois. Et ce n’est pas un petit enjeu ! Il nous appartient notamment de faire connaître les véritables pouvoirs de cette Assemblée qui, contrairement à une idée reçue, sont loin d’être négligeables. Combien de nos concitoyennes et concitoyens savent-ils, par exemple, que ce n’est pas la « Commission de Bruxelles » qui décide des « directives » ou des « règlements » européens, mais les parlementaires européens, conjointement aux représentants des 27-28 gouvernements, sur la base de projets de la commission ?

Pour mémoire, la directive européenne sur laquelle s’est appuyé Emmanuel Macron pour justifier l’ouverture totale de la SNCF à la concurrence a failli être rejetée au Parlement européen à…24 voix près ! Si 13 députés (sur 704 votants) avaient voté pour le rejet au lieu de s’y opposer, la donne aurait changé !
Parler de « l’autre Europe » en négligeant ce premier terrain d’intervention politique ne serait donc pas pertinent, à mes yeux. Naturellement, ce premier geste élémentaire doit s’inscrire dans une vision à plus long terme, porteuse d’une ambition politique qui soit en rupture avec la logique libérale et autoritaire des traités actuels.

Quelques axes peuvent illustrer ce projet alternatif.

Le premier est sans doute l’exigence d’un renversement des priorités de la construction européenne. Aujourd’hui, c’est la satisfaction des marchés, notamment financiers. Demain ce doit être l’épanouissement des humains : « L’Europe des gens, pas de l’argent », comme dit IAN BROSSAT. C’est-à-dire que tous les moyens disponibles doivent être mis d’abord et avant tout au service de ces nouvelles priorités. Notamment les moyens financiers colossaux que l’UE est capable de mobiliser : ceux de la Banque centrale européenne (BCE, qui a le pouvoir inouï de créer de l’argent à partir de rien dans des proportions considérables), tout comme ceux qui résulteraient d’une lutte conséquente contre l’évasion fiscale (que la Parlement européen a, lui-même, évaluée à quelques 1000 milliards d’euros par an !). Les dépenses publiques, à l’opposé de leur rationnement actuel, doivent être massivement augmentées en faveur de la promotion des capacités humaines : éducation, formation, santé, recherche, culture…

Autre axe majeur de cette nouvelle Europe à construire : une nouvelle approche sociale de l’écologie. À l’opposé de mesures qui pénalisent les plus modestes – et mettent artificiellement en concurrence l’environnement et le social –, il faut des décisions structurantes qui réorientent les politiques menées pour les rendre « écocompatibles » : développement du rail, ferroutage, taxation du kérosène utilisé par les compagnies aériennes ou du carburant des porte-conteneurs, arrêt des traités de libre-échange, réforme de la PAC dans le sens d’une transition écologique effective…

Un autre axe incontournable d’une « Europe refondée » est la solidarité. Cela vaut pour le fonctionnement interne de l’UE, comme dans les relations extérieures de celles-ci. Ainsi, toute forme de dumping social et fiscal ou de mise en concurrence des travailleurs doit être proscrite. Les services publics sont au cœur de cette réorientation de l’économie. Dans le même esprit, es moyens de la BCE (prêts quasi gratuits à long terme) doivent permettre d’agir contre les inégalités de développement entre pays, à l’opposé de la « libre concurrence libre et non faussée ». Concernant les migrations, les conditions d’un accueil digne des personnes à la recherche d’un havre de paix doivent être créées pour mettre un terme définitif à l’hécatombe criminelle dans laquelle l’Europe actuelle perd son honneur. La politique économique avec les pays tiers doit, à l’opposé du libre-échangisme actuel, reposer sur des coopérations mutuellement bénéfiques, sans domination.

Un quatrième axe est l’engagement pour la paix, en tournant le dos à l’OTAN et en œuvrant pour un traité de sécurité collective pour tout le continent européen. Quant à la vente d’armes, particulièrement à des pays en conflit, elle doit être proscrite.
Enfin, un axe majeur traverse tous les autres : le respect de la souveraineté populaire. Il faut que les coopérations entre Européens soient fondées sur des choix démocratiques de chaque peuple. Tous les peuples de l’UE ne feront pas les mêmes choix. Dans certains domaines, les coopérations européennes se feront à 27 ou plus. Dans d’autres, à 3, à 10 ou à 15. Naturellement, les choix de chaque peuple doivent être cohérents : on ne peut, par exemple, attendre la solidarité des autres et le leur refuser en retour. Bref, en impliquant les citoyens de chaque pays dans la construction de leur Union et en garantissant qu’ils ne seront pas entraînés là où ils n’ont pas décidé d’aller, nous souhaitons lever les réticences de plus en plus fortes à coopérer avec les autres peuples. C’est ce que les communistes appellent une Union de nations et de peuples souverains et associés".

« Minutes », l’éditorial de Michel Guilloux dans l’Humanité !



Pourquoi dépouiller la totalité des réponses aux questionnaires du grand débat puisqu’il n’est aucunement question pour le chef de l’État de céder sur son titre d’hyperprésident des hyperriches ? Pace que son slogan pourrait être « premier de cordée, premier servi », il s’arc-boute sur sa suppression de l’ISF, symbole s’il en est de sa politique d’accroissement des inégalités sociales et territoriales. En l’espèce, prenez Bernard Arnault. À l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, le PDG de LVMH était au 5e rang mondial des fortunes. En mars, le voilà au 4e. En avril, Forbes, le magazine des riches, le hisse à la 3e place du podium, avec 10 milliards d’euros grappillés en un mois. Depuis 2018, ce monsieur a gagné plus de 26 600 euros par minute, soit le double de ce que perçoit en un an une famille monoparentale de La Courneuve. On doit sans doute au hasard qu’un des journaux propriété du même, offre ce dimanche la « une » et deux pages pour gloser sur les choix à venir du président et deux autres à Marine Le Pen, qui a toujours du venin à verser sur l’autre, l’étranger, l’immigré. La France mérite mieux que ce triste duo.

L’Europe des gens contre celle de l’argent ? En plaçant leur campagne et leur liste sous le signe de cette France qui fait la France et que méprisent autant, au fond, M. Macron que Mme Le Pen, les communistes et Ian Brossat font un pari d’avenir. « Les libéraux souhaitent faire de l’Europe une gigantesque machine à fabriquer de la régression sociale », dénonce-t-il. Quand la tête de liste d’En marche rêve de ramener le Smic au niveau du seuil de pauvreté, lui porte la proposition de progrès social dans toute l’Union européenne de ne pas avoir de salaire minimum en dessous de 60% du salaire moyen dans chaque pays : soit 1400 euros net en France. La majorité comme la droite et l’extrême droite rivalisent dans la course à la casse de l’emploi public. Lui est depuis toujours aux côtés des défenseurs de l’emploi et des services publics menacés. Il n’y a pas une minute à perdre.

dimanche 14 avril 2019

Smic européen : stop à la régression sociale ! (IAN BROSSAT)



Une tribune de Ian BROSSAT à propos du SMIC européen et des propos tenus par Nathalie LOISEAU, publiée samedi 13 avril dans Midi Libre.

Peu de gens le savent, mais Jean-Claude Juncker touche un salaire de 32 000 euros mensuels. En un mois, le président de la commission européenne gagne tout simplement deux fois plus que le salaire moyen annuel d’un travailleur européen ! Quant à un commissaire européen, il émarge à presque 20 000 euros nets par mois. Comment demander à ces gens de comprendre les problèmes de Monsieur et Madame Tout-le-monde ? 

Ces salaires exorbitants ne sont pas qu’un symbole particulièrement révélateur de la déconnexion de l’Union européenne. C’est plus grave que cela. Car les instances européennes passent leur temps à faire la leçon aux gouvernements, et à la France en particulier, sur le niveau des salaires qui seraient trop élevés.

S’agissant du Smic, l’Union européenne s’est ainsi permis de faire quelques "recommandations". On y lit par exemple qu’il faudrait tenir compte de la "conjoncture" au moment de fixer le montant du salaire minimal. Autrement dit, lorsque la croissance est faible, finie la réévaluation du Smic. Le message est clair : pendant que les actionnaires se gavent de dividendes, baissons le pouvoir d’achat des salariés les plus modestes.
Aucun des responsables et fonctionnaires européens qui formulent ces propositions ne se rendent compte de ce que c’est de vivre avec 1 170 euros par mois.
Pas plus que Nathalie Loiseau, la candidate LREM aux prochaines élections européennes, qui s’est encore illustrée par une proposition dangereuse pour les travailleurs. Que demande-t-elle ? Un Smic européen fixé à 50 % du salaire médian.
En France, cela représenterait un Smic à 900 € par mois, soit le seuil de pauvreté. Ce nivellement par le bas est une folie, et il n’est souhaitable ni en France ni ailleurs en Europe. Et pourtant, une fois de plus, les libéraux souhaitent faire de l’Europe une gigantesque machine à fabriquer de la régression sociale. Il faut sortir de cette logique infernale, et c’est ce combat que porte le PCF. 

Pour permettre à chacune et à chacun de vivre décemment de son travail, je fais la proposition suivante : oui à un SMIC européen, dans chaque pays, correspondant à au moins 60 % du salaire moyen.
En France, le Smic serait ainsi augmenté à 1 400 € nets. Et pour aider les petites et moyennes entreprises qui auraient des difficultés à financer ces hausses de salaires, réorientons vers les TPE et PME les milliards d’euros du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), versés aux grandes entreprises sans aucune contrepartie ni effet sur l’emploi.
À cette mesure, j’ajoute également une clause de non-régression sociale : un État-membre pourra s’opposer à toute décision de l’Union Européenne qui dégraderait les conditions de vie et de travail.
Le pouvoir d’achat est depuis des mois au cœur des préoccupations et des revendications, partout en France et en Europe. Il est temps d’en faire une priorité politique. Soyons à la hauteur de l’enjeu !

Ian Brossat, tête de liste PCF aux Européennes et porte-parole du PCF


samedi 13 avril 2019

Pour une Europe des transports au service des peuples du continent! Contre la casse de nos services publics qui mettent en danger, les peuples et l'environnement !





Le secteur des transports structure et rythme nos vies au quotidien, il structure nos territoires, organise notre économie, nos modes de production et l’ensemble de notre société. C’est un enjeu écologique incontournable car responsable de plus d’un quart des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de l’Union Européenne. Un enjeu social, qui fait vivre plus de 11 millions de travailleuses et travailleurs à travers l’Europe. Un enjeu de développement avec des besoins en transports qui auront doublé d’ici à 2050. Un véritable choix de société qui déterminera à quoi ressemblera le monde de demain. Un enjeu sanitaire car les transports contribuent massivement à la pollution de l’air, responsable de centaines de milliers de morts prématurées dans l’Union Européenne.

L’Union Européenne joue un rôle encore beaucoup trop limité dans l’investissement (moins de 4 milliards par an via le Mécanisme Européen d’Interconnexion), l’orientation et de développement de nos infrastructures et réseaux de transports à l’échelle de l’Union Européenne. C’est également eu niveau Européen que doit se jouer une harmonisation par le haut des droits des travailleurs du secteur et la lutte contre le dumping social.

Nous proposons une véritable rupture avec les politiques européennes de libéralisation du secteur et les choix délibérément anti écologiques et antisociaux qui ont été faits ces dernières années en faveur du tout routier et du dumping social organisé. Nous portons un projet ambitieux, global et radical, avec la gratuité des transports publics urbains pour enfin répondre à l’urgence écologique et imposer un véritable service public du transport dans une Europe des gens.

Pour cela nous comptons réaliser des investissements massifs et opérer une véritable révolution modale vers le rail, les transports publics et le vélo, avec une baisse des modes polluants comme le transport aérien, les voitures très polluantes et les transports de marchandises sur route. Nous souhaitons soutenir l’innovation et l’industrie européenne et protéger toutes les travailleuses et travailleurs des transports dans tous les secteurs et partout en Europe.

Les modes de transports les plus polluants (avion, grosses voitures polluantes) sont utilisés massivement par les plus aisés et les grandes entreprises, à l’inverse des catégories populaires, qui contribuent beaucoup moins au réchauffement climatique. Le cadre fiscal européen doit inciter toute la population à des modes de vie respectueux de l’environnement.
Voici nos propositions :
1. S’affranchir des directives de libéralisation
2. Protéger et soutenir nos acteurs historiques et le transport 100% publics
3. Investir pour garantir l’égalité et développer nos territoires
4. La gratuité pour tous dans les zones urbaines
5. Raisonner l’avion, garantir des alternatives
6. Coups d’arrêt au tout routier : place au Fret et au multimodal
7. Soutenir l’innovation technologique et l’industrie européenne
8. Vélo et transports doux, le transport qui change la vie
9. Une fiscalité qui privilégie les modes de transports vertueux pour l’environnement
10. Des emplois de qualité, dignes et reconnus
11. Mettre fin au dumping social et harmoniser vers le haut
12. Contrôler et assurer la sécurité de tous


  ©Template Blogger Elegance by Dicas Blogger.

TOPO