LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

jeudi 27 juin 2019

« Alerte », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité de demain vendredi !



On aimerait tant qu’un super héros en colle une bonne à Donald Trump. Mais ça c’est en rêve. La réalité c’est que l’agité aux cheveux orange est bien le président de la première puissance du monde. Il est arrivé à Osaka, pour le G20, en imprécateur. L’Allemagne est un partenaire défaillant qui profite à bon compte de la puissance américaine. Les Etats-Unis défendraient le Japon s’il était attaqué mais dans le cas inverse les japonais regarderaient la télé. L’Inde applique des taxes douanières inacceptables. L’économie de la Chine est défaillante. On peut ajouter au florilège la menace renouvelée d’une guerre, «qui serait courte », contre l’Iran.

On est évidemment tentés de voir là les délires d’un docteur Folamour à l’équilibre mental défaillant. Mais c’est un projet politique, dans une situation qui n’a pas commencé avec lui. L’endettement des Etats-Unis est colossal. Leur survie économique est liée à la prééminence du dollar, indissolublement liée à leur domination géopolitique et militaire sur la planète. Leurs dépenses militaires avoisinent désormais 40% de l’ensemble des dépenses similaires dans le monde.
L’Iran est une des pièces importantes de la partie, de même qu’Israël, pour le contrôle du proche et du Moyen-Orient mais l’objectif c’est la Chine dont on peut noter d’ailleurs qu’elle détient une large part de la dette américaine. Qu’elle prenne la première place dans l’économie mondiale et les Etats-Unis vacillent.

On peut se plaire à imaginer qu’une victoire démocrate mettrait un terme à l’aventure. Ou bien que des poignées de main viriles et des dîners à la tour Eifel pourraient amener le président américain à des vues plus raisonnables. C’est illusoire tant que n’est pas remis en cause un modèle économique fondé sur la force, la prédation, le pillage des ressources avec leur conséquences environnementales. Cette remise en cause est le devoir de toutes les forces de progrès dans le monde, dont les divisions – qu’on pense à la gauche aujourd’hui en France – apparaissent dérisoires au regard d’une inquiétante, pour ne pas dire plus, fuite en avant.

« Face à la mitraille macroniste, chercher l’alternative » (Patrick Le Hyaric)


Le nouveau dispositif politique qui s’est consolidé à la suite des élections européennes permet au gouvernement d’instaurer un climat de sidération. Les annonces pré-électorales sont une à une durcies à la faveur d’une recomposition politique qui laisse aux forces du capital toute latitude pour imposer leurs régressions dans tous les domaines. La première position conquise par l’extrême droite aura eu pour seule fonction de stériliser l’opposition démocratique et sociale et de plonger un peu plus le pays dans le ressentiment nationaliste et la xénophobie. Preuve si il en fallait que l’extrême droite est bien l’assurance vie du système capitaliste et l’un des acteurs de sa dynamique actuelle, agressive, belliciste et profondément inégalitaire.
Nous vivons ce moment paradoxal et malheureux où la nécessité d’un changement radical de trajectoire de la civilisation humaine, social, écologique et coopératif, s’affirme aussi fort que s’affaissent les forces sociales et politiques qui peuvent le faire advenir. Chacune d’entre elle est écrasée par la double offensive du libéralisme autoritaire et du national capitalisme à coloration néofasciste qui vont jusqu’à s’associer dans de nombreux pays et continents pour bloquer toute perspective de changement progressiste.
C’est à la faveur de ce dispositif redoutable que la contre-réforme de l’assurance chômage, loin de combattre le terrible fléau et d’accompagner les chômeurs par un système de formation et de protection sociale avancé, va au contraire les soumettre d’avantage aux logiques les plus débridées du marché capitaliste de l’emploi au détriment d’un projet de travail et de formation garanti. Les gérants d’estrade du petit monde des éditorialistes inféodés ne mâchent pas leurs mots, allant même jusqu’à reprocher au pouvoir de ne pas être assez « violent » contre celles et ceux qui sont privés d’emploi.
S’appuyant sur la base électorale droitière conquise lors du dernier scrutin, MM. Macron et Philippe usent des mêmes arguments fallacieux dont se repaît le MEDEF, cachant aux citoyens que seul un chômeur sur deux est aujourd’hui indemnisé. Les 3,4 milliards d’euros d’économies escomptées dans les caisses de l’assurance chômage vont, de toute évidence, avoir pour contrepartie un coût social monstrueux que nos belles âmes se refusent à chiffrer. Notons que la manœuvre gouvernementale contre les droits sociaux des plus précaires n’a pu s’effectuer qu’après la mise sous tutelle étatique de l’assurance chômage, conséquence logique de sa fiscalisation grâce à la suppression des cotisations chômage remplacées par la CSG. L’Etat est ainsi placé au service des  exigences du grand patronat.
Le nouveau système va précariser plus encore les précaires et paupériser de larges pans d’une jeunesse qui entre essentiellement au travail via des contrats de très courte durée qui rendront hypothétique l’ouverture des droits alors que l’âge réel de départ en retraite sera reculé. Installer massivement l’insécurité sociale pour faire marcher la société à coup de trique est non seulement inhumain mais aussi inefficace. Toutes les études publiées jusqu’ici démontrent ce que la logique pressent : c’est bien par la sécurisation de leurs conditions d’existence et l’accès aux formations tout au long de la vie que les travailleurs privés d’emploi se révèlent en capacité d’en trouver un nouveau.
Par touches successives, M. Macron et son gouvernement parachèvent un modèle de société calqué sur les exigences de la finance, à rebours des revendications formulées dans la société pour la justice sociale et fiscale et l’environnement. Son injustice foncière et révoltante a pour corollaire le bâillon contre tous ceux qui osent riposter ou tout simplement critiquer la marche funeste imposée au pays. Formuler collectivement une réponse alternative au désastre social, politique et écologique qui s’annonce doit être compris comme une nécessité fondamentale et historique. Chacune, chacun doit impérativement en prendre la mesure. Les débats en cours, les différents appels à gauche, la fête de l’Humanité à venir sont des moments à saisir pour y parvenir.


mercredi 26 juin 2019

« Être ou ne pas être », le billet de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



« Mais quelle est la raison d’être des entreprises » ? Vaste question dont la profondeur existentielle n’a d’égale que celle qui inspirait le célèbre humoriste, Pierre Dac, devant cette interrogation « qui sommes-nous, où allons-nous » ?, cette audacieuse réponse : « je suis moi, je viens de chez moi et j’y retourne. » Mais trêve de galéjade. 

S’il semblait a priori qu’elles étaient appelées à répondre aux besoins de la société, elles étaient aussi soupçonnées jusqu’alors de préoccupations plus triviales comme de servir des salaires insensés à une caste de dirigeants ou des dividendes sans cesse en hausse à des gens qui gagnent de  l’argent en dormant. 

C’est fini. Avec la loi Pacte, elles sont appelées désormais à définir leur mission sociale et, mieux même, nous dit la presse économique, leur raison d’être, donc. Et les plus grandes le font. Pour Carrefour, par exemple, c’est « la transition alimentaire » ; Pour Veolia c’est « ressourcer le monde ». 

Çà doit bien rigoler dans les conseils d’administration. Voilà en tout cas les actionnaires délivrés de leurs angoisses. Être ou ne pas être, ils ont enfin une réponse.

« Orange climatique », l’éditorial de Pierre Chaillan dans l’Humanité de ce jour !



Nous ne sommes pas tous égaux devant le climat. D’un côté, les riches qui peuvent se préparer au réchauffement de la planète et, de l’autre, les pauvres qui doivent subir, jusqu’à voir leur vie menacée. De ce point de vue, la situation devient insupportable. Pour l’ONU, le monde est désormais soumis à un « apartheid climatique » ! Le rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté et les droits humains, Philip Alston, a en effet estimé dans un nouveau rapport que « le réchauffement climatique menace de défaire les progrès des cinquante dernières années en matière de réduction de la pauvreté ».

La question environnementale rejoint la question sociale. Lorsque les conditions deviennent extrêmes, on évalue le niveau et la fiabilité du système de protection des plus démunis et des plus vulnérables. Dans notre pays, nous en avons eu la triste expérience durant la canicule de 2003. Cette semaine, les températures passent au rouge lors d’un épisode météorologique qui met plus de la moitié des départements français en vigilance orange. La prévention est certes meilleure et des systèmes d’information ont été mis en place. Les médias jouent leur rôle. Pour autant, le signal d’alarme tiré depuis plus de quinze ans par les urgentistes n’a toujours pas été entendu. Pire, les personnels font part encore plus largement, d’un état dégradé des services des urgences médicales. Et que dire de celui des services de secours et d’incendie, les sapeurs-pompiers eux aussi étant au bord de la rupture.

« La terre est bleue comme une orange », écrivait Paul Éluard. Le poète a toujours raison. Pour construire un monde vivable, il faut penser les défis de manière globale. Ainsi, lutter contre le réchauffement climatique et les inégalités sociales nécessite de mettre en œuvre une juste répartition des richesses, de développer les transports collectifs et ferroviaires, les services publics et des industries décarbonées. Il est alors question d’une toute autre politique, s’inscrivant dans une visée communiste capable de tourner le dos aux intérêts capitalistes et de court terme.

mardi 25 juin 2019

« Une victoire », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



Il est musulman, mais son parti, le Parti républicain du peuple, est laïc et se réclame de Mustapha Kemal. Ce dernier, dans les années 1920 et 1930, avait inscrit la laïcité dans la constitution et ouvert le droit de vote aux femmes. Ekrem Imamoglu, 49 ans, élu dimanche maire d’Istanbul avec plus de neuf points d’avance sur le candidat du pouvoir, a remercié les dix millions d’électeurs de la capitale qui se sont rendus aux urnes, en mentionnant particulièrement « les Kurdes, les Arméniens, les Assyriens, les jeunes, les femmes ».

C’est une victoire contre la fraude et les abus de pouvoir. Le 31 mars dernier, alors que le nouvel élu l’avait emporté de 13 000 voix, le pouvoir aux mains de Recip Erdogan avait réussi à manipuler suffisamment la haute commission électorale pour qu’elle annule le scrutin. C’est une victoire contre la répression. Le coup d’État manqué de 2016, abusivement exploité par les autorités, a été suivi par 55 000 arrestations, le limogeage de 150 000 fonctionnaires. Erdogan pensait qu’il pouvait broyer dans une main de fer le pays qui a résisté.

C’est une victoire contre la désinformation, contre les faux procès. Pas plus tard que le 12 juin, le président turc assimilait encore l’opposition au terrorisme ou du moins à ses complices. Hier encore, le quotidien Yeni Akit, proche de lui, voulait voir dans le résultat du scrutin la main de l’étranger, en criant au scandale. C’est une victoire, avec le rassemblement autour du nouveau maire des diverses oppositions contre les divisions religieuses, communautaristes, qui minent la Turquie, entretenues contre les Kurdes en particulier, dont des dizaines d’élus et de représentants sont toujours emprisonnés.

Istanbul n’est pas toute la Turquie, mais elle en est le cœur battant, aux charnières de l’Europe et du Moyen-Orient. Le pouvoir totalitaire, assis sur un islamisme régressif mais soutenu par l’Occident, est aujourd’hui sérieusement ébranlé. Ce résultat va au-delà de la Turquie elle-même, quand les forces conservatrices gagnent du terrain dans le monde. On ne sait ce qu’il en sera de l’avenir de la Turquie, mais à Istanbul, la laïcité, la justice et la démocratie l’ont emporté.

lundi 24 juin 2019

"Apartheid", le billet de Maurice Ulrich dans l'Humanité de demain Mardi



On ne sait trop comment, mais avec l’aide de Dieu sûrement, Noé avait réussi à embarquer sur son arche des échantillons de tous les animaux de la création. On peut craindre aujourd’hui que l’exploit ne puisse être répété avec le réchauffement climatique pour mettre tout le monde au frais après qu’il a été mis au sec.

Les glaces des pôles fondent, le sommet de l’Everest est maintenant encombré comme les grands boulevards et on voit venir le jour où on se baignera en mer comme dans du plastique tiède. Fort heureusement en ces jours et chez nous, au moins, il nous reste les églises, les centres commerciaux, les cinémas…Les maisons de retraite en revanche sont à éviter.

La canicule, c’est pour tout le monde, mais ça dépend comment. D’où les mots d’un expert de l’Onu dans un rapport qui sera officialisé dans quelques jours. « Nous risquons de voir un scénario d'apartheid climatique où les riches paient pour échapper aux canicules, à la faim et aux conflits, alors que le reste du monde est abandonné à ses souffrances".

Relogement des locataires de la cité De Gaulle : « Un bâtiment de 11 étages donnant sur la couverture de la A3 !



Vous êtes sans doute passé sur l’Autoroute A3, en allant vers Roissy. Regardez bien sur votre droite. Vous y verrez, donnant sur la Couverture (les fameux talus Nord), ce que l’on a osé appeler un « signal », pour y reloger les locataires de la cité Charles de Gaulle, dans un programme de Bouygues. Vous ne vous trompez pas, il donne en partie sur la couverture de l’A3. Il paraît qu’il s’agit d’un repère physique afin d’affirmer le renouveau du quartier.

Il y a 30, 40 ou 50 ans les habitants qui longeaient cette fameuse A3 se sont mobilisés pour obtenir des murs anti-bruit, puis la couverture de  l’autoroute. Ce qui fut fait à Bagnolet et en partie à Romainville. Et voilà qu’on ne trouve rien de mieux que de construire en bordure de cette couverture un bâtiment de 11 étages. À qui fera-t-on croire que les résidents n’entendront aucun bruit, fenêtres ouvertes, et qu’ils ne seront aucunement victimes de la pollution ?  Une ineptie.

Surtout ne vous fiez pas aux photos du promoteur. Le signal donne bien en bordure (très proche) de la couverture de l’autoroute. Ce projet dément a bien été voté par l’ensemble des élu-e-s de la majorité municipale. Celles et ceux d’hier et d’aujourd’hui. Il est bon, parfois, de rappeler quelques vérités.

« En général », le billet de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



Hegel, le grand philosophe allemand, ironisait à sa manière un peu particulière, sur ceux qui, au motif qu’ils veulent des fruits en général, se refuseraient à choisir tel ou tel fruit en particulier. Marlène Schiappa, la secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes, le clame haut et fort en une du Journal du dimanche, « Je veux défendre les femmes de ménage », et c’est bien, quand il lui a sans doute échappé qu’elle appartenait à un gouvernement qui n’avait fait qu’aggraver la précarité des salariés les moins protégés. 

Mais bon, Madame Schiappa veut, dès septembre, confier une mission sur les conditions de travail au Conseil supérieur de l’égalité professionnelle. Ben oui,  c’est que c’est un mystère leurs conditions de travail. 

Certes, il y a bien ces femmes de ménage à Marseille, en grève depuis un mois, qui en parlent, et la secrétaire d’État, en évoquant clairement leurs revendications et cette grève, en leur apportant un soutien, aurait pu choisir entre elles et ceux qui les emploient, et poser un acte fort pour toutes les femmes de ménage. 

Mais c’est mieux certainement, quand on est dans le gouvernement d’Emmanuel Macron, de parler « en général ».

dimanche 23 juin 2019

« L'âme de colère », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité de demain lundi



Samedi 22 juin, c'était ville morte à Belfort, en soutien aux salariés de General Electric (GE), dont plus de mille doivent être licenciés.

D’abord, des larmes de colère comme des cris silencieux. Puis, entendu au loin par les milliers de manifestants venus à Belfort, samedi 22 juin, le bruit sourd et régulier des rideaux de fer crissant à leur fermeture symbolique. Ville morte. Non, ce n’était pas une métaphore. Juste la projection du réel potentiel. Celui que refusent les habitants et tous ceux qui savent déjà ce que l’avenir réserve si rien ne se passe. Solidaires, les voilà combattants de l’indispensable, en signe de soutien aux salariés de General Electric (GE). Car le plus important employeur du Territoire de Belfort, avec 4.300 salariés, a prévu de supprimer plus d’un millier de postes dans sa branche turbines, rachetée à Alstom en 2015, ce qui se solderait par la disparition du plus grand centre de production mondial de turbines à gaz, sans parler des effets induits sur la cinquantaine de sous-traitants. En somme, la fin des savoir-faire technologiques et des compétences humaines accumulés avec fierté depuis des décennies.

Cette saignée sociale, dévoilée au lendemain des élections européennes, est un cataclysme pour les salariés comme pour la cité du Lion, dont l’histoire industrielle a débuté dans la seconde moitié du XIXe siècle, lorsque la Société alsacienne de constructions mécaniques (SACM) s’y implanta, devenue Alstom, avant le bradage – scandaleux et injustifié – de ce fleuron national… Où est «l’État actionnaire», «l’État stratège»? Où est Emmanuel Macron, lui qui avait autorisé, comme ministre, cette vente aux Américains, avec l’engagement de créer plus de 1 000 emplois en France? Ne serait-il pas crédible, immédiatement, d’imposer un moratoire sur ce plan ignoble et d’ouvrir un véritable débat public et social, avec toutes les parties prenantes, afin d’éviter ce gâchis monumental qui illustre l’absence de stratégie industrielle du pouvoir et les conséquences dévastatrices qu’entraîne un tel renoncement?

À Belfort, l’industrie était – et reste – l’âme de la région. Quoi qu’en pensent les fous du capital, celle-ci vit encore et ne se contentera pas de larmes. Attention à l’âme de colère !

vendredi 21 juin 2019

« Bas les pattes », le billet de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



Ayant probablement retenu les leçons de certaines expériences de l’enfance, telles qu’arracher les ailes des mouches pour mieux les voir progresser, le ministre de la Culture a confirmé jeudi matin sur France Inter qu’il entendait désormais les appliquer au service public. 

Ainsi, alors même que, mardi, une grève très largement suivie sur cette même radio avait exprimé une opposition massive des personnels à un plan de près de 300 suppressions d’emplois, malgré une bonne santé et des audiences en hausse, Franck Riester l’a savamment expliqué, c’est quand la bête va bien qu’il faut lui couper les pattes, ou les bras, ou les ailes, ou le tout. 

On peut, a-t-il affirmé, faire beaucoup mieux avec moins toute en réalisant de substantielles économies grâce au dévouement de toutes et tous. Il est vrai, cela dit, que le succès public par-delà les siècles de la Vénus de Milo, par exemple, ne se dément pas. Mais il y a longtemps qu’elle ne bouge plus et ne dit plus rien…Une radio muette, après tout, c’est une idée, Monsieur le ministre de la Culture.

« Très cher pétrole », l’éditorial de Gaël De Santis dans l’Humanité de ce jour !



La manne des matières premières à un prix élevé pour les peuples qui en bénéficient. Les Algériens qui se mobilisent depuis février contre un pouvoir corrompu en font, depuis la chute des cours en 2014, l’amère expérience. Dans ce pays comme dans d’autres, le pétrole, qui aurait pu et dû permettre à l’économie de se développer, se retourne contre le peuple. Il alimente la corruption et la bureaucratie. Et il sert à financer une bourgeoisie plus encline à s’enrichir en prélevant sa part sur les importations qu’en investissant dans la production locale.

Cette baisse des prix est également un défi pour les expériences progressistes dépendantes des revenus pétroliers : au Brésil, sur la fin du mandat de Dilma Roussef, au Venezuela de Maduro, les gouvernements de gauche ont eu ou ont toujours du mal à financer leurs politiques  de redistribution et d’investissement dans d’autres pans de l’économie. Cela entraîne un mécontentement qui favorise les tentatives de déstabilisation et les aventures impérialistes.

Le pétrole est aussi un fauteur de guerre. L’Irak a toujours du mal à s’en relever, alors que son voisin l’Iran se voit pointé du doigt, accusé de s’attaquer à des tankers, dans la stratégique mer d’Oman.

Enfin, l’or noir pollue. Qu’il soit sous forme de carburant qui charge l’air en carbone, ou transformé en plastique qui inonde nos océans ou qui finit dans nos estomacs – un adulte en absorbe en moyenne cinq grammes par semaine, selon une récente compilation d’études scientifiques.

Le monde entier est concerné par ce fléau. L’Union Européenne et même le gouvernement français seraient bien inspirés, lors du G20 des 28 et 29 juin à Osaka au Japon, d’appeler à une coopération internationale pour sortir de cette civilisation pétrolière qui a tant pollué et tant tué ces dernières décennies. Mais cela à revoir l’ensemble de notre modèle de développement, à remettre en cause les logiques de domination et de prédation qui sont aujourd’hui trop souvent la règle.

mercredi 19 juin 2019

« Dignité » l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité de demain jeudi !



Nous ne supportons plus ce climat, anti-migrants qui atrophie notre univers mental.

Alors que, partout en Europe, l’extrême droite progresse, nous constatons avec désolation que la passion de l’égalité se voit supplantée par l’obsession de l’identité. Le temps des boucs émissaires est de retour ; en France aussi. L’idée nous révolte tant que, ce 20 juin, pour la Journée mondiale des réfugiés, nous pensons à nos frères et sœurs en recherche de dignité et en lutte pour le droit de vivre. Et pouvoir se tenir debout. La cause de nos malheurs serait, affirment les idéologues, dans la «pression migratoire». Il suffirait même de tarir les «flux» (odieuse expression) pour éradiquer le mal-être, comme si la peur de ne plus être « chez soi » devait l’emporter sur le vivre-ensemble, la responsabilité et le partage – la longue histoire des humains, pourtant…

Disons la vérité: nous ne supportons plus ce climat, anti-migrants qui atrophie notre univers mental. Et nous ne supportons plus, également, l’incurie et l’inaction de l’Union européenne, qui met en danger des vies humaines pour des raisons politiciennes. Plus grave, en demeurant passive, Bruxelles laisse les populistes et les xénophobes régner sur la politique migratoire européenne. D’ailleurs, que n’entend-on pas dans la bouche de certains Français! En dépit des chiffres réels, on voudrait nous faire croire qu’accueillir 10 000, 20 000 ou 30 000 réfugiés signifierait «accueillir toute la misère du monde»? Avec 67 millions d’habitants, nous devrions être effrayés par quelques milliers de personnes en détresse? Cela dit des choses terribles sur l’état de notre société, sur le sens altéré des réalités. Non, les racines des maux contemporains ne sont pas dans le déplacement des êtres humains, mais dans le règne illimité de la concurrence et de la gouvernance, dans le primat de la finance, dans la surdité des technocraties.

Le combat est difficile. Ceux qui tendent la main le savent, en Europe comme en France. En montrant que la première des urgences reste la solidarité et le devoir d’accueil, eux, au moins, prouvent que nous ne sommes pas des barbares.

« Progressisme régressif », l’éditorial de Pierre Chaillan dans l’Humanité de ce jour !



À quoi peut bien servir la réforme ? Selon la définition commune, c’est bien un changement dans le but d’obtenir une amélioration ? ! Celle de l’assurance-chômage cherche à « réduire de 150 000 à 250 000 le nombre de demandeurs d’emploi et à atteindre 3,4 milliards d’euros d’économies sur la période 2019 – 2021 », selon les objectifs annoncés par le premier ministre, Édouard Philippe.

Dans les faits, cela se traduirait par une perte de droits pour de nombreux demandeurs d’emploi (plus d’un sur cinq !) avec la baisse par dégressivité des indemnités pour les uns et la sortie du système d’assurance-chômage pour d’autres, et pour masquer le recul par quelques évolutions pour les indépendants et les salariés démissionnaires. Cette « réforme » aggraverait la situation des salariés déjà durement touchés par le fléau du chômage ou par la précarité chronique.

C’est indigne d’un gouvernement se disant « progressiste » ! Comment qualifier autrement le fait de présenter des mesures qui aboutiront à une régression sociale et humaine généralisée comme une « réforme » ? C’est une contre-vérité d’un cynisme sans nom auquel ce pouvoir nous a, il est vrai maintenant, largement habitué. Pire, « l’amélioration » purement comptable recherchée qui se ferait sur le dos des chômeurs viendrait compenser les manques à gagner sur les recettes d’un budget déséquilibré de l’assurance-chômage à cause des milliards d’euros de cadeaux fiscaux octroyés aux détenteurs du grand capital.

Summum d’une politique inhumaine, il s’agirait encore d’inverser la courbe de l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi en les excluant purement et simplement de la protection sociale qui leur est due. Après les régressions du Code du travail, des services publics, des transports, dans l’éducation nationale, celles des droits salariaux (chômage et retraite), appelons un chat un chat : une véritable contre-réforme régressive.

mardi 18 juin 2019

« Le mal-aimé », le billet de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



On le sentait presque malheureux Jean-Michel Blanquer, hier matin sur France Inter. Certes, le ministre de l’Éducation nationale nous assurait que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes du baccalauréat mais il y avait dans ses propos comme un désarroi, voire une inquiétude existentielle. Ila le sentiment que beaucoup de professeurs ne l’aiment pas. 

« Ce que les professeurs doivent savoir, c’est que je suis leur premier défenseur dans les discussions approfondies qu’il doit y avoir dans les sujets. » Et donc il trouve cette grève « pas très acceptable » et d’autant plus « incompréhensible » qu’il est lui-même malheureusement incompris. 

« C’est aberrant, au moment où vous avez un ministre de l’Éducation qui s’annonce ministre des Professeurs, qui travaille sur cette question, c’est paradoxal d’avoir certains syndicats qui développent une agressivité totalement décalée. » Mais comment ces « certains syndicats », comme le Snes, majoritaire dans le secondaire, peuvent-ils se méprendre sur son dévouement ?

lundi 17 juin 2019

« Morale », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité de demain mardi !



La morale est-elle la meilleure des politiques? Vaste sujet proposé hier matin aux lycéens dans l’une des filières du bac pour l’épreuve de philosophie. D’autres sujets il est vrai mériteraient l’attention. « Seul ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur? », supposait de faire un passage par Aristote, lequel distinguait déjà la valeur d’échange de la valeur d’usage et, bien entendu par Marx et le livre 1 du capital dont on est pas sûrs toutefois que les candidats en aient eu une bonne connaissance.

« Les lois peuvent-elles faire notre bonheur». Oui et non et «ça dépend», comme le dirait Marx, encore, dans son Introduction à la critique de l’économie politique de 1857. On pourrait en tout cas citer cette belle idée du père Lacordaire au XIXème siècle, « Entre le faible et le fort, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit».

Mais restons sur la morale. On imagine sans peine que nombre de candidats, au regard d’une lecture de Machiavel se limitant au Prince mais ignorant les convictions démocratiques que son auteur exprime dans son second grand ouvrage (discours sur la première décade de Tite-Live), auront eu bien de mal à se décider entre morale et efficacité. Sauf à prendre position de manière résolue pour l’impératif catégorique de Kant : «Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse en même temps valoir comme principe d’une législation universelle ». Ce qui supposait également dans son esprit de prendre toujours l’homme comme fin et non comme moyen. 

Et ça n’est pas facile tout ça. De ceux qui utilisent les immigrés et les migrants comme moyen de renforcer leur commerce électoral à ceux qui se servent de ceux-là comme repoussoir pour se présenter à bon compte comme des progressistes. De ceux qui considèrent les salariés du point de vue des dividendes à ceux qui ne voient dans ce qui est utile aux hommes qu’une valeur d’échange, on y revient, et un moyen de faire de l’argent… Pas sûr que tous aient la philo, quand à la morale, on repassera l’année prochaine. ..

« La paille », le billet de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



Qu’est-ce donc une révolte ? Non, sire, c’est une révolution. On n’en est pas encore là et l’affaire ne semble pas encore de nature à faire tomber le régime, mais tout de même. Résumons, le ministère de l’Économie, à rebours des proclamations vertes et vertueuses de l’exécutif, a la ferme intention de repousser d’un an l’interdiction des ustensiles plastiques à usage unique, gobelets, bouteilles, pailles, etc. 

Mais il fallait pour cela annuler un amendement de la majorité elle-même adopté en 2018, anticipant d’un an la mise en œuvre de la directive européenne à cet effet, et donc, histoire de rester bien verts, faire avaler la pilule à cette même majorité, avec à la manœuvre la secrétaire d’État à l’industrie. 

Raté. Les députés des deux commissions concernées, Affaires économiques et Développement durable, ont refusé de se faire emballer dans le plastique. Dans la majorité on peut se plier à tout, Code du travail, retraites, assurance-chômage, mais l’histoire retiendra peut-être que, là le gobelet était plein et la paille un peu grosse.

« À contresens », l’éditorial de Patrick Apel-Muller dans l’Humanité de ce jour !



Le paradoxe est de taille. Alors que des centaines de milliers de jeunes revendiquent un changement de société pour sauvegarder la planète, que les mouvements sociaux refusent d’opposer fin de mois et fin du monde, EELV, sous la houlette de Yannick Jadot, paraît se convertir au « greenwashing », le maquillage vert sous lequel se dissimulent les choix de profits maximums des multinationales. Le mouvement ne se résume pas aux seuls appétits pour des fauteuils de maires. En reniant toute attache avec la gauche, le député européen signifie plus qu’une volonté hégémonique, manifestée à l’issue d’un succès électoral. Il induit une rupture avec l’ambition d’une transformation de la société vers plus de justice sociale et d’égalité.

La critique du capitalisme, de son exploitation forcenée de la nature tout autant que les hommes, de la domination des multinationales sur les choix politiques, est reléguée au second plan. Cette tentation a souvent émergé au sein de l’écologie politique. Elle a été généralement repoussée par les militants et s’est abîmée avec Brice Lalonde ou Antoine Waechter dans les fourgons de la droite, ou avec Daniel Cohn-Bendit, François de Rugy ou Pascal Canfin dans les wagons d’un libéralisme ripoliné. Le pire n’est donc pas certain.

La prise de conscience du risque environnemental et d’un changement radical des modes de production, de transport, l’impératif d’un changement nécessaire des relations entre les hommes remplaçant les ravages de la concurrence pour lui substituer la protection des biens communs ont gagné du terrain parmi les progressistes, les syndicalistes, les jeunes. L’opinion publique commence à mesurer qu’elle devra compter plutôt sur la mobilisation que sur l’attendrissement publicitaires de quelques oligarques pour une espèce menacée, ou sur leur appétit pour un marché à prendre…EELV pâtirait de n’être que dans le vent et pas dans le coup.

samedi 15 juin 2019

À propos d’un questionnaire : « Que les élu-e-s concerné-e-s prennent leurs responsabilités » !



Peut-être avez-vous, comme nous, été destinataires d’un questionnaire au nom de « Romainville Unie ». Bien évidemment, nous ne contestons nullement le droit de citoyen-ne-s, d’élu-e-s  d’éditer des documents ou de se porter candidat(e) pour les prochaines échéances municipales. Cependant, nous posons une question extrêmement simple. Ce document émane, c’est une évidence,  d’élu-e-s appartenant à la majorité municipale actuelle. Ces questions auraient donc pu trouver réponse au cours de compte-rendu de mandat et de diverses réunions auxquelles ces mêmes élu-e-s ont participé. Ils sont, de notre point de vue les mieux placés pour porter une appréciation sur leurs actions et leur bilan.

Prenons quelques exemples. On nous demande notre appréciation sur les constructions de logements. Ces mêmes élus n’ont-ils pas participé aux décisions qui ont conduit notre ville à n’être qu’un immense laboratoire pour promoteurs immobiliers ? Leur question devrait être libellée ainsi : " Approuvez-vous les décisions auxquelles nous avons participé, qui se sont traduites par la vente de nombreux biens communaux aux promoteurs immobiliers, par une effrayante densification rongeant de plus en plus l’espace public de notre ville, défigurée par les grues qui envahissent l’horizon ".

On nous interroge également sur le stationnement dans notre cité. Ces mêmes élu-e-s n’ont-ils pas promis un plan de circulation il y a une douzaine d’années, dont on attend encore sa publication ? Ne voient-ils pas comment les promoteurs ont totalement investi les voies publiques pour leur seul profit ? Ne voient-ils pas qu’on est même allés jusqu’à interdire la circulation sur une partie du Boulevard Barbusse pour permettre une construction de 42 appartements en accession à la propriété ?

On nous demande encore si nous sommes satisfaits de la vie démocratique dans notre ville. Il est curieux que des élu-e-s actuellement aux affaires puissent poser une telle question. Ils savent pertinemment que la participation à la vie démocratique se résume à la présentation de projets urbains déjà ficelés d'avance. Certes depuis un an, un budget participatif a été mis en place. Il est bon de rappeler qu'il nous était promis depuis une bonne quinzaine d’années. Mais que pèse une telle décision lorsque l’on sait qu’aucune réunion de concertation n’est organisée dans la préparation du budget principal qui demeure pourtant l’acte essentiel de la gestion d’une commune.

Nous sommes interrogés sur l’accueil de la petite enfance. Il est tout de même étonnant que les auteurs de ce questionnaire ne sachent pas, alors qu’ils sont les mieux placés, que notre ville connaît un déficit important de places en crèche, que l’arrivée de nouvelles populations plus jeunes vient encore aggraver. Il en va ainsi pour l'ensemble des questions qui font notre quotidien.

Pour nous résumer, il aurait été plus compréhensible que ces élu-e-s nous disent : « Voilà le bilan des actions auxquelles nous avons participé. Nous vous invitons à donner votre avis. Et quant à nous voici les propositions qui sont les nôtres ». Cela aurait été la moindre des choses.



vendredi 14 juin 2019

« À la plage », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



Il n’est pas bon de rouler avec des vitres teintées quand on est premier ministre et de porter des œillères quand on est commentateur. Sans doute nombre de nos confrères doutent-ils des véritables nouveautés de l’acte II proclamé par l’exécutif, mais c’est pour créditer le premier ministre d’un retour gagnant dans le jeu politique, en même temps que lui-même et Emmanuel Macron auraient eu le dernier mot face aux gilets jaunes, etc.

Est-ce bien de cela qu’il s’agit ? Les questions posées par ce mouvement de plus de six mois demeurent, mais ce n’est pas tout. Aucune des annonces faites n’est de nature à leur répondre mais surtout à répondre aux mouvements de fond qui traversent le pays et qu’Édouard Philippe et ses ministres feignent de ne pas voir et entendre comme en roulant vitres fermées. Mardi, alors que les hospitaliers étaient en grève, mettant au centre de leurs revendications la création d’emplois dans des services au bord de la rupture avec des personnels au bord du burn-out, la ministre Agnès Buzyn n’a même pas daigné recevoir une délégation.

Lundi, alors que 740 000 candidats vont se présenter aux épreuves du bac, l’intersyndicale Snes-FSU, avec SUD-éducation de la CGT, appelle à une grève de surveillance des épreuves pour la première fois depuis 2003. Au centre du mouvement, la mise en cause de la réforme Blanquer, que ce dernier continue à placer sous le signe d’une école de la confiance, quand elle a été élaborée sans les enseignants et qu’ils sont sous le coup d’une surveillance de la pensée qui ne dit pas son nom avec de plus en plus de cas avérés de pression contre leur liberté de parole.

Santé, éducation nationale, ce sont les deux plus grands services publics de la nation qui sont en ébullition. Qu’en a dit le premier ministre, mardi ? Et que dire de l’industrie avec General Electric comme expression brute de ce qui fut bel et bien un mensonge d’Emmanuel Macron quand il y promettait un avenir radieux. À la faveur des vacances, le gouvernement espère peut-être mettre tout çà dans le sable. Sous la plage, les pavés.

jeudi 13 juin 2019

Indispensable union populaire (Patrick Le Hyaric)


Les nouveaux paysages politiques entérinés par les élections européennes suscitent dans les partis et les journaux discussions et confrontations. C’est heureux et indispensable. La crise de la politique est si profonde qu’elle comporte des aspects dangereux si ces débats ne sont pas menés au grand jour, sans tabou. Même le Président de la République dont la liste n’a reçu les suffrages que de 11% des inscrits, ne peut se prévaloir d’un blanc-seing, d’autant qu’une part importante de son résultat est acquise non par adhésion à la politique gouvernementale, mais par opposition à l’extrême droite.
Observables depuis plusieurs années, les phénomènes de recomposition se sont ainsi accélérés à l’échelle continentale mettant en scène de nouvelles oppositions entre les libéraux et l’extrême droite qui contribuent à masquer une lutte de classes de haute intensité.
Fait marquant, les pays les plus impactés sont les grandes puissances du continent – France, Allemagne, Grande Bretagne, Italie –  qui, après le choc pétrolier de 1973, se sont liguées au sein du fameux G7 pour conduire et façonner la mondialisation capitaliste en se distribuant les postes décisifs aux seins d’institutions clefs comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’Organisation mondiale du commerce et les structures des institutions européennes.
Les forces du capital de ces pays, à la fois avant-postes et bases logistiques de l’offensive néolibérale, recomposent leurs dispositifs politiques de manière spectaculaire, comme ils recomposent leurs tissus productifs tout en détricotant méticuleusement les protections collectives, droits du travail et protection sociale. Les pouvoirs de ces pays sont également les fers de lance des nouvelles stratégies du capital qui monopolise les moyens financiers et concentre les pouvoirs de décision tout en éclatant les collectifs de travail, imposant bas salaires et attaques contre les droits sociaux. Le gouvernement français fait maintenant des indemnisations chômage, du recul de l’âge ouvrant droit à la retraite, de la destruction des statuts des fonctions publiques ses principales cibles.
Le phénomène a pour lame de fond un renforcement considérable des inégalités sociales et une précarité accrue des travailleurs. Le rapport publié la semaine dernière par l’Observatoire des inégalités atteste de cette lourde tendance inégalitaire que le mouvement des gilets jaunes a contribué à mettre en exergue.
Ce dispositif politique est aussi dispositif idéologique. Les puissances d’argent cherchent à enfermer les classes populaires dans de faux choix pour les pousser au consentement à l’ordre capitaliste, qu’il soit international ou national, et à de nouveaux sacrifices. De toute évidence et comme le rappelle sans cesse le commis du national-capitalisme envoyé en Europe par le président des Etats-Unis, M. Steve Bannon, la France est un maillon décisif à faire sauter.
L’objectif de construire une union populaire pour la transformation sociale et écologique devient dès lors enjeu décisif pour assurer la défense les intérêts populaires et ouvrir une perspective politique. Elle peut prendre son essor dans les mobilisations en cours ou à venir, avec les ouvriers, employés, techniciens et ingénieurs qui vivent les mutations en cours au prix d’une exploitation toujours plus féroce, contre le démembrement de l’Etat social et la main laissée du marché capitaliste pour défaire les capacités productives, industrielles et agricoles.
Les mobilisations pour la défense des hôpitaux, contre la privatisation d’Aéroport de Paris, la casse des services publics et la précarisation des agents qui les font vivre, contre l’envolée des tarifs de l’énergie couplée aux projets de privatisation, sont autant de levier pour redonner à la gauche un contenu mobilisateur au service de l’intérêt général.
Le débat sans posture, les luttes sociales, l’initiative politique voire législative, sont les conditions pour que les forces de gauche, politiques, syndicales, et associatives puissent contribuer à faire se lever une nouvelle et indispensable union populaire.

« Choc », le billet de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



« Gérald Darmanin monte au front ». L’express nous le dit dans son dernier numéro, et dans un des brèves de sa page baptisée « Exclusifs ». En voilà une info. On nous apprend que le ministre de l’Action et des Comptes publics, qui serait inquiet de la montée de l’extrême droite, « a tiré le signal d’alarme dans son interview choc du 6 juin dans le Point ». Et quel choc ! « Il faut que nous parlions au peuple, dit-il, le parti de la majorité présidentielle ne doit pas être le parti des élites… » 

D’ailleurs Édouard Philippe est « un petit-fils de docker », Emmanuel Macron est « un gamin d’Amiens », lui-même est le fils d’une femme de ménage et son père tenait un bistrot. C’est beau comme du Hugo dans les Misérables et c’est pourquoi les valeurs des classes populaires sont portées par Emmanuel Macron ». Quelle audace et quelle forte pensée. Au point que le président lui-même n’y a rien trouvé à redire quand il a relu, précise l’hebdomadaire, son interview avant parution.

mardi 11 juin 2019

« GASTON », LE BILLET DE MAURICE ULRICH DANS L’HUMANITE DE DEMAIN MERCREDI




Mais quelle mouche a piqué la présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay, quand, au moment du repas avec Emmanuel Macron à Ornans pour le bicentenaire de la naissance de Gustave Courbet, elle a cru bon d’interroger le président de la République sur la situation de General Electric, dans cette région. Emmanuel Macron alors a laissé parler son cœur : « C’est un cas trop particulier et douloureux pour l’inclure dans un moment de fête. » Et quelle fête que ce bicentenaire d’un artiste qu’un lapsus lui fit appeler Gaston, en qui le président a vu un de ceux, dont lui peut-être, qui sont capables de « voir le réel et penser l’impossible », ceux qui pensent la transgression et l’utopie. Mais c’est sans doute avec la même pudeur qui l’a conduit à ne pas parler de General Electric qu’il n’a parlé de la Commune de Paris dont Courbet fut un élu, qu’avec un art certain de l’ellipse. C’est que Gaston aujourd’hui pourrait bien enfiler un gilet jaune ou coiffer, à Belfort, une casquette CGT.


« Urgence ! », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité de demain mercredi



 Encouragés par la colère des services d’urgences qui a poussé la sinistre de la Santé, Agnès Buzyn, à de minables premières annonces la semaine dernière, les personnels hospitaliers étaient donc mobilisés, mardi 11 juin, à l’appel de quatre syndicats.
En France, parce qu’il s’agit d’un des piliers des services publics jalousés par le monde entier, quand l’hôpital craque, tout craque… Une chose est certaine au moins. Face au manque criant de moyens et face à la détresse de ceux qui sauvent des vies, personne, ni les citoyens, premiers concernés, ni le gouvernement ne pourra dire «nous ne savions pas». Des années que la situation empire. Et déjà trois mois de grève des soignants des urgences, aides-soignants et infirmières. Leur métier, l’un des plus nobles qui soit, ils le pratiquent en général par vocation, dans l’intérêt général. Leur sacerdoce volontaire se double désormais d’un ras-le-bol généralisé. Ils n’en peuvent plus, tout simplement. Ils veulent exercer leurs tâches dans des conditions normales, dignes, et juste pouvoir – oui, pouvoir – être à la hauteur de ce que la société attend d’eux.

Encouragés par la colère des services d’urgences qui a poussé la sinistre de la Santé, Agnès Buzyn, à de minables premières annonces la semaine dernière, les personnels hospitaliers étaient donc mobilisés, mardi 11 juin, à l’appel de quatre syndicats, jour du vote de l’inique loi santé au Sénat. Une centaine d’établissements sont désormais en lutte. Mme Buzyn redoute l’hémorragie. Elle a raison. N’avouait-elle pas, l’autre jour: «Les urgences sont en détresse, je le sais.» En 2018, Emmanuel Macron avait pourtant exigé près d’un milliard d’euros d’économies pour les hôpitaux publics. Les fermetures se succèdent, les bras manquent, les moyens s’amenuisent. Combien de décès, de drames évités de justesse, de démissions et de coups de gueule faudra-t-il encore pour rompre avec cette logique d’austérité mortifère?

Les paroles et les actes, parlons-en. Car, pendant ce temps-là, Emmanuel Macron était en visite à Genève, où il a osé dénoncer devant l’Organisation internationale du travail (OIT) ce qu’il appelle les dérives d’un «capitalisme devenu fou» qui, selon lui, privilégie les ajustements économiques au reste. On croit rêver. Rappelons à notre président que les graves risques sanitaires encourus par les patients et sur les conditions de travail des personnels hospitaliers figurent en toutes lettres dans les recommandations édifiantes des agences régionales de santé: «Accroître leur performance afin de maîtriser leurs dépenses.» La santé n’a pas de prix: devoir encore écrire cette phrase, en France et en 2019, nous arrache les tripes…


lundi 10 juin 2019

« LOGICIEL », LE BILLET DE MAURICE ULRICH DANS L’HUMANITE DE DEMAIN MARDI


Pris par une forme d’hubris, soit la grosse tête pour le dire autrement, après leur troisième place aux européennes, les Verts d’EELV seraient-ils tentés d’oublier une gauche désormais devenue importune à leurs yeux ? Possible, si l’on suit un peu, ces jours-ci, Yannick Jadot ou David Cormand. 

Pour ce dernier, « l’écologie n’est ni de droite ni de gauche, c’est un nouveau paradigme, pas un nouveau paradigme de gauche ». Et surtout, selon lui, le problème de la gauche, c’est qu’elle s’est construite à partir du « logiciel marxiste », et donc productiviste. C’est peut-être vrai que la gauche à certains égards a pu être « productiviste », quand bien même cela pourrait se discuter. 

Mais, surtout, David Cormand ignore à l’évidence, à propos du logiciel dont il parle avec tant d’assurance, cette profonde idée de Marx, toujours plus actuelle, qui est que « le capitalisme se développe en épuisant les deux sources de toute richesse, la terre et les hommes ». La gauche a sans doute trop longtemps occulté l’écologie. Ce n’est plus le cas. L’écologie devrait-elle oublier le capitalisme ?


« L’ONU DES TRAVAILLEURS », L’EDITORIAL DE MICHEL GUILLOUX DANS L’HUMANITE DE DEMAIN MARDI


Les travailleurs ont leur ONU. Des agences telles l’Organisation mondiale du commerce ou la Banque mondiale sont largement dominées par des logiques de prédation financière. L’Organisation internationale du travail (OIT), elle, a l’originalité d’être tripartite. Les gouvernements et les forces du Capital ont dû accepter la présence des représentants des travailleurs aux postes de décision. Les rapports de forces historiques, dont sont issus tout le droit social et ses normes internationales pesant en retour, y sont pour quelque chose. Combien d’instances ont à leur fronton cette devise : « Faire avancer la justice sociale, promouvoir le travail décent » ? C’est dire si se battre pour préserver pareil outil est vital.
L’urgence sociale est planétaire. L’offensive ultralibérale sur la planète considère chaque droit des travailleurs comme autant d’obstacles à sa revendication de jouir du profit sans entrave. Ces promoteurs d’une loi de la jungle puissance mille s’accommodent fort bien de l’esclavage moderne et du travail des enfants, deux des bêtes noires de l’OIT. Alors, à défaut de la détruire, neutraliser la portée de ses décisions ne déplairait pas au camp patronal. Surtout à l’heure où l’ubérisation du travail déclenche des velléités chez les forçats du numérique de voir élaborer des règles collectives. En 2009, Nicolas Sarkozy venait vitupérer à sa tribune contre le cancer de la finance, entre précarisation du travail avec le contrat nouvelle embauche et nouvelle casse des retraites en 2010… Dix ans après, jour pour jour, il se dit qu’Emmanuel Macron veut y tenir un discours « social ». Nous n’épiloguerons pas sur ses choix depuis deux ans et déjà sous François Hollande. Mais cela souligne à quel point les forces de l’argent n’y ont pas table ouverte.
C’est dans ce cadre que la Confédération syndicale internationale, relayant un appel de la CGT française, organise une manifestation inédite à Genève, le 17 juin, en pleine assemblée du centenaire. À l’ordre du jour : la défense de la liberté syndicale, du droit de grève et la volonté de voir adoptée la 190e convention de l’histoire de cette organisation : celle consacrée à la lutte contre les violences sexistes et le harcèlement au travail. Le rapport de forces, toujours.

dimanche 9 juin 2019

Naissance de Gustave Courbet, le 10 juin 1819, il y a 200 ans !



GUSTAVE COURBET VU PAR ÉMILE ZOLA
" J'ai déjà dit (Zola parle), qu'il y a eu trois grands talents dans l'école française du XIXème siècle : Eugène Delacroix, Ingres et Courbet, et je pense que ce dernier était aussi grand que les deux premiers. Les trois ensemble ont révolutionné notre art : Ingres accoupla la formule moderne à l'ancienne tradition ; Delacroix symbolisa la débauche des passions, la névrose romantique de 1830 ; Courbet exprima l'aspiration au vrai - c'est l'artiste acharné au travail, asseyant sur une base solide la nouvelle formule de l'école naturaliste. Nous n'avons pas de peintre plus honnête, plus sain, plus français. Il a fait sienne la large brosse des artistes de la Renaissance, et s'en est servi uniquement pour dépeindre notre société contemporaine.
Remarquez qu'il est dans la ligne de la tradition authentique. Tout comme le travailleur de talent qu'était Véronèse ne peignait que les grands de son époque - même quand il lui fallait représenter des sujets religieux -, de même le travailleur de talent qu'était Courbet prenait ses modèles dans la vie quotidienne qui l'entourait. C'est autre chose que ces artistes qui, voulant être fidèles aux traditions, copient l'architecture et les costumes des artistes italiens du XVIème siècle.
Au Champ-de-Mars il n'y a qu'une toile de Courbet : La Vague, et même ce tableau n'y figure que parce qu'il appartient au musée du Luxembourg, et dès lors l'Administration des beaux-arts a bien été obligée de l'accepter. Et c'est cette toile unique que nous montrons à l'Europe, alors que Gérôme dans la salle voisine ne compte pas moins de dix tableaux et que Bouguereau va même jusqu'à douze. Voilà qui est honteux. Il aurait fallu assigner à Courbet à l'Exposition universelle de 1878 toute une salle, comme on l'a fait pour Delacroix et Ingres à l'Exposition de 1855.
Mais on sait bien de quoi il retourne, Courbet avait participé à la Commune de 1871. Les sept dernières années de sa vie ont été de ce fait un long martyr. On commença par le jeter en prison. Ensuite, à sa sortie de prison, il faillit mourir d'une maladie qu'avait aggravée le manque d'exercice. Après, accusé d'avoir été complice du renversement de la colonne Vendôme, il fut condamné à payer les frais de la reconstruction de ce monument. On lui réclamait quelque chose dans la région de trois cents et quelques mille francs.
Les huissiers furent lancés à ses trousses et on opéra la saisie de ses tableaux. Il fut obligé de vivre en proscrit et mourut à l'étranger l'an dernier, exilé de la France dont il aura été l'une des gloires. Imaginez un gouvernement qui fasse saisir les toiles de cet artiste pour solder les comptes de la restauration de la colonne Vendôme ! Je comprendrais mieux s'il les avait fait saisir pour les exposer au Champ-de-Mars. Cela aurait été plus à l'honneur de la France.
Du reste, on a toujours traité Courbet en paria. En 1867, quand la médiocrité académique de Cabanel s'étalait déjà devant les étrangers accourus de toutes parts, Courbet a dû organiser une exposition particulière pour montrer ses oeuvres au public. Il n'est plus parmi les vivants. On se doute pourquoi cette suprême humiliation, la plus grave de toutes, lui a été infligée, d'exposer au Champ-de-Mars son tableau La Vague. La place étroite qu'on a cédée à l'artiste est ironique au plus haut point et inconvenante. Qu'on enlève La Vague, car elle donne à réfléchir à tous les artistes magnanimes et indépendants qui s'arrêtent devant elle. Ils douteront du grand disparu, qu'on essaie d'enterrer sous une poignée de terre.
La Vague fut exposée au Salon de 1870. Ne vous attendez pas a quelque oeuvre symbolique, dans le goût de Cabanel ou de Baudry : quelque femme nue, à la chair nacrée comme une conque, se baignant dans une mer d'agate. Courbet a tout simplement peint une vague, une vraie vague déferlant sans se laisser décourager, sans se soucier des rires qui accueillaient ses toiles, du dédain ironique des amateurs. On le raillait, on l'appelait le peintre nébuleux, on feignait de ne pas comprendre dans quel sens il fallait prendre ses tableaux. Puis un beau jour on s'avisa que ces prétendues esquisses se distinguaient par un métier des plus délicats, qu'il y avait beaucoup d'air dans ses tableaux ; qu'ils rendaient la nature dans toute sa vérité. Et les clients affluèrent dans l'atelier de l'artiste ; ils l'ont tellement surchargé de travail vers la fin qu'il lui a fallu en partie donner de l'ouvrage bâclé. Je ne connais pas d'exemple plus frappant de la peur que ressent le public devant tout talent neuf et original, et du triomphe inévitable de ce talent original pour peu qu'il poursuive obstinément ses buts. "


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