LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

lundi 29 avril 2019

« BOUCLES ET BULLES », L’EDITORIAL DE MAURICE ULRICH DANS L’HUMANITE DE DEMAIN MARDI


L’agitation d’hier dans le bocal majoritaire peine à faire illusion. « Je sais que beaucoup sont impatients, déclarait Édouard Philippe, le président de la République nous a demandé d’aller vite et il a raison. » Sans doute, après plus de cinq mois de manœuvres dilatoires, tel le grand débat, dont on s’aperçoit aujourd’hui qu’il n’est tenu aucun compte. Mais on devine bien, déjà, une nouvelle phase de tergiversations et diversions pour les quelques mesures comme le minimum retraite qui pourraient être un brin positives, bien que loin des attentes.

Le cap en revanche est tenu à droite pour le « travailler plus », les retraites, la pénalisation des chômeurs. « C’est à chacun de faire un effort », disait hier sur France Inter Stanislas Guérini, délégué général de la République en marche. Traverser la rue ? C’est sans doute ce que François Bayrou, tombé cul par-dessus tête sur le chemin de Damas, voit comme une « révolution ». La réalité, c’est que rien n’est fait pour répondre aux questions posées dans le pays. 63 % des sondés n’étaient pas convaincus la semaine passée par l’intervention du président. Les questions du pouvoir d’achat, de la hausse du Smic et des salaires sont aux oubliettes, avec le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune. La baisse de l’impôt sur le revenu promise comme un hochet aux classes moyennes que le président veut rallier – déjà pour les élections européennes –, ne va pas concerner les plus modestes. La transition écologique reste noyée dans les brumes des effets de serre.
C’est tout cela qu’on va entendre demain dans la rue. À Paris on retrouvera dans le même cortège la CGT, FO, la FSU, Solidaires, les lycéens, les étudiants et aussi les gilets jaunes. Ils seront rejoints par les jeunes marcheurs pour le climat. Sans surprise, il faudra sans doute s’attendre à quelques provocations. Mais l’opinion attend bien autre chose que des images de casseurs tournant en boucle et des bulles dans un bocal.

DROIT DU TRAVAIL. « ILS ONT LIBÉRALISÉ AU LIEU DE LIBÉRER »


Les députés PCF ont obtenu un débat sur les ordonnances travail, un an et demi après la promulgation de ce chèque en blanc fait au patronat. Entretien avec Pierre Dharréville.
Quel est l’objectif du débat de ce soir à l’Assemblée ?
Pierre Dharréville Il est absolument nécessaire de réclamer des comptes et de tirer le bilan de cette casse sociale lancée par le gouvernement. Ces ordonnances constituent à la fois son premier geste antisocial et son premier contournement du Parlement. Nous nous sommes donc battus pour organiser ce débat dans le cadre de la semaine de contrôle du Parlement. Il se terminera sans doute dans la nuit, soit le 1er mai, Journée internationale des travailleurs. Nous comptons exposer avec force que ces ordonnances n’ont apporté aucun progrès pour les salaires, les conditions de travail ou dans la lutte contre le chômage. Bien au contraire.
L’exécutif voulait faciliter les licenciements pour encourager les embauches…
Pierre Dharréville Faciliter les licenciements pour relancer l’emploi est un sophisme. Comme le consent même le magazine Challenges, force est de constater que les ordonnances n’ont pas eu d’effet notoire sur l’emploi. Dans les freins à l’emploi indiqués par les entrepreneurs, le Code du travail est loin d’être la première préoccupation. En ­revanche, le recours à des ruptures conventionnelles collectives a permis à des grandes entreprises de supprimer massivement des emplois tout en contournant les droits qui sont ceux des salariés dans le cadre d’un licenciement économique. Il y a aussi une multiplication des CDI de chantier et des CDD, ce qui augmente la précarité des travailleurs, impacte les salaires et amène les entreprises à des pertes de d’expérience.
Le gouvernement avait promis de « libérer et de protéger ». Qu’en est-il ?
Pierre Dharréville On a vu libéraliser au lieu de libérer et on n’a pas vu protéger. On nous avait promis une régénération du dialogue social. Où est-elle ? Avec la création au rabais d’une seule instance représentative du personnel, le CSE, le nombre de personnes pourvues d’un mandat syndical est tombé de 36 000 à 24 000 entre le 1er janvier et le 1er juillet 2018. Soit une baisse de 33 %. La suppression des comités hygiène, sécurité et conditions de travail (CHSCT) a déjà un effet néfaste et sera désastreuse à long terme sur les questions de santé. On constate des difficultés à faire valoir ces enjeux centraux. J’ai été rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les maladies professionnelles dans l’industrie. Tous les salariés que j’ai rencontrés ont en premier lieu exprimé leur regret profond de la disparition des CHSCT et de pouvoirs et garanties qui allaient avec.
Quid de la situation des tribunaux prud’homaux ?
Pierre Dharréville Le nombre de recours devant les prud’hommes continue de baisser, avec moins 5,5 % en 2018. Cela avait déjà commencé avec la loi El Khomri. Cette baisse ne montre pas que les conflits du travail diminuent, mais que les recours devant les juges sont plus difficiles : il y a de plus en plus de renoncements des salariés à faire valoir leurs droits devant la justice. La barémisation des licenciements abusifs a par contre provoqué une levée de boucliers dans les tribunaux, sur la base des conventions de l’Organisation internationale du travail. Cela nous semble utile aujourd’hui d’interroger le gouvernement sur ces objections. Alors que le pays réclame une hausse du Smic et des salaires que nous avons portée, tout comme le conditionnement du Cice, le gouvernement veut tout confier au marché sur fond de dumping social permanent. Ce n’est pas acceptable.


« Marx à Bercy », le billet de Maurice Ulrich dans l’Humanité de demain mardi


Le drapeau noir flotte toujours sur la marmite des plus modestes mais le drapeau rouge est hissé à Bercy. Gérard Darmanin a appelé hier le patronat à soutenir la réduction des niches fiscales des entreprises pour financer la baisse promise par Emmanuel Macron de l’impôt sur le revenu. « Il faut désormais que chacun puisse aller dans le sens de la nation, dans le sens de l’intérêt général, dans le sens des travailleurs et de la force du travail, comme dirait peut-être Karl Marx».
Tout est dans le peut-être qui laisse penser que le ministre pourrait, peut-être, être très déterminé. « Il y a 40 milliards d’euros de niches fiscales pour les entreprises. Sur 40 milliards de niches ont doit bien pouvoir trouver quelques centaines de millions d’euros pour mieux répartir la fiscalité », a – t – il  ajouté. Bien sûr, quelques centaines de millions, sur 54 milliards de dividendes versés l’an passé, quelques cent milliards d’évasion fiscale et 3,5 milliards d’impôts sur la fortune supprimés, c’est peut-être possible. Encore un effort, camarade.


« ESPRIT LIBRE », LE BILLET DE MAURICE ULRICH


Macronien de la première heure, Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale, n’en est pas moins un esprit libre qui n’hésite pas à donner son avis sur les grandes questions relevant de la démocratie, de l’intérêt national et des orientations politiques.
La preuve, dans un entretien publié hier par le Parisien, il se permet même d’évaluer en toute franchise les réformes institutionnelles évoquées par le président jeudi passé, qu’il s’agisse de la réduction du nombre de parlementaires, de la limitation du cumul des mandats et d’une dose de proportionnelle : « Oui, le maintien de ces engagements présidentiels me réjouit. » À la bonne heure, mais il va plus loin encore.
Êtes-vous favorable à une dose de proportionnelle supérieure à 15 % ? lui demande-t-on. La réponse ne manque pas d’audace : « Le président a évoqué 20 %, je n’y vois pas d’inconvénient. » Il n’y voit pas d’inconvénient. Voilà de quoi rassurer Emmanuel Macron, qui devait s’inquiéter. Mon Dieu, mon Dieu, que va dire Richard Ferrand ?

dimanche 28 avril 2019

« La désillusion », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité de demain lundi



Macron n’entend rien. Au contraire, il assume une sorte de virage en ligne droite, prenant le risque de nourrir une désespérance exacerbée. Singeant les pires années sarkozystes, il répond «à droite toute» aux aspirations sociales du pays.

Quelques jours à peine auront donc suffi pour que la parole présidentielle, tant attendue, se transforme en désillusion pour une majorité de nos concitoyens. Personne n’était dupe, certes, mais le fameux effet waouh annoncé à cor et à cri par les thuriféraires de toute la Macronie a laissé place à un couac monumental – le désenchantement devient divorce consommé – et, plus encore, à une rupture fondamentale qui laissera des traces durables dans le rapport du peuple avec«la» politique. 

Emmanuel Macron et son gouvernement nous avaient annoncé des «mesures puissantes et fortes», après avoir gagné du temps, mené une campagne électorale aux frais de l’État lors des prestations solitaires du «grand débat national», tentant d’épuiser une mobilisation sociale à laquelle ils ne veulent apporter aucune réponse – la preuve –, tout en cherchant à créer l’illusion d’une démocratie participative nouvelle dont il ne reste déjà plus rien. Comme prévu, les lendemains déchantent. Et même les moins courageux des commentateurs patentés expriment une «déception» qui en dit long sur le climat autour du chef de l’État…

Rien ne semble atteindre Jupiter. Les mouvements des «gilets jaunes», les journées intersyndicales, les mobilisations dans les entreprises, ce que les Français ont exprimé à travers les cahiers de doléances ou dans les réunions publiques, tout cela a porté une puissante exigence de dignité et d’égalité, avec des revendications précises: pouvoir d’achat, justice fiscale, augmentation du Smic et des salaires, de meilleurs services publics, etc. Macron n’entend rien. Au contraire, il assume une sorte de virage en ligne droite, prenant le risque de nourrir une désespérance exacerbée, déchirant peu à peu ce qu’il reste de nos vies en commun. Plus grave, singeant les pires années sarkozystes, il répond «à droite toute» aux aspirations sociales du pays. 

Une pure folie. L’«acte II» de son quinquennat débute par des mots qui sentent la poudre : travailler davantage, allongement de la durée de cotisation donnant droit à la retraite. Les réactions d’indignation entendues durant l’acte XXIV des gilets jaunes en témoignent. En attendant celles du premier Mai, où convergeront toutes les contestations.


vendredi 26 avril 2019

JULIEN LAUPRÊTRE, LE PRÉSIDENT DU SECOURS POPULAIRE EST DÉCÉDÉ


Le Secrétariat national du Secours populaire et la famille ont annoncé ce vendredi matin le décès de Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français, à 93 ans.
Communiqué du Secours Populaire Français.

Le Secrétariat national du Secours populaire et la famille ont l’immense tristesse d’annoncer le décès de Julien Lauprêtre, Président du Secours populaire français, survenu à 93 ans, dans un hôpital parisien des suites d’une chute pour laquelle il avait été hospitalisé.
Plus qu’un Président, c’est un ami que tous les membres du Secours populaire ont perdu aujourd’hui. Julien se présentait toujours comme « bénévole à Paris ». C’est vrai qu’il n’était pas un Président ordinaire. Sa porte et son écoute étaient ouvertes à tous, sans distinction, à n’importe quel moment de la journée. Une humanité, une simplicité et une sincérité qui allaient droit au coeur des 80 000 bénévoles de l’Association.

Julien aimait répéter : « La solidarité ne règle pas tout, mais pour celles et ceux qui la reçoivent, elle est irremplaçable. » Et il ajoutait aussitôt cette phrase d’Henri Barbusse : « La solidarité, ce ne sont pas des mots, mais des actes. » Toute sa vie, Julien a refusé l’inacceptable, la pauvreté, l’injustice. Toute sa vie a été orientée vers les autres. Il a fait de la solidarité son combat quotidien, et du Secours populaire, un grand mouvement de solidarité populaire.
Dès son arrivée en 1954, Julien et un petit groupe d’hommes et de femmes vont faire du Secours populaire, l’une des plus importantes associations de solidarité de notre pays. Très vite, il a compris que l’association avait tout à gagner à se recentrer sur son rôle d’association de solidarité plutôt que d’intervenir sur le champ politique. Il en a fait une association rassemblant toutes les bonnes volontés pour que se développe une solidarité populaire indépendante des pouvoirs établis, qu’ils soient publics ou privés, philosophiques, confessionnels, politiques ou syndicaux.

Au Secours populaire, nous sommes quotidiennement les témoins de ceux qui vivent un véritable parcours du combattant pour régler leurs factures, faire trois repas décents par jour, se soigner… Nous sommes aussi les témoins, avec nos partenaires dans le Monde, des situations des enfants, des femmes, des hommes qui luttent pour survivre. La pauvreté est là. Elle ne recule pas. Elle s’aggrave.

Avec une ténacité incroyable, Julien a fait front pour ne pas laisser la désespérance prospérer. Il a sillonné le monde, fait le tour de notre pays pour mobiliser les bénévoles à agir sans relâche pour les personnes dans la précarité, et sensibilisé les dirigeants à la lutte contre la pauvreté en France, en Europe et dans le Monde.
Il avait aussi à coeur d’offrir aux enfants l’opportunité de prendre la parole, d’agir, de s’organiser. C’est ainsi qu’est né en 1992 le mouvement d’enfants bénévoles au Secours populaire, les « copains du Monde ».

Il a consacré sa vie pour que celles et ceux qui n’ont rien, ou si peu, relèvent la tête et soient plus forts pour s’en sortir grâce à la solidarité, dans une démarche d’égal à égal entre celui et donne et celui qui reçoit.
Aujourd’hui, les membres du Secours populaire sont plus que résolus à continuer son combat pour faire triompher l’entraide et la solidarité et faire reculer la pauvreté et l’exclusion.

jeudi 25 avril 2019

« LES ROUGES », LE BILLET DE MAURICE ULRICH DANS L’HUMANITE DE DEMAIN VENDREDI


Il y a désormais un peu plus de vingt ans, les rouges venaient de l’Est. C’était à la fois le sens de toutes les manœuvres militaires et le discours dominant. On redoutait l’arrivée des chars soviétiques place de la Concorde. Le monde change de base. Selon un sondage de l’institut Gallup publié par le Financial- Times, aux États-Unis donc, le nombre de jeunes Américains de 18 à 29 ans ayant une vision positive du capitalisme est passé de 68 % en 2010 à 45 % aujourd’hui.
Pire, enfin, mieux, ils sont maintenant 51 % à avoir une bonne opinion de l’idée du socialisme. Sans doute, c’est encore un peu flou, mais voilà aussi qu’un nombre de plus en plus important d’élues et d’élus démocrates veulent taxer très fortement les hauts revenus. Imaginerait-on cela en France macronienne ? Les rouges sont à l’Ouest. Un de ces jours, ils vont débarquer sur les côtes normandes pour nous libérer du capitalisme !

« L’ESCAMOTEUR », L’EDITORIAL DE PATRICK APEL-MULLER DANS L’HUMANITE DE DEMAIN VENDREDI


Du grand débat, restent des conclusions souvent à l’inverse des souhaits du pays. Emmanuel Macron l’a réduit à un tour de passe-passe pour escamoter les colères et les revendications qui secouent le pays. Il a jugé hier que ses « bonnes orientations » devaient être « préservées, poursuivies et intensifiées » : « Je n’ai pas fait fausse route », se rengorge-t-il. Et le président de la République persiste et signe en cherchant à désamorcer les revendications. Ainsi, refusant le rétablissement de l’ISF et une imposition plus forte des plus riches, dont les revenus s’envolent, il a annoncé une baisse de la fiscalisation des revenus en faisant travailler davantage les Français et en réduisant les dépenses publiques. Contre toutes les études, il a continué à prétendre que les salariés de ce pays travaillent moins que leurs voisins. Des Gaulois fainéants, sans doute. Suppression des 35 heures ? On ne le sait pas encore.
En revanche, l’âge légal de la retraite perdra tout sens. Par un jeu de décotes, il veut le repousser à 64 ans. La réforme Delevoye a cet objectif, tout en réduisant les pensions par un système par points. Quant à la « présence de la nation sur le terrain » et les maisons ​​​​​​​ « France Service » qu’il promet, elles se feraient, souhaite-t-il, avec 120 000 fonctionnaires de moins si les mobilisations sociales le lui permettent. La paille des mots se disperse vite aux grands vents des réformes libérales.
Aux exigences démocratiques, il oppose ses projets de remodelage institutionnel, à peine repatinés. La dimension «  humaine » qu’il promet, en concédant l’avoir négligée, n’a pas percé dans des projets palpables et « l’art d’être français » qu’il a exalté s’est réduit à des mots creux, voire inquiétants quand il s’est agi de l’immigration, sujet qu’il veut placer à l’avant-scène.
Ce nouvel « acte » ne laisse pas augurer une amélioration de la situation de cette majorité de Français qui ne vit que de son travail. « L’État social augmente et favorise la liberté », proclamait Jaurès. L’État libéral réduit et supprime le progrès social…

Déclaration d'Emmanuel Macron : à droite toute !



Le président de la République et son gouvernement nous avaient annoncé des « mesures fortes et puissantes ». En fait, les Français.e.s auront eu droit à un exercice d'autosatisfaction, dans le prolongement des shows solitaires du « Grand débat national ».

Les mouvements des « Gilets jaunes », les journées intersyndicales, les mobilisations dans les entreprises, ce que nos concitoyens ont exprimé à travers les cahiers de doléances ou dans les réunions publiques ont tous porté une puissante exigence de dignité. Ils ont posé la question de l’amélioration réelle et rapide du pouvoir d’achat, de l’augmentation du Smic et des salaires, de la justice fiscale avec le rétablissement de l’ISF et la mise à contribution des ultra-riches, des actionnaires, de la finance. Ils ont mis en avant le développement des services publics, le besoin d’une démocratie qui ne soit plus asphyxiée par le présidentialisme, l’urgence de conduire la transition écologique dans la justice sociale.

Ce soir, il ne leur a pas été répondu. Enfermé dans son acharnement à protéger ceux qui ne cessent de s’enrichir, ce pouvoir a ainsi pris la responsabilité d’aggraver la désespérance dans le pays.

Quelques-unes des mesures annoncées sont, bien sûr, à mettre au crédit des mouvements populaires des dernières semaines. Mais elles ne changent en rien le cours d’une politique que le pays rejette dans son immense majorité.

Pire, on ose maintenant demander de nouveaux sacrifices à des Français.e.s dont les fins de mois sont difficiles et qui demandent que le travail paie. Quelle honte ! En guise d’« Acte II » de son quinquennat, Monsieur Macron nous fait du sarko-fillonisme. Il enjoint les  Français.e.s à « travailler davantage », il veut poursuivre la « baisse de la dépense publique » qui affaiblira un peu plus nos services publics, il annonce l’amoindrissement des ressources de la Sécurité sociale par la poursuite des exonérations de cotisations, et il confirme sa volonté d’allonger la durée de cotisations donnant droit à la retraite. Quant au droit à la différenciation pour les collectivités, loin d'améliorer la décentralisation, il menace l'unité de la République et l'égalité territoriale. Et aucune réponse concrète n’est apportée à l’urgence écologique.

Bref, lorsque président nous propose de jouer à « qui veut gagner des millions », le casting est toujours le même : ses amis du CAC 40.

C’est maintenant à notre peuple de se faire entendre avec plus de force encore. La première réponse à la provocation présidentielle doit être de puissantes mobilisations populaires : ce samedi avec les gilets jaunes, le  1er Mai et le 9 mai à l'initiative des organisations syndicales.

Ces mobilisations ont plus que jamais besoin d’une perspective politique de gauche. C’est en ce sens que le PCF a déjà mis en débat dix propositions pour la France.

ROMAINVILLE quartier Barbusse-Jean Jaurès. C’est insupportable !


NOUS PUBLIONS CE BILLET QUE NOUS A FAIT PARVENIR MAURICE SEBBAH 

À croire que mesdames la Maire et son adjointe à la voirie et au cadre de vie (ça ne s’invente pas !) n’ont jamais mis les pieds à Romainville aux heures de forte circulation - ni même aux heures de circulation  normale - comme aujourd’hui mercredi 23 avril 16 heures, en tentant de franchir les carrefours Barbusse/Jaurès et Jaurès/République.
Attentives à combler les souhaits des promoteurs et bétonneurs qui pullulent à Romainville depuis trop longtemps, en leur accordant l’emprise totale des trottoirs et de la moitié de ce qui reste de la chaussée, elles ont à nouveau interdit pour plusieurs semaines à la circulation vers la place Carnot le boulevard Henri Barbusse, face au chantier du futur métro ! Les véhicules qui sortent du périphérique et de l’autoroute vers Montruil ou Noisy-le-Sec, elles s’en fichent ; les piétons, elles s’en contrefichent. On croise les doigts en espérant que les travaux de construction du tramway prennent encore un peu plus de retard pour ne pas rajouter à cet immense merdier.
Allez, on donne rendez-vous à l’une ou l’autre, ou aux deux à la fois, à 17h30 n’importe quel jour, pour assister au carrousel insensé des véhicules -grands et petits- qui courent pour rejoindre Bagnolet, entre le groupe scolaire Charcot-Barbusse et le collège, par la rue Irène Joliot-Curie et ses chicanes aussi stupides que leur inventeur,.
Auront-elles au moins la sagesse de rétablir le double sens de circulation de la portion de rue des Mares et de la rue Jules Ferry, pour éviter aux automobilistes de s’enliser sur le boulevard Barbusse qui n’en peut plus d’embouteillages à répétition ? Voilà une petite amélioration qui ne coûterait pas un euro aux finances municipales, mais qui reste apparemment hors de portée de nos décideuses de la place de la Laïcité …
Madame la Maire, une urgence s’impose :
rendez-nous nos trottoirs, laissez respirer Romainville,
quitte à déplaire un peu à vos chers bétonneurs !

« LE LAPIN », L’EDITORIAL DE MAURICE ULRICH DANS L’HUMANITÉ


L’illusionniste ne sort jamais du chapeau que le lapin qu’il y a mis. Sans trop s’avancer, on a tout de même le sentiment qu’Emmanuel Macron ce soir ne va retenir de son grand débat que ce qu’il voudra y voir pour poursuivre et amplifier sa politique. C’est bien ce qui semble se dessiner avec ce qu’il avait lui-même évoqué dans son allocution non diffusée souhaitant que les Français « travaillent davantage ».
Revoilà donc, au passage, les fainéants à qui il ne cédera rien, ceux qui n’ont qu’à travailler pour se payer un costard ou traverser la rue pour avoir du boulot. Emmanuel Macron est toujours très déterminé quand il s’agit du travail des autres, des plus modestes. Plus profondément, comment ne pas entendre le refrain qui est celui de la droite et du patronat depuis des décennies. Toujours dans l’histoire ils se sont opposés à la réduction du temps de travail que les luttes quotidiennes et les grands moments de mobilisation populaire que furent 1936 ou Mai 68 ont progressivement imposée.
La France ne travaillerait pas assez. Ce serait une des raisons de ses difficultés. Quelle farce cynique en guise de réponse aux attentes du pays. Nicolas Sarkozy nous avait monté le numéro du « Travailler plus pour gagner plus ». Emmanuel Macron voudrait semble-t-il mettre ses pas dans les siens. On sait que les deux hommes d’ailleurs se comprennent très bien. Mais formellement il est faux que la France ne travaille pas assez. Le Parisien, qui ne passe pas précisément pour un journal de gauche, relevait il y a deux jours que les Français passent « plus de temps au boulot que les Allemands ». Les chiffres que nous publions plus loin sont édifiants. Mais, au-delà même des questions économiques, la question du temps de travail telle qu’elle semble être posée aujourd’hui est une manipulation idéologique et une offensive purement réactionnaire. Il s’agit de bien enfoncer dans les têtes qu’il n’y a d’autres chemins pour le pays que ceux de la régression sociale et de la soumission aux dogmes de l’économie libérale. Il s’agit d’éradiquer dans les consciences populaires l’aspiration à vivre mieux. Le lapin a de grandes dents.

mercredi 24 avril 2019

« LA FOI », LE BILLET DE MAURICE ULRICH


Il est ressuscité. C’est la bonne nouvelle que se communiquent les chrétiens entre eux le jour de Pâques en feignant de croire qu’ils ne le savaient pas. Depuis le temps… Mais bon, donné pour mort le vendredi saint, Jésus s’est absenté un week-end. Emmanuel Macron, certains le lui reprochent, n’est pas allé à la messe mais au Touquet.
Et là, miracle, largement attesté par nos chaînes de télé qui nous l’ont retransmis tel quel, il a été accueilli par une foule enthousiaste, arrivée à point nommé probablement par hasard sauf à supposer une intervention des anges annonçant sa venue avec le lieu et l’heure. Oui, oui, il y sera, vous pourrez le voir, le toucher et même faire un selfie.
On a entendu à son adresse des mots qui semblaient oubliés depuis si longtemps. « Continuez », « vous êtes courageux »… Ça changeait des cortèges du samedi. Le Touquet, c’est le pays qui ne ment pas. Mais au vrai c’est jeudi qu’il revient. Il se dit qu’il aurait de bonnes nouvelles pour ceux qui ont la foi.


« POUR LE VRAI DÉBAT », L’EDITORIAL DE MAURICE ULRICH DANS L’HUMANITE



À cinq semaines des élections européennes, il serait temps de parler vraiment d’Europe. Celui qui est censé être le plus européen, quand bien même il n’est pas tête de liste, est celui qui en parle le moins. La volonté d’Emmanuel Macron de faire durer son grand débat dilatoire, le temps mis à apporter des semblants de réponse, l’opposition binaire qu’il continue de tracer entre populistes et progressistes lui évitent, sauf grandes envolées, d’entrer dans le dur des questions européennes et dans les raisons des attentes déçues des peuples. Ce que l’on a entendu de madame Loiseau n’y répond certes pas, entre le Smic à 900 euros sous prétexte d’égalisation sociale et une politique migratoire restrictive qui ne dénote pas vraiment avec ce que l’on a appris de son passé politique.
Le RN s’en arrange très bien, qui entend se poser à la fois en partenaire et unique adversaire en prônant en même temps un vote de fermeture. Son instrumentalisation de la tension dans le pays n’est en aucune manière une approche politique de ce qu’il faut changer, profondément, pour construire une Europe sociale. Les surenchères sécuritaires et sur l’immigration, ce n’est pas faire face aux politiques du grand capital et des lobbys.
Le scrutin implique bien entendu une opposition et des propositions alternatives à la politique d’Emmanuel Macron. S’il évite d’en dire davantage, c’est qu’il entend continuer dans la direction, selon les mots de Ian Brossat, d’une politique de casse sociale, de remise en cause des acquis, dangereuse pour la planète. L’alternative, c’est mettre au débat, dans le pays, de véritables propositions novatrices.
La liste que conduit le candidat communiste, largement ouverte au monde du travail et paritaire, est porteuse de douze propositions phares appuyées sur un programme solidement argumenté. On le sait, au stade actuel, cinq listes de gauche sont en lice et de ce fait concurrentes. C’est regrettable mais c’est donc sur pièces que les électeurs sont appelés à choisir, avec un impératif catégorique : débattre, oui ; « se taper dans les pattes », c’est non. Quoi qu’il en soit, il va falloir construire à gauche.

mardi 23 avril 2019

" UN ATTELAGE SOCIAL ET ÉCOLOGIQUE ", L'EDITORIAL DE PATRICK APEL-MULLER DANS L'HUMANITE


L’Europe parle environnement… et c’est à peu près tout. La plupart des pays qui la dominent échouent à respecter les engagements qu’ils ont pris aux yeux du monde pour enrayer le changement climatique. À vouloir livrer les biens communs – l’eau, l’électricité, le logement, les transports… – aux appétits insatiables du marché, les dirigeants de l’UE relèguent l’avenir de l’humanité derrière l’impératif du profit. À séparer la justice sociale et le défi environnemental, ils entravent la mobilisation de tous. Pourtant, la conscience collective des enjeux prend de la puissance, dans les mouvements lycéens, lors des actions de désobéissance civile qui se multiplient à Londres comme à Paris, au cœur même du mouvement des gilets jaunes, pourtant initié contre la funeste taxe carbone. Dans la campagne des élections au parlement de Strasbourg, nombreuses sont les forces politiques à imprimer une tache de vert dans leur programme. À LaREM, elle s’est tellement diluée dans le libéralisme sans complexe que même Pascal Canfin, pourtant rallié de la dernière heure, supplie le président de la République de faire un petit effort. Pour d’autres partis, elle semble un alibi de circonstance, qui ne résistera pas à leur adhésion aux traités commerciaux qui bafouent l’écologie et à leur goût pour la privatisation des services publics. Pour le RN, elle est un masque à plus de xénophobie encore et un prétexte à l’érection de frontières hostiles. D’autres enfin tergiversent, prisonniers de leur adhésion à l’austérité.
Le seul attelage qui puisse relancer l’Europe doit unir le progrès social et écologique pour progresser vers plus de souveraineté populaire, l’abandon du tout-carbone et du tout-routier en favorisant le ferroviaire, le fluvial et le transport multimodal, en investissant massivement grâce à des fonds prêtés à taux 0 par la BCE, en contrôlant les produits mis sur le marché et en favorisant la maîtrise sur les biens publics stratégiques. C’est notamment ce qu’avance la liste conduite par Ian Brossat.



lundi 22 avril 2019

IAN BROSSAT : TROIS RUPTURES POUR SAUVER L'EUROPE



 Alors que l’élection européenne a lieu le 26 mai, entretien avec la tête de liste de la liste PCF, Ian Brossat, réalisé par Cédric Clérin !

Ian Brossat, tête de liste communiste pour l’élection européenne, sillonne la France depuis plusieurs mois. Mais c’est le débat à 12 sur France 2, le 4 avril, qui l’a fait connaître du grand public. Claires, précises, concrètes, ses interventions et ses propositions lors de cette soirée l’ont imposé dans le paysage politique. Rencontre.
Après des mois de campagne, qu’est-ce que vous retenez de vos multiples rencontres ?
Ce qui me frappe le plus, c’est l’ampleur des mobilisations un peu partout dans notre pays sur l’enjeu des services publics. La question des maternités qui ferment, celles des hôpitaux, des bureaux de poste, des lignes de train qui disparaissent sont devenues un enjeu qui anime un nombre très important de nos concitoyens et qui permet de mesurer concrètement les conséquences des politiques d’austérité qui ont été appliquées depuis une vingtaine d’années dans notre pays. Et tout l’enjeu maintenant, c’est de faire le lien entre cette réalité vécue par des millions de gens et ces politiques d’austérité appliquées à l’échelle de l’Europe et de la France depuis trop longtemps.
Pour l’instant, ce lien ne se fait pas forcément, quand on voit le taux d’abstention qui s’annonce, comment mobiliser notamment les classes populaires ?
La première chose à rappeler, c’est que la règle des 3 % au maximum de déficit public qu’on nous a imposée depuis le traité de Maastricht conduit directement à la disparition des services utiles au quotidien. Moins de dépense publique, c’est moins de services publics.
Je rencontre aussi beaucoup de Français qui sont également dégoûtés par le cours actuel de l’Union européenne, mais se disent que c’est le combat de David contre Goliath et que le rôle du Parlement européen est assez dérisoire. Or la réalité, c’est que toutes les dispositions prises à l’échelle de l’Europe passent par un vote majoritaire au Parlement européen. Le rapport de forces à l’intérieur même du Parlement européen est absolument décisif. Un exemple : le traité budgétaire qui avait été négocié par Sarkozy et Merkel puis ratifié par François Hollande, contrairement à ses engagements de campagne, en 2012, avait une validité de cinq ans. Il est désormais caduc. Il sera à nouveau soumis au Parlement européen. Ce sera l’un des premiers votes sur lequel les futurs eurodéputés se prononceront.
Ce traité budgétaire sanctuarise les politiques d’austérité puisqu’il nous impose la fameuse règle d’or : pas plus de 0,5 % de déficit structurel. S’il est adopté, ce sera donc une nouvelle cure d’austérité. Une question concrète se pose donc : y aura-t-il des députés européens demain pour s’y opposer ? Y aura-t-il une majorité au Parlement européen pour rejeter ces politiques d’austérité en France ?
Au vu des critiques contre l’UE, pourquoi ne pas en sortir ?
Les règles actuelles de l’Union européenne ne nous conviennent pas. Cela dit, l’expérience britannique et les premiers pas vers le Brexit ne nous encouragent pas à emprunter une voie qui consisterait à sortir de l’Union européenne. Évidemment, il faut respecter le vote des Britanniques. Mais leur difficulté à sortir de l’UE témoigne du fait que les liens entre nos États sont si puissants qu’on n’en sort pas sans casse. Pour autant, il faut s’interroger sur les raisons qui font que les peuples d’Europe éprouvent de plus en plus de défiance vis-à-vis de l’Union européenne. Elle est devenue au fur et à mesure des années une gigantesque machine à produire de la régression sociale et à pourrir la vie des peuples. L’Union européenne ne pourra de toute façon pas continuer comme aujourd’hui. Soit elle change, soit elle mourra parce que le divorce entre les peuples de l’Union européenne sera tel qu’elle ne s’en remettra pas.
Face à la montée de l’extrême droite, pourquoi ne pas répondre à l’appel de la majorité à s’unir contre elle ?
Tout simplement parce que le nationalisme est l’enfant des politiques libérales. Ce sont les politiques libérales imposées à coups de latte par nos dirigeants européens qui conduisent les peuples à se tourner vers les nationalistes.
Il est par ailleurs mensonger de nous faire croire que l’extrême droite serait une alternative « sociale » aux libéraux. Il est temps de mener une opération vérité sur le vrai programme de l’extrême droite. Quand on regarde les positions défendues par Mme Le Pen en France, on s’aperçoit qu’elle est contre l’augmentation du Smic et qu’elle est contre l’augmentation de l’ISF.
Quand on regarde les votes des députés du Rassemblement national au Parlement européen, on s’aperçoit qu’ils ont défendu la directive sur le secret des affaires qui protège les multinationales contre les investigations, notamment celles des journalistes qui enquêtent sur la fraude fiscale. Leurs amis autrichiens ont mis en œuvre la semaine de 60 heures de travail et leurs amis italiens, Salvini en tête, grands patriotes devant l’Éternel, viennent de vendre le port de Gênes et le port de Trieste aux Chinois ! Et l’extrême droite voudrait nous faire croire que c’est avec eux qu’elle va, demain, construire l’Europe sociale et défendre la souveraineté des peuples ?
On voit là tout le danger qu’il y aurait à limiter le débat européen à un affrontement entre l’extrême droite et les libéraux.
Quelles propositions principales faites-vous pour changer cette Europe-là ?
Je dirais d’abord qu’il y a une logique globale avec laquelle il faut rompre. Aujourd’hui, l’Union européenne fonctionne à partir de deux dogmes. Le premier, c’est l’austérité et la fameuse règle des 3 % de déficit public à laquelle il est interdit de déroger, faute de quoi on peut être sanctionné. La deuxième, c’est la concurrence libre et non faussée. C’est d’ailleurs une drôle d’idée d’avoir créé une Union dans laquelle les peuples et les États ne sont pas là pour se serrer les coudes, mais dans laquelle ils passent le plus clair de leur temps à se tirer dans les pattes. Donc, il faut rompre avec les traités européens. Et c’est pour nous une exigence absolument majeure parce que ces traités européens portent en eux un ADN libéral.
Et concrètement, sur quels thèmes faut-il agir ?
D’abord, nous souhaitons que les travailleurs d’Europe puissent enfin vivre de leur travail. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas puisque, depuis dix ans, le taux de travailleurs pauvres en Europe est passé de 7 % à 10 %. Alors même que le produit intérieur brut au sein de l’Union européenne est passé de 15 000 milliards d’euros à 17 000 milliards d’euros. Nous avons produit plus des richesses et, dans le même temps, nous nous sommes appauvris.
Nous faisons une proposition très simple : un Smic européen fixé à 60 % du salaire moyen de chaque pays, ce qui reviendrait à un Smic français à 1 400 euros net. On est très loin de la proposition de Mme Loiseau qui, elle, reviendrait à établir le Smic français à 900 euros ! Notre volonté, c’est de construire une Europe dans laquelle on tire les travailleurs vers le haut.
Ensuite, nous voulons une Europe dans laquelle les services publics se développent, au lieu d’être en permanence sacrifiés. C’est la raison pour laquelle nous proposons une clause de non-régression sociale. La France avait développé, après la Seconde Guerre mondiale, un secteur public puissant, adossé à des entreprises publiques qui disposaient d’un monopole. C’était le cas dans le secteur de l’énergie, dans le secteur des transports, dans le secteur des télécoms. Tout cela a été sacrifié parce qu’on nous a imposé des directives de libéralisation. C’est un pan de notre identité nationale qui a été saccagé. On nous a imposé un moule libéral qui ne correspond ni à nos traditions, ni à nos valeurs.
Ils nous ont expliqué à l’époque que les usagers, désormais appelés « clients », bénéficieraient de cette libéralisation. Aujourd’hui, nous avons suffisamment de recul pour faire le bilan de ces directives de libéralisation. Et nous constatons que, par exemple, dans le domaine de l’énergie, cela a conduit à une hausse des tarifs de 70 %.
Confrontés à ce type de disposition, nous devrions pouvoir faire valoir une forme de droit de veto, une clause de non-régression. L’Union européenne doit accepter qu’en son sein puissent coexister des modèles économiques différents. Je suis persuadé que d’autres peuples, d’autres États européens profiteraient d’une telle disposition.
Vous évoquez régulièrement le rôle de la BCE…
Il faut en effet une troisième rupture sur la question de l’argent et de la répartition des richesses. La BCE, a versé depuis dix ans 3 000 milliards d’euros aux banques privées, sans la moindre condition. Cet argent-là serait beaucoup plus utile s’il allait vers les services publics, vers le bien-être des populations et vers la transition énergétique.
Par ailleurs, nous souhaitons une politique de fermeté absolue vis-à-vis de l’évasion et de la fraude fiscales, qui représentent 1 000 milliards d’euros à l’échelle de l’Europe. Il est temps que le Luxembourg, les Pays-Bas, Malte et l’Irlande, tous ces États qui nous pillent en nous privant de nos recettes fiscales, figurent sur la liste des paradis fiscaux établie par l’Union européenne. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas.
Quel rôle doit, selon vous, jouer l’Europe sur le plan international ?
L’UE nous a été vendue comme un moyen de faire face à la mondialisation libérale. Aujourd’hui, elle est devenue un accélérateur de cette mondialisation. Notamment en multipliant ces fameux traités de libre-échange qui conduisent à ouvrir nos frontières à n’importe quel produit, dans n’importe quelle condition sociale et environnementale. Donc, l’Union européenne serait utile si précisément elle remplissait sa promesse et si elle nous permettait, au contraire, de faire valoir un autre modèle que le modèle libéral défendu par les États-Unis.
Nous nous opposerons, comme nous l’avons toujours fait, aux traités de libre-échange. Nous proposons au contraire de relocaliser les activités en instituant une clause de proximité dans les marchés publics. Ce qui peut être produit en France doit être produit en France, et la commande publique doit y contribuer.
L’Europe, ça devait être également la paix. Aujourd’hui, c’est l’inverse : c’est la course aux armements. L’Union européenne impose aux États membres de consacrer 2 % de leur produit intérieur brut aux dépenses militaires. C’est bien la seule fois d’ailleurs que l’Union européenne nous fixe un objectif de dépenses. Jusqu’à présent, elle nous fixait essentiellement des objectifs d’économies dans le domaine de l’éducation ou de la santé, par exemple !
D’autre part, la fameuse défense européenne indépendante des États-Unis… est une vaste supercherie. La réalité, c’est que c’est Trump qui nous demande d’augmenter les dépenses militaires. Nous, nous sommes cohérents. Nous voulons l’indépendance. Et donc, la rupture avec l’Otan.
La droite a fait du refus de l’accueil des migrants son cheval de bataille…
L’Union européenne passe son temps à ériger des frontières et dépense des sommes colossales pour empêcher les migrants d’y entrer. En revanche, elle laisse les frontières grandes ouvertes aux fraudeurs fiscaux. Je propose l’inverse. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La fraude fiscale coûte 100 milliards d’euros par an en France. L’immigration nous rapporte 4 milliards d’euros par an. Car les étrangers présents en France travaillent, paient des impôts et des cotisations. Ce que je veux, c’est qu’on ferme les frontières aux fraudeurs fiscaux qui se comportent en parasites.
En revanche, pour ce qui est des humains, en l’occurrence des réfugiés, je considère que notre devoir est de les accueillir. Pas n’importe comment, pas de manière anarchique, mais de manière organisée, avec une clé de répartition à l’échelle de l’Union européenne.
Il n’est pas acceptable qu’un pays comme la Pologne, qui touche 12 milliards d’euros cash de l’Union européenne chaque année, puisse se dérober à toute forme de solidarité et laisse les pays du Sud gérer seuls une situation comme celle-là. Donc, oui. Il faut accueillir, il faut héberger. Il faut s’organiser pour cela.
Les électeurs de gauche sont dubitatifs devant la multiplication des listes et craignent que tout le monde ne soit perdant, qu’en pensez-vous ?
Je regrette cette dispersion. Le Parti communiste a tendu la main aux autres forces politiques de la gauche anti-austérité. Je regrette que cela n’ait pas abouti. Nous n’avons pas réussi le rassemblement par le haut. Nous avons donc cherché à construire un rassemblement par le bas. Nous avons décidé d’ouvrir très largement notre liste à des figures du mouvement social et associatif, puisqu’un tiers des membres de notre liste n’ont pas leur carte au Parti communiste. Ce sont des gilets jaunes, des cols bleus, des blouses blanches, des stylos rouges, des hommes et des femmes engagés dans le mouvement social.
Il faut néanmoins avoir l’honnêteté de reconnaître que toutes ces listes de gauche ne disent pas la même chose et n’ont en tout cas pas dit ou fait la même chose sur les enjeux européens. Le Parti communiste a ce grand atout dans cette campagne d’être constant et cohérent. Nous sommes une force politique qui, sur cette question, n’a jamais menti, ni jamais trahi, jamais fait croire à personne que nous construirions l’Europe sociale avec des traités ultralibéraux.
L’élection européenne, ce n’est pas non plus la fin de l’histoire. Une fois l’élection passée, il faudra bien que la gauche se reparle, si nous voulons construire une alternative à Macron et Le Pen. Il va bien falloir retrouver le chemin de l’unité et du rassemblement.
Après le premier débat télévisé, le 4 avril, que vous avez réussi selon tous les observateurs, sentez-vous une nouvelle dynamique sur le terrain ?
Je sens que depuis ce débat, il y a plus de monde dans les meetings, une mobilisation de terrain qui s’accroît, des sondages qui commencent à s’améliorer. Il va cependant falloir déployer une mobilisation puissance 10 d’ici le 26 mai, car beaucoup de Français vont se décider dans les derniers jours. Depuis 1979, il y a toujours eu des députés communistes au Parlement Européen et ils ont fait la preuve de leur utilité. Ils ont joué un rôle indispensable de lanceurs d’alerte.
Sans eux, le projet de Constitution européenne n’aurait jamais été diffusé dès 2003, soit deux ans avant le référendum victorieux. Sans eux, qui aurait relayé la mobilisation des dockers en 2003 et 2006 pour faire échec aux directives de libéralisation des services portuaires ? Sans eux, le programme européen d’aide alimentaire qui profite à 3 millions de Français aurait été purement et simplement supprimé. Et si nous avions été un peu plus nombreux, nous aurions fait échec au quatrième paquet ferroviaire, adopté à seulement 24 voix près, qui a abouti à la funeste loi sur la SNCF et à la fermeture des petites lignes. Il faut donc jeter toutes nos forces dans la bataille pour renforcer notre présence au Parlement européen.
Entretien réalisé par Cédric Clérin cclerin@humadimanche.fr


samedi 20 avril 2019

Patrimoine : le parc de La Courneuve, nature en ville


Article lu ce matin dans "Le Parisien", et rendant hommage à l'action de Georges Valbon et des élu-e-s communistes !

A cheval sur cinq communes, dont La Courneuve, le parc Georges-Valbon, 3e plus grand espace vert d’Ile-de-France joue à fond la carte de la biodiversité.

Partout autour, les tours, le béton, la grisaille. Soudain, surgi de nulle part, coincé entre l’autoroute, la cité des 4 000 à La Courneuve et celle de la Courtille à Saint-Denis, 420 ha de verdure complètement inattendue. Le parc Georges-Valbon : respiration de près de deux millions de visiteurs chaque année. Son histoire, récente, est intimement liée à celle de la Seine-Saint-Denis.

Construit en même temps que la Seine-Saint-Denis

Colonne vertébrale du parc, le clapotis de l’eau a remplacé le brouhaha du bidonville. « Après guerre, de nombreux Espagnols se sont installés dans la plaine maraîchère de La Courneuve », rappelle Benoit Pinsseau, chef de service du parc Georges-Valbon. Au fil des années, Portugais, Algériens, Yougoslaves… viennent grossir les rangs de « la campa » (NDRL : campagne, en espagnol ) jusqu’à en faire l’un des plus peuplés de Seine-Saint-Denis. Le parc naît, puis grandit, en même temps que le bidonville vieillit, puis disparaît.
Vu du ciel, deux espaces distincts se dessinent. Le premier, au sud, est le plus ancien. Il date du début des années 1960. La végétation est plus dense, les allées plus larges, les constructions plus géométriques. A l’origine, il s’agit de créer, au Nord de Paris, l’équivalent des bois de Boulogne ou de Vincennes. Avant de migrer sur L’aire des Vents en 1999, juste à côté, la Fête de l’Huma rassemble, ici, des centaines de milliers de personnes pendant 25 ans.

L’ambiance est différente sur l’autre rive du grand lac, imaginée dix ans plus tard par les paysagistes Allain Provost et Georges Samel. Le relief, plus marqué, est artificiel. Ce qui implique des travaux pharaoniques : « 15 millions de m3 de terre ont été déplacés pour modeler ce paysage unique », souligne Benoit Pinsseau. « L’équivalent de quatre pyramides de Khéops », écrit Allain Provost dans le livre qu’il consacre au parc en 2005.
Grimpez en haut d’un belvédère et il y a de fortes chances que vous fouliez les déblais du trou des Halles, des tours de La Défense ou de l’A86. Depuis la plage, « le boisement, en face, est composé comme une palette de peintre, avec des dégradés de couleurs », s’enthousiasme Justine Rigault, adjointe du chef de service.
Là-bas, les chemins tortueux — « on dirait des spaghettis » —, invitent les promeneurs à se perdre, loin des tracas du quotidien. Evidemment, sauf à pousser jusqu’à l’étang des brouillards, la ville n’est jamais loin. Il suffit de lever les yeux pour voir les immeubles. Mais les arbres jouent un rôle protecteur.

Les essences, de ce côté, sont aussi plus rustiques. La cerisaie et le vallon, au nord, s’opposent à la roseraie et la vallée des fleurs, au sud. « Les paysages sont plus sauvages, plus naturels », fait remarquer Benoit Pinsseau.
Peu d’arrosage, pas de pesticide : très tôt, le parc applique une politique de préservation de l’environnement. Au pied des cascades, une multitude de petites îles inaccessibles servent de nid à de nombreuses espèces d’oiseaux.
En s’approchant de la grande prairie, on distingue un passage. Pas vraiment un chemin, plutôt une suggestion : l’herbe est tondue à ras. Il suffirait de se déchausser pour se laisser chatouiller par le gazon. « Vous avez le droit ! », insiste Justine Rigault. Regardez tout de même où vous mettez les pieds, c’est aussi le terrain de chasse privilégié du crapaud calamite, petit protégé du parc.
55, avenue Waldeck-Rochet, à La Courneuve. Ouvert tous les jours de 7 à 21 heures du 1er mai au 31 août. Accès libre.

ON DÉCOUVRE... de drôles d’oiseaux

 Fierté du parc Georges-Valbon : le blongios nain, petit héron craintif et très discret, a choisi La Courneuve pour faire son grand retour en Ile-de-France. Cet oiseau migrateur, protégé, revient même tous les ans et fait ses petits ici. « C’est un peu l’emblème du multisite Natura 2000, qui regroupe 15 parcs et forêt du département », sourit Justine Rigault, chef de service adjointe du parc Georges-Valbon.
Les amateurs pourront aussi observer le butor étoilé, qui essaie de se faire passer pour un roseau quand il se sent en danger, le minuscule martin-pêcheur, capable de fondre sur sa proie à 45 km/h, ou le pic noir qui tambourine tellement fort contre les troncs d’arbres qu’on l’entend à plusieurs kilomètres. Que les impatients (dont les enfants) se rassurent : pas besoin d’attendre des heures que Monsieur le blongios nain daigne pointer son bec pour apercevoir des animaux. Les lapins gambadent joyeusement dans les prairies, dont certaines sont tondues par des moutons. Et les renards ne sont jamais bien loin. Ouf !

ON RENCONTRE... Georges Valbon, le père des espaces verts

Les anciens savent qui c’était mais parlent du « parc de La Courneuve ». Les moins de 20 ans se retrouvent volontiers au « parc Georges-Valbon » mais n’ont pas la moindre idée de qui il s’agit. Et pourtant, le premier président du conseil départemental a contribué à transformer le paysage de Seine-Saint-Denis.
Fils d’immigré italien fuyant le fascisme, Georges Valbon grandit dans le quartier ouvrier de la Dhuys, à Bagnolet. Il a 15 ans quand la Seconde Guerre mondiale éclate.
Résistant communiste, il s’implique dans la vie locale peu de temps après la Libération, d’abord au conseil municipal de Bagnolet, puis à Bobigny. Quand il prend la tête du tout nouveau département, en 1968, une équation s’impose : à chaque habitant de Seine-Saint-Denis doit correspondre au moins 12 m² d’espace vert. Il imagine tout un réseau de parcs : le Sausset, l’Ile-Saint-Denis, la Poudrerie, la Bergère… Autant de projets en gestation. A sa mort, en 2009, les élus de Seine-Saint-Denis ont choisi de donner son nom au parc de La Courneuve, le plus grand du département. « L’objectif de 12 m² est dépassé depuis longtemps. On avoisine désormais les 15 m² », se réjouit Benoit Pinsseau, chef de service du parc George-Valbon.


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