LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

vendredi 22 juin 2018

« Le poison », l’éditorial de Maurice Ulrich !



Le rétropédalage de Donald Trump est à saluer comme une victoire contre ce qu’il faut bien appeler la barbarie. C’est le mot quand on sépare des enfants de leurs parents simplement en quête d’un monde un peu meilleur. Une vague d’indignation a parcouru le monde devant ces grilles. On sait qu’elles en ont rappelé d’autres. Mais ne nous y trompons pas. Nous devons être inquiets car nous semblons entrer dans une zone sombre de l’histoire. La question migratoire n’est pas celle des migrants, mais celle de l’l’état du monde. Le journal britannique « The,Guardian » publiait, mercredi, ce chiffre et des noms : depuis 1993, 34 000 personnes sont mortes sur les routes de l’exil. Des petits maîtres de haine, en France même, ne cessent depuis des années d’instiller dans les consciences plus que le rejet de l’autre, la ngation même de son droit au partage d’un monde commun.

Alain Finkielkraut, dans un colloque philosophique (1) osait, il ya quelques temps, parler de migrants comme de la « catégorie hors-sol » Un autre stigmatisait, voici peu, ceux qui prennent le bateau « en sachant très bien qu’ils seront sauvés ». Ce n’est pas marginal, car le poison n’est pas seulement le fait d’électorats populaires frustrés. Il se diffuse dans tous les milieux, et pas seulement à l’extrême droite. Au sein même du gouvernement, les mots de Gérard Collomb en témoignent. L’attitude du pouvoir pendant l’errance de l’Aquarius, la pénalisation de l’aide aux migrants pendant qu’on laisse faire des milices d’extrême droite aux frontières viennent saper les bases de l’édifice républicain.

On tourne nos regards aujourd’hui vers les autres pays européens, et Emmanuel Macron, à l’approche du Conseil de l’Europe dans une semaine, joue volontiers l’humaniste. En 2016, la France a accueilli 50 réfugiés pour 10 000 habitants ; l’Allemagne 117 ; l’Autriche 131 ; la Suède 243… Nous devons être inquiets. Les valeurs universelles, qui ont triomphé des heures les plus noires de l’histoire, sont aujourd’hui menacées.

jeudi 21 juin 2018

« Pourquoi » ?, le billet de Maurice Ulrich !



On avait paraît-il interpelle Churchill, en pleine guerre, sur l’opportunité de continuer à aider l’art et la culture dans ces circonstances. Tout conservateur qu’il était, il avait eu cette réponse : « Mais alors, pourquoi nous battons-nous ? » 

On a entendu ces jours, à propos du sort de l’Aquarius et de ses passagers, des appels divers à ne pas mélanger l’émotion et la raison, l’humanité et le principe de réalité, ou encore, pour résumer, la morale et la politique. En clair, il serait juste de s’inquiéter, quand on a du cœur, du sort des malheureux, mais on ne saurait y céder sous peine de…de quoi, au fait ? 

De les accueillir dans la dignité et le respect ? De se voir envahis par des hordes de migrants, ou bien tout simplement d’être amenés à revoir la politique de fermeture d’une Europe forteresse incapable de prendre la mesure des menaces du monde ? Pour aller, comme Trump, jusqu’à séparer les enfants de leurs parents ? 

Il ne faut pas mélanger humanité, morale et politique. Mais alors, pourquoi nous battons-nous ?

« Soumettre », l’éditorial de Patrick Apel-Muller dans l’Humanité de ce jour !



Le paquet est ficelé : moins de parlementaires et un découpage qui s’attachera à éliminer les esprits rétifs ; moins de possibilité pour les députés de faire et de discuter la loi ; une dose infime de proportionnelle (15%) qui réduira la diversité politique à un simple témoignage. La réforme institutionnelle qui sera présentée la 9 juillet ne fera qu’un vainqueur, le présidentialisme, déjà triomphant dans le constitution de la Ve République et plus encore depuis l’instauration du quinquennat. Cette modification de convenance vise à ôter les obstacles qui freinent la marche forcée dans le libéralisme qu’il a lancée.

« Monomanie césarienne » que dénonçait Jean Jaurès ? Plus. Cette réforme ambitionne un ordre autoritaire qui ferait des revendications de la finance un impératif supérieur. L’idée n’a pas germé toute armée de la cuisse du nouveau monde. Elle est brevetée Angela Merkel sous le label « Marktkonforme Demokratie » et date de septembre 2011. « Les exigences démocratiques doivent être compatibles avec le marché », avait déclaré la chancelière allemande. Se soumettre et se démettre, donc.

L’addition fait sens. en refoulant la démocratie de parti au profit d’un mouvement aux contours lâches, piloté par une petite technocratie politique, la Macronie s’évite les débats internes. En refusant une place à la démocratie sociale et aux syndicats, le nouveau pouvoir s’affirme sourd aux exigences populaires et disposé à les piétiner. L’entreprise s’accompagne d’un discours récurrent sur la responsabilité des pauvres, des populations de banlieue, des salariés dans la situation qu’ils vivent. La grande bourgeoisie applaudit, confortée dans ses privilèges et réjouie des ferments de division semés dans la population. Remplacer les citoyens par des consommateurs dispersés ou leurrés par les dorures de l’apparat, c’est un projet de société. Pas très neuf, mais toujours à l’ordre du jour des penseurs du capital. Pour l’heure, c’est le Parlement qu’il faut déchoir.

mercredi 20 juin 2018

« Marx, ma fille », le billet de Maurice Ulrich !



On ne fait pas dire n’importe quoi à Marx quand on a un papa « trotskiste depuis l’âge de 15 ans et demi », ancien délégué syndical FO, enseignant en retraire et spécialiste de Gracchus Babeuf, qui incarnait pendant la Révolution française un courant communiste. 

Jean-Marc Schiappa, 61 ans, vient, sans la citer nommément, de recadrer un brin sa fille, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, qui avait quelque peu accommodé Marx à la sauce macronienne en avançant que « l’émancipation des travailleurs serait l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». 

Outre que la citation n’est pas réellement de Marx, note papa Schiappa sur facebook, « il s’agit d’une œuvre collective (les travailleurs) et non individuelle (chaque travailleur devant se débrouiller tout seul). Le but est l’émancipation collective (et non une réussite personnelle – laquelle au demeurant ?), celle des travailleurs du prolétariat ». 

On peut faire circuler mon texte, avait prévenu M. Schiappa. Dur, d’avoir un père qui connaît son Marx, mais la fermeté n’exclut pas l’amour paternel.

« Hospitalité », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité de ce jour !



Peu de mots, en vérité, nous hissent assez haut pour exprimer ce que nous ressentons à la lecture du rapport annuel publié par le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR). Nous touchons là l’histoire dans ce qu’elle a parfois de plus froid, mais dans toute  la noirceur de sa réalité jamais réductible à des chiffres. Et pourtant. Le nombre de réfugiés et de déplacés suite aux conflits dans le monde a atteint, en 2017, un nouveau record dont le plafond ne cesse de s’éventrer depuis cinq ans : 68,5 millions. Vous avez bien lu. Derrière cette statistique accablante – soit la totalité de la population française ! –, il y a des visages, des destins, des vies brisées. La moitié de ces humains en errance sont es enfants. Et nous devrions tourner nos regards ?

La maudite aventure de l’Aquarius hantera durablement les consciences européennes. En violation des conventions internationales, du droit maritime et des principes les plus élémentaires dus aux personnes, les dirigeants ont délibérément laissé l’Aquarius et ses 629 exilés dériver dans la souffrance, la faim et la soif. Une honte absolue. Minables responsables européens, incapables de s’inventer un magistère éthique sur la scène internationale en plein fracas géopolitiques. La chancelière recule, l’Italie bascule dans l’horreur et, chez nous, en pleine discussion de l’odieux projet de loi asile-immigration, la politique du gouvernement en la matière provoque des haut-le-cœur… Le nouvel exécutif espagnol et les mairies progressistes du pays auront au moins sauvé l’honneur.

Pas question d’affirmer ici qu’il est simple d’accueillir. Mais nous parlons d’êtres humains. Et les défis humains obligent l’humanité toute entière. Il existe, par exemple, un invariant historique propre à la France : jamais dans notre histoire, en particulier au XXe siècle, la société ne s’est effondrée ni même affaiblie – au contraire – lorsqu’il fallut accueillir une part de nous-mêmes. La Frances est donc observée. Et nous désespérons qu’elle ne soit pas à l’initiative pour conjurer ce que devient le monde sous nos yeux : une planète de réfugiés.

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