LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

jeudi 21 mars 2019

« FUNESTE », LE BILLET DE MAURICE ULRICH, DANS L’HUMANITE DE DEMAIN VENDREDI


Alerte. On sentait jeudi de l’inquiétude, voire une certaine angoisse, dans le quotidien l’Opinion. Et si jamais Emmanuel Macron revenait sur la suppression de l’ISF, après avoir évoqué l’autre soir pendant son one-man-show devant quelques dizaines d’intellectuels, du bout du bout des lèvres, l’hypothétique et très euphémique hypothèse d’un «  reconditionnement de sa part supprimée »  ? 
C’est vague, mais qu’importe, l’idée est là, comme un ver dans le fruit, une vieille taupe qui pourrait saper les fondements sacrés de la propriété, de l’inégalité entre les hommes et de la richesse. « Donner c’est donner, reprendre c’est voler », écrit l’éditorialiste du jour, confirmant ainsi comme à l’insu de son plein gré qu’il s’agissait donc bien d’un don ou disons un beau cadeau, perçu comme tel. Mais surtout revenir dessus serait une triple faute. 
Car Emmanuel Macron, écrit-il, avait eu le courage de supprimer cet impôt nuisible pour les entreprises familiales, agent d’exil de talents, et surtout « funeste pour l’accumulation de capital ». Ben oui. En fait, c’était un peu le principe. Belle découverte.

« La République et le chef des armées », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité de demain vendredi !




Macron assume sans complexe l’usage de l'armée pour mater les gilets jaunes. L'affaire est grave, extrêmement grave. Et inquiétante. 

C’est donc ça, un chef des armées? S’il était encore nécessaire d’analyser le caractère ultra-monarchique de la Ve République, Emmanuel Macron vient d’en dévoiler l’essentiel – et probablement le plus dangereux. Au point de se demander: son pouvoir suprême lui monte-t-il à la tête? En faisant appel à l’armée dans le cadre de l’opération antiterroriste «Sentinelle», la machine infernale est lancée avant la nouvelle journée de mobilisation, samedi 23 mars. Il assume sans complexe l’usage de la force pour mater les gilets jaunes qui, au côté de casseurs professionnels, considèrent qu’une certaine forme de violence devient une façon comme une autre d’imposer leurs revendications. Tout se met en place pour une issue dramatique. L’exécutif a beau nous répéter, à cor et à cri, qu’il convient de «ne pas agiter les peurs» et que les effectifs de «Sentinelle» ne seront réquisitionnés que pour «protéger des bâtiments officiels» et autres «points fixes», l’affaire est grave, extrêmement grave. Et inquiétante.

«Nos concitoyens ont l’habitude» de voir des militaires dans nos rues, gares ou aéroports, déclare l’ineffable Benjamin Griveaux. Mais de quoi parle-t-on? Contrairement à la police et à la gendarmerie, les soldats de la force «Sentinelle» ne sont pas formés ni équipés pour assurer un maintien de l’ordre, qui plus est lors de manifestations. Il faut même se pincer d’avoir à associer dans la même phrase les mots «militaires» et «manifestations»… Comme le remarquent à juste titre plusieurs organisations de policiers, que se passera – t – il  en cas de problème majeur? Ces militaires, hautement armés, tireront – ils  à vue?

L’improvisation du président, et de toute la chaîne gouvernementale, s’avère si flagrante qu’aucun responsable de haut rang, pas même le ministre de la Défense, n’ose élever la voix pour relever une évidence: ce n’est pas le métier de l’armée de terre de s’interposer, quel que soit le dispositif, face à des manifestants! Le métier de l’armée, c’est de défendre la nation, face à un ennemi. Le message paraît dès lors limpide. La France aurait besoin de militaires pour se défendre contre des gilets jaunes? Ces derniers seraient-ils des ennemis de l’intérieur?

La surenchère atteint un niveau funeste: en République, l’armée ne dresse pas ses armes contre son peuple. En vérité, le pouvoir dégoupille un arsenal de mesures sécuritaires et martiales afin de masquer ses incompétences. Honte, d’amalgamer ainsi mouvement social et terrorisme ! Pour mémoire, le maintien de l’ordre dans le cadre de manifestations est confié à la gendarmerie et à la police depuis 1921... Cette décision politique – sans parler de sa symbolique – est inacceptable. Avec ce précédent, M. Macron prend un risque historique. La compétition malsaine entre l’exécutif et la droite la plus dure pour bomber le torse menace de porter atteinte à l’État de droit et aux libertés fondamentales, en premier lieu, le droit de manifester. Le bruit des bottes et l’ordre en kaki, ce n’est pas la République !

Faut-il que les bébés mettent un gilet jaune pour être entendus ? (Ian Brossat - PCF)



Ce mardi, à 1 heure du matin, au Blanc (Indre) le petit Anatole est né. Il a vu le jour dans la salle à manger de ses parents, en présence de sa maman et son papa. Les pompiers et le Samu sont arrivés après sa naissance. Sa grand-mère a poussé un coup de gueule salvateur.
L’enfant aurait dû naître à la maternité du Blanc si seulement elle n’avait pas été fermée sur décision du ministère de la santé. Il s’agit de la 3ème naissance hors d’une maternité au Blanc ces trois dernie
rs mois.
Ce qui se passe au Blanc se passe aussi ailleurs. Dans le Lot, l’an dernier, il y a eu 17 naissances sur les routes, soit une tous les vingt jours.
Va-t-il falloir que les bébés portent un gilet jaune pour être entendus par M. Macron ?
Cet événement en dit long sur les conséquences désastreuses des politiques d’austérité. En 20 ans, la France a quasiment perdu la moitié de ses maternités. Il est temps de rompre avec ces politiques, en France comme en Europe et d’investir enfin pour nos services publics.
Je me rendrai samedi 23 mars à 16h au Blanc pour participer aux états généraux des maternités rurales. J’exprimerai mon soutien à toutes celles et ceux qui se battent en ce moment pour sauver nos maternités.
Ian BROSSAT, tête de liste "Pour l'Europe des gens, contre l'Europe de l'argent" aux Européennes, porte-parole du PCF,
Paris, le 20 mars 2019.

mercredi 20 mars 2019

« REPENSER LE TRAVAIL », L’EDITORIAL DE MAURICE ULRICH DANS L’HUMANITE DE DEMAIN JEUDI


Le numérique est au carrefour des mythes et des mystifications. D’un côté la technologie semble porteuse de nouveaux rapports au travail libérés du salariat et d’une nouvelle définition des travailleurs. Dans des termes que ne renieraient pas Emmanuel Macron et d’autres, ils seraient des entrepreneurs d’eux-mêmes, de libres artisans de leurs succès ou de leurs échecs. La mystification, c’est que l’économie développée par les nouvelles technologies substitue à l’exploitation du travail salarié la dépendance du travailleur indépendant.
Leur nombre est en augmentation constante. Les entreprises elles-mêmes, dans tous les secteurs, y compris hors du numérique, ont de plus en plus recours à des formes de travail externalisé. Les raisons en sont évidentes. Pas de responsabilités, pas de cotisations sociales, pas d’horaires : l’exploitation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes !
Que demander de plus. S’il est des cas où les travailleurs en question sont en quelque sorte contraints à l’indépendance, la machine fonctionne aussi à l’idéologie. L’un des grands syndicats européens qui ont décidé de prendre la question à bras-le-corps le souligne. En particulier chez les plus jeunes, l’illusion de liberté est plus forte que le sentiment de soumission à la plateforme numérique ou à l’entreprise donneuse d’ordres baptisés services. Les cotisations sociales leur paraissent une charge déconnectée des solidarités collectives.
Dans le même temps, on ne saurait réduire cette tendance lourde à une simple arnaque. On ne peut penser ce désir d’indépendance et de liberté, même dévoyé, sans penser en même temps le salariat lui-même, qui voit le travailleur dépossédé dans l’entreprise de son libre arbitre et du produit même de son travail. C’est dire que ce n’est pas seulement les nouvelles formes de travail qu’il faut questionner, en saluant l’engagement totalement nouveau des grands syndicats évoqués ici sur ces chantiers. Tout le travail est à repenser.

MOUVEMENT SOCIAL. 300 000 MANIFESTANTS SUR LES PAVÉS POUR PESER


                     


À Paris, à Lyon et dans toute la France, hier, salariés, chômeurs, retraités, syndiqués et gilets jaunes, à l’appel de la CGT, FO, Solidaires, la FSU, l’Unef et l’UNL, ont tenu à porter le débat dans la rue pour influer sur les décisions politiques à venir.

Soleil et sondage réconfortants étaient au rendez-vous, hier, pour accompagner la mobilisation interprofessionnelle. Selon le baromètre Odoxa, 73 % des Français soutenaient cette journée nationale de grèves et de manifestations syndicales. « Quand il n’y a pas d’autres solutions, on mobilise », affirmait Yves Veyrier, le numéro un de Force ouvrière, rejoignant dans le carré de tête parisien ses homologues de la CGT, de Solidaires, de la FSU, de l’Unef et de l’UNL, à l’origine de l’appel à défiler dans les rues. « La mobilisation continue, assurait Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT. C’est un tout, avec ce qui se fait le samedi avec les gilets rouges, jaunes, verts. Le grand débat est, semble-t-il, terminé. Les questions sont sur la table et il faut des réponses sur les salaires, la justice fiscale, les services publics. »
S’il était impossible à ces organisations syndicales de participer au grand raout présidentiel sans risque d’être instrumentalisées, elles tiennent toujours à peser sur les décisions politiques à venir en matière sociale. « Nous ne voulons pas rester spectateurs, insistait Yves Veyrier, mais nous ne pouvions pas participer. Nous voulons garder notre liberté d’expression. Aujourd’hui, dans la rue, nous allons faire en sorte d’être entendus sur le pouvoir d’achat et la hausse du Smic. »
« La méthode et le fond de la réforme Blanquer font réagir »

« C’est pas par les débats, c’est pas par les bla-bla qu’on obtiendra satisfaction », pouvait-on entendre tout au long du parcours. « Le secteur de l’éducation est assez mobilisé cette fois-ci, remarquait Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU. La méthode et le fond de la réforme Blanquer, actuellement au Parlement, font réagir : rien n’a jamais été discuté avec la communauté éducative. Et la loi risque d’augmenter les inégalités scolaires. » Quelques centaines de mètres plus bas sur le boulevard, des enseignants tout de rouge vêtus se sont justement regroupés. Sous une pancarte « Enseigner sans en saigner », Barbara, 32 ans, en charge de classes de CM1-CM2 à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), a barré ses lèvres au feutre rouge. « La loi Blanquer va passer sans qu’on soit informés ou consultés. L’article 1 nous demande de nous taire, de ne pas diffuser nos idées, y compris dans la sphère privée, c’est choquant ! » À ses côtés, le directeur de son école, syndiqué au SNU, s’inquiète des remplacements possibles d’enseignants par des surveillants, des vacataires, du personnel non formé : « Sans parler de tous les postes para-enseignants comme psychologue ou médecin dans les écoles qui vont disparaître. Comment va-t-on travailler ? Je suis bientôt à la retraite, mais, si j’avais eu encore dix ans à travailler, j’aurais changé de secteur. » Et ce n’est pas leur salaire qui suffira à faire taire ces « stylos rouges ».
« On est tous là pour défendre le pouvoir d’achat, qu’on soit du public, du privé, ou retraités, renchérit Patricia Lasalmonie, secrétaire générale de FO RATP. Perso, la seule réponse, c’est d’augmenter tous les salaires. Il nous faut de vraies mesures collectives, et pas des petites augmentations individualisées ou quelques primes pour les uns. Je suis obligée de vivre à 70 km de Paris pour me loger car la ville est trop chère. Il y a trente ans, à la RATP, on habitait tous aux portes de Paris. » Sous une triple casquette CGT-retraitée-PCF et portant gilet jaune, Marie-Hélène Bourlard distribue des tracts pour les élections européennes. L’ouvrière est candidate sur la liste conduite par Ian Brossat, présent lui aussi à la manifestation avec d’autres responsables communistes, parmi lesquels le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, et le sénateur de Paris Pierre Laurent. « Les gens demandent à vivre dignement du fruit de leur travail, explique Marie-Hélène Bourlard, c’est pourquoi ils sont aujourd’hui dans la rue. Il nous faut un Smic européen qui ne soit pas tiré vers le bas, mais qui atteigne le niveau de celui du Luxembourg à 2 000 euros. » Redistribuer les richesses, vivre dignement, des slogans qui font écho aux revendications des salariés d’Air France, des finances publiques, des hôpitaux, des sans-papiers qui occupaient la veille encore l’entreprise Pinault et Gapaix, en Seine-Saint-Denis (voir notre article en dernière page)…
« Macron président des riches ! » « Grand débat : grand blabla ! »

À Lyon, environ 9 000 personnes avaient défilé dès le matin, de la Manufacture des tabacs à la préfecture du Rhône, à l’appel de l’intersyndicale, au son de « Macron président des riches ! » et « Grand débat : grand bla-bla ». Comme dans le cortège parisien, les fonctionnaires et singulièrement les enseignants étaient présents en nombre, aux côtés de travailleurs du privé. « On est en train de se faire exploser par le président le plus mal élu de la Ve République », insiste Brahim Gacem, secrétaire général de Force ouvrière aux hospices civils de Lyon. « La loi sur le statut de la fonction publique revient à casser le statut de fonctionnaire et à faciliter les privatisations », dénonce le syndicaliste. D’après lui, tout ce que fait Emmanuel Macron – de l’attaque contre le salaire différé que constituent les baisses de cotisations sociales à la dernière loi santé – est « 100 % libéral ». « On va encore fermer des maternités et éloigner des femmes enceintes du lieu où elles pourront accoucher », redoute-t-il. Pour Brahim Gacem, la seule solution pour faire plier l’exécutif : « Bloquer l’économie ». « Il faut les acculer, jusqu’à ce qu’ils risquent de tout perdre, à ne pas céder », souligne-t-il.
Une perspective que soutient également Renaud, gilet jaune lyonnais, présent comme quelques dizaines d’autres manifestants aux chasubles fluo dans le cortège intersyndical hier. « Les gilets jaunes ont apporté une énergie au mouvement social, il ne faut pas la perdre ! Mais, pour cela, il faut qu’aux manifestations du samedi s’ajoutent des grèves reconductibles dans les entreprises », insiste-t-il, estimant qu’« un seul jour de grève ne suffirait pas : il en faudrait au moins quinze ».
Si Nadjet et Noura, militantes CGT dans la métallurgie du Rhône, jugent que le salut ne passera que par « un mouvement de grève qui tape au portefeuille », elles disent avoir « du mal » à faire bouger leurs collègues. Pourtant, les raisons d’être en colère abondent. « Dans la plupart des entreprises de la métallurgie, les augmentations de salaire accordées en négociations annuelles obligatoires (NAO) ne sont même pas au niveau de l’inflation », déplore Nadjet, salariée chez un sous-traitant automobile. Et ce ne sont pas les miettes lâchées par l’exécutif en décembre qui ont été de nature à calmer les esprits. « En général, les entreprises lâchent la prime gilets jaunes juste avant les NAO pour minimiser les augmentations de salaire », analyse Nadjet.
« Le grand débat, ça a été une grande fumisterie ! » dénonce pour sa part Noura. Les deux femmes s’indignent que des thèmes aient été « décrétés tabous dès le début ». Les dernières annonces du premier ministre, Édouard Philippe, consistant à durcir encore l’arsenal répressif des forces de police inquiètent. « La liberté de manifestation est remise en cause sous couvert de lutter contre les casseurs », dénonce Noura. « C’est flippant, on se sent en danger quand on manifeste, mais on ne peut pas rester chez nous. On ne peut pas arrêter comme ça », affirme Renaud, gilet jaune.
Kareen Janselme (à Paris) et Loan Nguyen (à Lyon)


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