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jeudi 15 décembre 2016

" Bref instantané d'une jeunesse Européenne" par Mikaël Flahaut



Bref instantané d'une jeunesse Européenne par Mihaël Flahaut

               Il me semble opportun de réfléchir à cette notion, de la poser à plat. Je me suis amusé à la titrer Européenne avec une majuscule car elle n'est plus simplement la jeunesse d'un continent mais bien une identité à part entière, une identité qui peine néanmoins à se définir, presque à se trouver.

               Je parlerai plus en détail de celle née après la chute du mur de Berlin et qui aujourd'hui a entre 20 et 30 ans, aussi parce que j'y appartiens. Une génération née pour la plupart avec une autre nationalité que celle de son pays : un passeport européen. La première fois que j'ai pu voté ce fut pour les élections européennes, déjà à l'époque tout juste majeur je ne trouvais pas cela anodin d'utiliser pour la première fois mes droits démocratiques pour élire les représentants d'un système dont je ne comprenais pas tous les tenants et aboutissants mais qui se présentait à moi comme aussi important et structurant que les droits du sol ou du sang qui me furent conférés au hasard d'avoir vu le jour à quelques kilomètres de Paris.

               Presque dix ans plus tard, un peu plus vieux et un peu plus sage je tâche de comprendre ce que fut et ce qu'est aujourd'hui ma sensibilité sur cette question. A une heure où les jeunes britanniques qui massivement ont voté non au Brexit sont sur le point de perdre leur deuxième nationalité, je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec les électeurs qui ont fait sortir le Royaume-Uni de l'union européenne et ceux qui à la primaire de la droite nous amènent un candidat rétrograde, ironie du sort souvent caricaturalement comparé à Thatcher.

               Le constat est général en Europe, la montée du populisme fait rage à Paris, Budapest, Amsterdam ou Londres et la liste malheureusement bien plus longue ne cesse de croitre. Quelle forme prend-elle ? Celle du nationalisme, de l'amour de la patrie, je lisais récemment un article ou un homme d'à peine 20ans, soutien de M. Fillon déclarait tout de go que ceux qui épousent les idées de "gauche" (que je considère plus simplement progressistes au-delà de tout autre clivage politique) à l'instar de s'ouvrir aux autres pays, aux autres en général n'étaient rien d'autre que des "traîtres à la nation". Triste sire.  Si seulement je pouvais le rencontrer, moi traître, aurais envie de lui montrer pourquoi il se trompe de combat.

               Nos passeports européens sont une chose, mais ne sont qu'un titre. Ce qui nous unit comme européens et comme jeunesse ne s'arrête pas aux frontières. Nous sommes des produits de la mondialisation, nous avons grandi avec internet et une culture populaire large, presque internationale nous transcende. Je me range aux récents propos de Pierre Laurent sur le plateau de "l'invité politique" de radio classique où en réponse à une question il défendait devant Guillaume Durand l'idée d'une "mondialisation de solidarité".

      Quelle pourrait-elle être ? Celle d'une Europe et d'un peuple européen qui par exemple se lève quant à Breslau le théâtre Polski se voit mettre à sa tête un directeur plus prompt à museler la programmation au profit du conservatisme réactionnaire de l'actuel gouvernement dont il est proche qu'à défendre la liberté d'expression, de création et d'ouverture qui fut toujours la force de ce vivier artistique. Mais qu'aurait-il pu se passer si en protestation et par solidarité la Comédie française,  le Théâtre National Populaire de Villeurbanne, le Teatro Real à Madrid, le Trafó à Budapest et bien d'autres s'étaient mis en grève par solidarité ?

               Un de mes amis polonais prenait part aux manifestations à Breslau au lendemain de l'annonce alors qu'il y travaillait comme assistant à la mise en scène. Il était à Paris il y a quelques mois avec un autre ami espagnol tous deux venus me rendre visite. Deux amis rencontrés alors que nous étions tous les trois volontaires européens il y a deux ans à Vilnius en Lituanie. A cette occasion nous échangeâmes sur la Pologne que nous connaissions tous trois, sur Podemos en Espagne et la situation de l'emploi pour les jeunes. De la France, des mouvements sociaux autour de la loi El-Khomri et des prochaines élections alors qu'eux aussi suivaient l'actualité de notre pays.

               Cela nous mena à cette conclusion simple et un peu effrayante : celle que ce qui se jouait dans chacun de nos trois pays avait des trames bien différentes mais une réalité identique. En d'autres mots : un passé personnel mais un futur commun. Que nos destins et aspirations ainsi que les obstacles qui s'y opposent étaient analogues. Une idée aussi simple que celle que notre salut dépasse bien celui des frontières : frontières dont nous avons hérités de l'histoire. Nous ne les avons pas décidés je ne pense pas qu'il faille néanmoins les détruire purement et simplement, ça serait une fois de plus se tromper de combat. Mais qu'il faut continuer de les traverser, encore et encore et surtout s'acharner à ce qu'elles ne puissent jamais plus se refermer.

               Cette idée ne venait pas de germer, en mai 2014 nous étions dans un parc à Vilnius savourant le retour discret des beaux jours avec une tripotée d'autres volontaires européens quand le résultat des législatives européennes est tombé. La plupart d'entre nous furent glacés d'en prendre connaissance. Nous primes rapidement conscience de deux choses : la première, instantanée, fut de réaliser que notre présence ici était bien le fruit de cette union politique et sociale, la deuxième que fragile un spectre sordide était en train de l'habiller doucement et qu'il pourrait de plus que ce que nous vivions là-bas ne soit pas à la portée des générations qui nous succéderont.               

               Ce jour de septembre 2016 un polonais, un espagnol et un français, assis au bord du canal de l'Ourcq à Paris réalisaient amèrement que ce spectre avait pris de l'ampleur. Que bon gré mal gré nous étions dans le même bateau. Alors comment le faire avancer dans le bon sens ? Par comprendre et faire comprendre que ce qui se passe à Rome impliquera forcement Vienne, que les enjeux écologiques ne s'arrêtent pas aux frontières, qu'il est impossible de rester indifférents aux sorts de nos plus proches voisins et ainsi de suite. Qu'il est peut-être rassurant mais vain de penser que le repli sur soi viendra résoudre nos problèmes et angoisses. Nous avons des clés en main et l'histoire nous a déjà montré où le nationalisme et le populisme nous ont menés. Il faut aller plus loin que l'union européenne comme moteur économique et politique, tout comme celui-ci nous assure une force économique et diplomatique face aux autres grands du monde, c'est une union des peuples au sein de l'Europe avec grand E et non simplement de l'union qui nous permettra de créer une Europe des Peuples, une Europe Sociale.

               Cela peut commencer tout de suite par s'intéressant réellement aux législatives, européennes, souvent peu médiatisées, et y exercer son droit de vote. C'est aussi prendre part aux projets culturels et humanistes qui existent mais dont une fois de plus on n'entend pas assez parlé. J'étais au 20ans du service volontaire européen qui s'est tenu à Montreuil les 22 et 23 septembre derniers réuni avec d'autres européens de ma génération et d'autres. Les débats qui devaient viser à améliorer de par nos expériences le programme ont tournés pour certains auxquels j'ai pris part sur un questionnement politique plus large, là encore le constat était le même : comment faire ensemble ? Emphaser ce genre d'initiatives nous ait tous apparu comme une nécessité tant les externalités socio - professionnelles sont grandes. Faut-il encore les mettre en avant, alors qu'en Allemagne ce genre de programme est proposé au lycée avant de passer l'Abitur (équivalent de notre Baccalauréat ndlr), il est dans d'autres pays plutôt inconnu. En France la vedette est souvent volée par les programmes d'échanges universitaires, tout aussi important pour y avoir également participé. Ce sont des moteurs pour se construire ensemble, en se rencontrant on apprend à se connaitre et à se respecter, et c'est à travers le respect qu'on avance.

               Je défends l'idée que notre génération ne pourra espérer mieux qu'à travers un vivre ensemble européen, alors que des études nous montrent que nous sommes la première génération à vivre moins bien que celle de nos parents. Pour se battre ensemble contre la finance qui elle est bien organisée et unie, au niveau européen comme à une plus large échelle. Avec l'union européenne donc mais pas que, car celle-ci n'est premièrement pas irréprochable mais surtout car l'Europe dépasse bel et bien les états membres. La jeunesse des balkans, la jeunesse turque, ou ukrainienne pour ne citer que celles-ci partagent nos mêmes espoirs. Pourtant pour eux l'accès à l'espace Schengen a un prix, un prix qui peut-être prohibitif (de 35 à 99euros). J'étais en juin dernier à Marseille avec des amis rencontrés au Kosovo : des natifs mais aussi des britanniques, des français. Des kosovars néanmoins deux seules ont pu faire le déplacement. Les autres n'ont pu s'offrir le visa ou ceux-ci leurs ont été refusés. Pourtant nous nous retrouvions ici pour une chose simple et belle qu'est sensé être l'euro de football où l'Albanie, largement supporter par le peuple de ce petit état des Balkans, était qualifié pour la première fois. Pour un évènement sportif qui dans son éthique se doit de prôner le fair-play et le vivre ensemble tout le monde n'était pas invité.


               C'est aussi à un niveau citoyen et personnel qu'il faut s'interroger sur la dite identité européenne. Un grand débat sur celle-ci ne risquerait-elle pas de nous faire tomber sur des débats dangereux comme celui de l'identité nationale en France ? Je pense que l'identité européenne n'est pas unicité ni univoque, de par son caractère elle embrasse énormément de cultures. Une piste serait de la définir justement comme l'identité de la différence, et le droit souverain à celle-ci. Plutôt que de la construire uniquement sur ce qui nous rapproche, la comprendre aux regards de ce qui nous éloigne. Le débat ne pourrait s'en trouver que plus riche, car c'est bien la tolérance et le respect qui nous rassembleront. Respect et tolérance de loin également les armes les plus puissantes pour contrer les recrudescences nationalistes qui nous entourent et les fascistes qui nous guettent.

1 Comentário:

PCF Romainville a dit…

Je trouve cette contribution très intéressante. La jeunesse aspire à une Europe, mais qui ne soit pas celle qui se construit dans les arcanes de Bruxelles. Une autre Europe est à construire celle des peuples, celle qui réponde d'abord aux intérêts des êtres humains et pas d'abord à la finance

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