LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

vendredi 6 avril 2018

« Luttes en cours », l’éditorial de Michel Guilloux dans l’Humanité de ce jour !



Le problème avec le principe de réalité, c’est qu’il est souvent incommodant, voire accommodant du tout. Ainsi s’est-il de nouveau invité, jeudi, au centre hospitalier de Rouen, quand deux infirmières ont tenu tête au monarque républicain en visite, dont la devise d’un lointain ancêtre, « l’État c’est moi », s’agrémente d’un appendice : « J’assume’. Les retraités sont rackettés ? « J’assume. » Les hôpitaux étranglés ? « J’assume. ». Et, au fait, la SNCF, alors ? Tiens, l’assomption est transmise avec l’eau du bain à l’hôte de Matignon : il ne faudrait pas que çà finisse par « empêcher le gouvernement de gouverner ». Une semaine n’est pas passée que la forme de lutte choisie massivement par les cheminots oblige les manœuvriers  de tout poil à en rabattre, d’autant que les arguments des défenseurs du rail public commencent à porter dans l’opinion.

Regardez ces salariés de Carrefour, à qui on proposait royalement d’attendre la fermeture de leur site avec une prime due au titre de l’intéressement d’à peine 50 euros. La fortune de leur actionnaire principal, Bernard Arnault – l’un des premiers visiteurs de l’Élysée après le présidentielle –, a cru de près de 800 euros par seconde, l’an passé. Ce n’est pas un miracle si, soudainement, le montant de cette prime pouvait être multiplié par dix : fruit de leur lutte, là encore massive et unitaire, ce premier recul ne peut que les encourager. Les têtes se relèvent contre le mépris et la violence de classe. C’est vari dans la fonction publique, dont la profondeur du refus de la casse des outils au service de la nation se mesure à l’intégralité des syndicats du secteur qui font front commun. C’est vrai ailleurs, pour les salaires à Air France, lieu s’il en est de culture catégorielle.

Et quand la violence d’extrême droite ou de droite extrême, à laquelle s’ajoutent de basses méthodes d’intimidation policières, rejoint un plan massif de sélection sociale du bac à la fac, les étudiants, voire des lycéens, commencent eux aussi à avoir leurs propres raisons de se mobiliser. Aucun slogan incantatoire n’a déclenché de luttes sociales victorieuses dans notre pays. En revanche, de petits ruisseaux en grandes colères…

jeudi 5 avril 2018

« Au front », le billet de Maurice Ulrich !



L’intégriste ultralibérale Agnès Verdier-Molinié, dont la présence sur les plateaux ne tient qu’à sa présidence d’une sorte d’officine lobbyiste pompeusement nommée Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques (ifrap), est au front. 

Pour elle, que ce soit mardi sur LCI ou ailleurs, le gouvernement mène actuellement « la mère de toutes les batailles », qu’il doit impérativement gagner s’il veut pouvoir réformer par la suite l’assurance-chômage, les retraites, la Sécurité sociale, etc. 

Réformer, comme le confirment invariablement les « analyses » de l’ifrap, c’est ouvrir tout ce qui est public à la concurrence et au privé, auquel on peut bien confier, selon elle, des missions de service public, en d’autres termes des parts de gâteau, pardon de marché. 

À cela près que le privé a pour principe de servir du capital et des actionnaires alors que la vocation du service public est de servir…la public. Merci en tout cas à madame Verdier-Molinié pour cet éclairage sur l’enjeu de « la mère de toutes les batailles ».

« Boomerang », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



Quand on veut tuer le service public, on accuse les cheminots. Le rapport du cabinet Degest que nous commentons dans nos colonnes est clair. C’est l’État qui est responsable de l’endettement de la SNCF, obligée de recourir aux marchés financiers avec des surcoûts exorbitants. S’il avait repris la dette du réseau en 2010, celle-ci atteindrait seulement 7 milliards d’euros. Ce qu’il est possible d’appeler un contre-rapport établi par des entreprises particulièrement au fait du fonctionnement de la SNCF met bel et bien en cause le rapport Spinetta sur lequel est censée s’appuyer la « réforme ». C’est aussi une confirmation du parti pris du pouvoir. S’est-on seulement soucié de solliciter les travaux d’experts de diverses sensibilités ? Un rapport a été demandé à un expert libéral avec pour seul objectif d’obtenir les préconisations libérales au mépris ou au moins, pour être gentil, en méconnaissance de données économiques sérieuses telles que celles qui viennent d’être établies.

En réalité, le projet du gouvernement est idéologique et politique. Politique, parce que, avec le conflit qu’il a voulu, en ne tenant aucun compte des propositions des différents syndicats, il entend bel et bien remporter une victoire susceptible de lui donner le champ libre pour d’autres réformes allant toutes dans le même sens. Idéologique, parce que ce qui est en jeu, c’est la notion même de service public, à la SNCF et ailleurs.

Il est frappant de constater que l’on retrouve les mêmes mots chez les étudiants pour qui, à la SNCF comme à l’université, il s’agit d’ « une politique de destruction du service public », aussi bien que chez les artistes et intellectuels qui ont lancé hier une cagnotte pour la SNCF qui, en quelques heures, passait déjà les 200 000 euros pour « défendre un bien commun, une entreprise de service public ». C’est ce débat qui peut maintenant s’ouvrir et revenir peut-être en boomerang vers ceux qui espéraient en faire l’économie, contre les cheminots.

mercredi 4 avril 2018

Révision constitutionnelle : "plus d’autoritarisme, moins de pluralisme" (Pierre Laurent)

Cheminots, étudiants, salariés, le  pays est mobilisé pour la défense des services publics, la relance du pouvoir d’achat, la réduction des inégalités, et s’inquiète de l’autoritarisme du pouvoir qui gouverne par ordonnances et par oukase décrété à l’Élysée. Comme par provocation, c’est pourtant le moment que choisit le premier ministre pour annoncer une révision  constitutionnelle qui, au-delà des mots, est, sans aucun doute,  la plus antidémocratique depuis la naissance de la 5ème République. 
Cette révision  n’a qu’une logique : renforcer toujours davantage la  concentration  des pouvoirs autour du seul président et de l’exécutif, réduire les droits du Parlement et le pluralisme politique, éloigner encore les représentants élus des citoyens.  
Cette révision n’a qu’un objectif : avoir les mains les plus libres possibles pour servir les intérêts des actionnaires et des milieux financiers ! 
La réduction de 30 % du nombre de parlementaires, au moment où sont déjà diminués les moyens et le nombre d’élus dans les communes, éloignera encore plus le contrôle   des citoyens sur le  pouvoir législatif. Réduire ainsi d’un tiers le nombre de députés aboutirait à un député pour 171 500 habitants. Cela n’a pas d’équivalent au sein des démocraties européennes ! Tout cela au profit d’une « technocrature » galopante au seul service de l’Élysée.

Cette réduction du nombre de parlementaires annonce en fait, au nom d’une prétendue efficacité nouvelle de la procédure législative, un recul sans précédent des pouvoirs du Parlement : limitation du droit d’amendement, renforcement de la priorité donnée aux textes gouvernementaux, discussion de certaines lois en commission et non plus en séance publique, réduction de la durée d’examen du budget. L’objectif est de faire taire les élus progressistes, en les empêchant d’accompagner les luttes et de porter jusqu’au Parlement les revendications populaires. Ce n’est pas une dose de  15 % de proportionnelle dans un Parlement rabougri qui permettra de sauvegarder le pluralisme politique, constitutif de notre pays et de réconcilier les citoyens avec la politique.  

Et, comme si cela ne suffisait pas, le premier ministre annonce la division par deux du CESE et  la mise en cause des lois communes de la République par l’extension d’un pouvoir d’adaptation réglementaire  donné aux collectivités locales et à la Corse.
La suppression de la Cour de justice de la République, la sortie des anciens présidents de la République du Conseil Constitutionnel et l’inscription de la lutte contre le réchauffement climatique dans la Constitution, déjà contredite par la réforme anti- écologique du ferroviaire, n’équilibrent en rien le contenu globalement inquiétant de ce projet pour la démocratie.   

Une telle réforme  ne peut se faire en catimini. Une toute autre ambition démocratique est urgente pour le pays. Le pays a besoin d’une nouvelle Constitution mais certainement pas celle là. Le PCF exige un véritable débat public, où la parole soit donnée aux citoyens et aux projets alternatifs comme celui que nous portons avec la VIème République. 
Le débat parlementaire doit s’organiser ensuite en respectant les différents projets mis sur la table. A l’issue de ce débat parlementaire, nous exigeons une consultation populaire par référendum en 2019 pour que la démocratie retrouve ses droits !  

« Un peu court », le billet de Maurice Ulrich !



Comme il doit être content de lui Gabriel Attal, porte-parole de la République en marche qu’il a rejointe, après avoir quitté le PS, quand l’investiture lui fut refusée, en 2017. Pensez donc, « gréviculture », a-t-il lancé, quel esprit ! 

Çà va faire florès dans les dîners en ville, entre gens qui vraiment ne peuvent comprendre cette grève malgré tous leurs efforts. C’est vrai, le bon mot – c’est excellent, non ? – tient un peu du petit marquis faisant de l’esprit autour de Marie-Antoinette. Ou bien on pense aussi au vicomte de Valvert dans Cyrano de Bergerac. 

Attendez, je vais lui lancer un de ces traits. Il s’avance : Vous…vous avez un nez…très grand. » Messieurs les cheminots, vous…vous faites…de la gréviculture. C’est court. Mais le mot a des références. Apparu au XIXe  siècle par un royaliste contre-révolutionnaire, il a été repris quelques années plus tard par un polémiste antisémite, puis par Jean-Marie Le Pen à propos de la grève…des cheminots. Encore un effort Gabriel Attal.


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