LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

vendredi 10 avril 2020

« Priorités », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



Il ne fait aucun doute qu’Emmanuel Macron annoncera, lundi soir, la prolongation du confinement bien au-delà de la date du 15 avril, date à laquelle personne ne croyait, le gouvernement moins que quiconque quand il n’a cessé de se revendiquer de la transparence. Sauf que le confinement est pertinent à la condition de pouvoir en sortir. Quels moyens ? Quelles priorités ? Ce sont les réponses à ces deux questions que l’on attend.

La situation de crise sanitaire dramatique s’accompagne d’une crise économique dont on a peine encore à mesurer l’ampleur des effets. Mais elle s’accompagne aussi d’une crise sociale majeure qui ne fait que commencer. Près de 6 millions de salariés au chômage partiel et pour lesquels une indemnisation à 100% devrait être la règle « quoi qu’il en coûte » ; des millions de salariés, en plus bien entendu des soignants et des professions directement engagées auprès des malades, contraints de travailler dans des conditions qui devraient être sévèrement contrôlées. C’est bien de s’adresser aux joggeurs avenue Foch, mais qu’en est-il des directions d’entreprise, de grande surface, quant aux moyens qu’elles mettent en œuvre pour protéger leurs salariées et salariés ?

Le Conseil scientifique alertait aussi, hier, sur la situation « des classes sociales les plus populaires qui ne peuvent, objectivement pas passer deux mois enfermées dans leur appartement », avec ce qu’on sait de la situation des élèves les plus modestes, des situations familiales tendues. Cela implique, on l’a dit, des moyens sans aucune mesure avec ceux jusqu’alors déployés. Masques, tests de dépistage, en laissant de côté la piste inquiétante et sans doute illusoire du traçage. Et cela implique que ces moyens doivent être tournés, de manière absolument prioritaire, vers les populations les plus menacées. Ce n’est pas seulement une question de justice sociale, c’est le chemin indispensable pour que des enfants retournent à l’école, pour que le virus soit circonscrit. C’est un levier indispensable pour en sortir au plus vite.

jeudi 9 avril 2020

« Table rase », l’éditorial de Cathy Dos Santos dans l’Humanité de ce jour !



Il ne suffit plus de se payer de mots, il faut des actes ! La pandémie qui « hors de tout contrôle pourrait coûter la vie à plus de 40 millions de personnes », selon Oxfam, presse les dirigeants politiques d’agir. Mais pas n’importe comment, et surtout pas en recyclant les recettes ultralibérales d’hier qui ont aggravé les crises structurelles qui défigurent le quotidien de milliards d’êtres humains. On ne le répétera jamais assez, l’épidémie agit comme un miroir grossissant des injustices. Si le virus peut frapper tout un chacun, il n’est pas égalitaire. Il exacerbe les situations d’extrême fragilité des plus démunis. Le confinement de la moitié de l’humanité n’occulte pas les misères, il les décuple.

La déflagration économique et financière, qui s’amorçait avant même l’explosion de Sars-CoV-2, s’annonce encore plus violente que la crise de 2008. Couplée aux conséquences désastreuses de la pandémie, l’onde de choc sera d’une brutalité dramatique. En fait, elle l’est déjà. La presse espagnole fait état de 900 000 emplois démolis. Le cortège de chômeurs a brutalement grossi aux États-Unis, où plus de dix millions de personnes viennent de perdre leur travail. L’Organisation internationale du travail évoque la destruction de 25 millions d’emplois dans le monde, d’après une fourchette basse.

Le rapport d’Oxfam que nous présentons dans nos colonnes est un cri d’alarme qui place les puissances face à leurs responsabilités. L’impact économique de la crise sanitaire pourrait précipiter un demi-milliard de personnes supplémentaires dans la pauvreté, selon, l’ONG, qui plaide pour un sauvetage économique mondial ambitieux à même de ne laisser personne de côté. Les prochaines réunions de la Banque mondiale et du FMI, des ministres des Finances du G20 doivent accoucher de réponses radicalement transformatrices afin de protéger les citoyens et soutenir les pays les plus pauvres, acculés contre le mur d’une dette illégitime. La pandémie jette une lumière crue sur les orientations capitalistes qui se sont soldées en 2008 par des chèques en blanc signés aux banques et une austérité mortifère pour les peuples. De ce passé – là  aussi, il faut faire table rase.

mercredi 8 avril 2020

Adresse aux salarié-e-s !



Le monde du travail est en première ligne pour affronter une crise sanitaire d’une ampleur inédite. Infirmières, éboueurs, caissières, agents de nettoyage, dockers, cheminots, fonctionnaires territoriaux, ouvrier-e-s de l’industrie agro-alimentaire, médecins, livreurs..., salariés du public comme du privé, c’est vous qui maintenez la France debout, c’est vous qui êtes en première ligne face au péril. Hier ignorés, parfois pointés du doigt comme des privilégiés, vous êtes aujourd’hui nos héros ordinaires, célébrés par tous.


Et pourtant, sans attendre, le gouvernement prépare les Français, et particulièrement ceux qui sont au front, à de nouvelles politiques d’austérité. Il prend aussi appui de l’épreuve actuelle pour attaquer encore le droit du travail. Pour les communistes, tout doit d’abord être fait pour protéger les salariés. Les mettre à l’abri de l’épidémie en cessant les activités non indispensables d’une part, en mettant d’autre part tous les moyens de protection à la disposition de celles et ceux qui doivent continuer à travailler, dans la production et dans les services publics. Mais les protéger également dans leurs droits, contrairement à ce qu’autorisent les ordonnances gouvernementales, en mettant en cause les droits à congés ou en allongeant gravement la durée du travail, pour ne citer que ces exemples.


Des années durant, on a désigné votre travail comme un coût qu’il fallait à tout prix réduire pour être « compétitif », pour permettre de satisfaire aux exigences de rentabilité de grands actionnaires jamais repus de dividendes. Des années durant, les gouvernements successifs ont affaibli vos services publics au nom d’objectifs comptables, contraires à l’intérêt général et dégradant sans cesse vos conditions de travail. Jamais ils n’ont écouté les salariés alertant sur les conséquences de leurs décisions.


Le pouvoir actuel porte lui-même de lourdes responsabilités dans la situation dramatique à laquelle est confronté notre pays. Il a amplifié les politiques d’austérité au nom de la prétendue nécessité de baisser des dépenses publiques, d’affaiblissement des services publics (et particulièrement de l’hôpital public). Il a accompagné et justifié les abandons industriels, de cadeaux à la finance et aux grandes fortunes qui ont lourdement affaibli notre pays au moment où il doit affronter l’épidémie actuelle. Notre pays est devenu incapable de fabriquer les protections indispensables, les traitements et les matériels médicaux. Le gouvernement s’est aussi attaqué à vos droits de salariés, jusqu’à supprimer les CHSCT, décision dont on voit aujourd’hui l’absurdité.
Oui, tous les moyens doivent être mobilisés immédiatement, ceux des plus riches et ceux des multinationales, ceux des banques et des assurances, pour que notre société, une des plus riches du monde, protège ses salariés, du public comme du privé.


Vous pouvez compter sur les communistes, sur leurs élus et leurs militants, partout dans le pays, pour défendre votre santé comme pour défendre vos droits, comme nous l’avons fait pendant le mouvement sur la réforme des retraites ou depuis des années pour défendre le budget de l’hôpital public.
Le capitalisme n’a plus d’avenir. Et vous pouvez compter sur le Parti communiste pour mettre fin aux politiques libérales qui ont tant abîmé nos services publics et notre industrie, abandonné la recherche, privilégié la concurrence européenne, car il est temps de promouvoir un autre modèle économique respectueux de l’être humain et de la nature.

Préparons les jours heureux dans les entreprises et les services publics, exigeons immédiatement :
  • La garantie à chacun de 100 % de ses revenus, 100 % de ses congés, RTT ou CET.
  • La mobilisation de 10 milliards pour l’hôpital public, pour répondre à l’urgence et commencer la reconstruction de notre système de santé.
  • La mobilisation de tout le système bancaire pour défendre le maintien de l’emploi et des salaires, pour la reconquête industrielle, pour le développement de tous les services publics et la transition écologique, et pas, comme après 2008, pour reprendre des activités spéculatives.
  • Une nouvelle démocratie dans l’entreprise pour que les salariés pèsent réellement sur les choix de gestion, qui ne peuvent plus être mis entre les mains de ceux qui ne recherchent que la rentabilité financière.

Oui, il n’est pas trop tôt pour combattre efficacement la crise sanitaire et la catastrophe économique et sociale qui vient. Il n’est pas trop tôt pour inventer et construire tous ensemble une autre logique où l’argent n’est plus une finalité pour quelques nantis mais bien un levier pour l’épanouissement de tous.

Vous pouvez compter sur les communistes pour y travailler avec vous. En campagne contre le capital pour protéger les salarié-e-s !
Alors que des millions de Français.es sont confinés depuis trois semaines, des millions d’autres sont contraints à poursuivre leur activité professionnelle. Si les salariés qui sont indispensables à la réponse aux besoins immédiats et vitaux du pays - comme les personnels de santé - doivent pouvoir exercer leur métier avec le matériel de protection adapté, pour tous les autres, nous demandons l’arrêt de l’activité pour les protéger et protéger l’ensemble de la population. La remise en cause des droits des travailleurs par la loi d’urgence sanitaire est inacceptable et indéfendable. Nous demandons l’abrogation immédiate des mesures prévoyant la possibilité pour l’employeur d’augmenter la durée de travail jusqu’à 60 heures hebdomadaires, de décider des périodes de congés payés ou de la prise de jours de RTT.



« Révélateur », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité de ce jour !



 Logement, éducation, emploi, territoires… le moment historique que nous vivons collectivement illustre et ravive les disparités déjà prégnantes au cœur de la société française. 

Dans le registre des copies mises au propre, il en est une, limpide et sans rature, qui ne méritera ni correction ni contestation d’aucun jury composé de savants experts. Après des semaines de pandémie et de confinement, une évidence saute en effet aux yeux de tous, même de ceux qui, jadis, se montraient peu réceptifs à ce genre de réalité : l’épidémie est un éclatant et impitoyable révélateur des inégalités sociales.

Logement, éducation, emploi, territoires… le moment historique que nous vivons collectivement illustre et ravive les disparités déjà prégnantes au cœur de la société française. Si des travailleurs autrefois invisibles – dans des métiers jugés indispensables à la continuité de la nation – sortent enfin de l’ombre et jouissent de la reconnaissance au moins verbale de tous, ces mêmes agents de nettoyage, ouvriers, auxiliaires de vie, etc., se trouvent sur deux fronts en même temps. Non seulement ils continuent à aller travailler, au risque d’attraper la maladie, mais ils se débattent dans des conditions matérielles difficiles qui se dégradent encore à mesure que la crise avance. Et que dire, alors, des millions de chômeurs, de précaires et de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté ? Est-il nécessaire de le répéter: pendant la pandémie et le confinement, les plus touchés sont les plus pauvres, là où ils survivent, dans les quartiers populaires et les zones rurales laissés à l’abandon. Pour eux, ce sera même la double peine puisqu’ils en paieront plus durement les conséquences sociales après…

Parmi les principales victimes? Les enfants, pour lesquels l’école à distance s’avère soit un casse-tête, soit un frein à l’égal accès à l’éducation. Beaucoup de professeurs multiplient supports et canaux pour que leurs élèves continuent à consolider leurs savoirs, mais une part non négligeable de leur public semble hors d’atteinte, sachant qu’un tiers des 25% les plus pauvres ne possèdent pas d’ordinateur. L’éducation nationale se déclare «sans nouvelles» de 5 à 8% des scolarisés. Ce chiffre, dans les quartiers populaires, serait compris entre 20 et 35%! L’école «à la maison» accroît les inégalités scolaires. Une véritable bombe à retardement supplémentaire…


mardi 7 avril 2020

« Le forcené de Nancy », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité de ce jour !




Retranché dans ses certitudes d’un autre temps, le directeur de l’Agence régional de santé (ARS) du Grand-Est a provoqué un choc, ce week-end, en annonçant vouloir poursuivre, quoi qu’il en coûte,  les suppressions de près de 600 postes et 174 lits d’hôpitaux programmées de longue date au CHRU de Nancy. Rien au monde, pas même la crise sanitaire du Covid-19, ne le fera renoncer au plan prévu, a – t – il affirmé en substance, lundi, auprès d’une chaîne régionale. Le ministre de la Santé l’a pourtant démenti la veille, mais le jusqu’au-boutiste libéral de ce haut cadre ne doit pas faire oublier qu’il rien fait d’autre que répéter ce qui était jusque très récemment la doxa unanimement partagée ces vingt dernières années par les responsables gouvernementaux et leurs relais sur le terrain.

L’épisode révèle en tout cas la logique de forcené à l’œuvre  chez les instigateurs des réformes successives de l’hôpital, insensibles aux ravages dont leurs choix politiques sont la cause. Le doute et la remise en question ne font pas partie du vocabulaire de ces technocrates, qui ont élevé le mépris des alertes d’où qu’elles viennent – soignants, usagers, élus locaux ou opposition parlementaire – au rang de mode de pensée et d’action du libéralisme.  C’est pourquoi on peut prédire sans se tromper que, à l’instar de l’acharnement du directeur de l’ARS, la volonté des démolisseurs ne faiblira pas devant la crise sanitaire et que ceux-ci chercheront, derrière les mots rassurants du président de la République sur l’exclusion de tout « retour au jour d’avant » et la promesse d’un « plan massif d’investissement » pour l’hôpital, à reprendre la man dès le virus vaincu.

Raison de plus pour ne pas estimer la partie gagnée et prendre pour argent comptant les belles paroles de ceux dont la population paie aujourd’hui le lourd bilan. la franchise cynique du directeur de Nancy doit servir d’alerte, tout comme les déclaration pour le moins peu nettes du ministres Olivier Véran selon qui « les plans de réorganisation sont suspendus à la grande consultation qui suivra ». En d’autres termes, du passif le gouvernement n’a pas fait table rase : la bataille ne fait que commencer.


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