" les paradis de la honte ", l'éditorial de Maurice Ulrich dans l'Humanité de ce jour !
Que font les premiers de cordée
quand ils sont au sommet ? L’enquête du consortium international des
journalistes dont on parle depuis hier est claire. Disons-le vulgairement, tant
ces pratiques révoltantes donnent la nausée, tant cette cupidité cynique est à
vomir, ils se gavent, tant et plus, toujours plus, et pour cela ils planquent
les magots, ils trichent, ils manipulent, ils mentent. Ils méprisent les lois
qu’ils instrumentalisent. Les sommes annoncées sont énormes. Elles sont sans
doute en deçà de la réalité. Le sénateur communiste Éric Bocquet, qui avec son
frère, a enquêté déjà depuis plusieurs années sur l’évasion fiscale, parle de
60 à 80 milliards d’euros pour la France, de 1000 milliards pour les 28 pays de
la zone euro, de 5800 milliards dans le monde. Des sommes énormes, volées au
travail des autres, de centaines de millions d’hommes et de femmes, des enfants
d’Asie aux cadres d’Europe, et une nouvelle fois volées en échappant à l’impôt,
en se dérobant à toute solidarité, en tournant le dos sciemment à toute notion
de partage et de bien public.
Premiers de cordée ! Quelle
supercherie intellectuelle chez celui qui connaît bien la chanson des cimes
financières et qui osait inviter, comme une véritable provocation morale à bien
y réfléchir, les jeunes à entreprendre pour devenir milliardaires. Il n’est pas
d’accord disait-il il y a trois semaines à la télévision, avec l’idée du
ruissellement. Mais ce sont des fleuves qui coulent vers l’océan des paradis
fiscaux. Alors, non et non, la richesse des plus riches n’enrichit pas les plus
modestes, les couches moyennes. Les cordées restent au pied des murs de l’argent.
La majorité parlementaire s’est rendue à l’idée que, peut-être, il fallait tout
de même taxer un petit peu les signes ostensibles de richesse. Mais qu’attendent-ils,
ces députés et députées de cette prétendue nouvelle politique, pour joindre
leur voix à celle de la ou des gauches pour exiger que cessent ces scandales. Car
la France n’est pas à l’écart. Il y aura bien dans les jours à venir quelques
déclarations vertueuses, mais en attendant on sert les riches, on diminue l’impôt
sur le capital et les sociétés, on alimente les paradis de la honte.
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