Après les élections, la curée ! (Patrick Le Hyaric)
Les derniers
bulletins de vote n’étaient pas encore dépouillés que la direction de General
Electric-Alstom avait déjà rédigé le communiqué annonçant un plan massif de
suppressions d’emplois sur le site de Belfort qui s’ajoute aux inconnues de la
fusion Renault-Fiat, à la situation faite aux travailleurs d’Ascoval, de Ford,
de Whirlpool et de Carrefour, Auchan ou Casino. La connivence ténue entre le
pouvoir et les forces d’argent est ainsi crûment révélée.
Macron
n’avait à l’évidence aucun intérêt à ce que les conséquences de la cession de
branche énergie du groupe Alstom au géant nord-américain fassent débat dans le
cadre des élections européennes. Et pour cause, il en a été depuis son passage
au secrétariat général de l’Elysée puis au ministère des Finances l’un des
principaux artisans. Et c’est l’un de ses anciens collaborateurs qui est
aujourd’hui à la manœuvre de ce plan social qui se déploie à rebours des
promesses faites par… M. Macron lui-même avant qu’il n’accède à la présidence
de la République.
Cette pure
cession capitalistique sur fond de corruption devait déboucher, selon General
Electric, sur la création de 1000 postes et engager un développement de
la filière énergie. Le gouvernement d’alors s’était fait le garant de cette
parole donnée. C’est aujourd’hui une saignée aux proportions exactement
inverses qui est annoncée, sans compter l’hémorragie en emplois induits, pour
un groupe qui aurait pu être le fer de lance d’un projet coopératif à l’échelle
européenne dans des secteurs en plein développement, pour les infrastructures
gazières, l’entretien ou le démantèlement des centrales nucléaires, ou pour les
énergies renouvelables. Voilà un enjeu qui aurait pu et dû alimenter le débat
européen sur l’écologie, indissociable de celui sur l’énergie.
Les serments
de l’actuel ministre de l’économie sonnent bien creux après les multiples
promesses de ses prédécesseurs, une à une trahie sous pression du capital
nord-américain et après consentement des élites françaises.
Qui peut dès
lors croire que M. Macron reviendra sur ses multiples reniements ? Les
résultats du scrutin européen ne laissent pas présager d’ultime revirement sur
les dossiers industriels. Le siphonage réussi des voix de droite est un
encouragement à accélérer une politique très à droite. Il n’y a donc aucune
raison objective pour que M. Macron freine le profilage de la France aux canons
de la mondialisation capitaliste. Aucune raison non plus pour que cette
politique cesse de s’accompagner d’une restriction des libertés publiques et de
nouvelles attaques envers les contre-pouvoirs. Les exemples s’empilent de
dérives, entre pressions faites au parquet contre le mouvement des gilets
jaunes, convocations de journalistes soucieux d’informer sur les ventes d’armes
à l’Arabie Saoudite embourbée dans une très sale guerre au Yémen ou sur la
sordide affaire Benalla.
Le duo formé
par M. Macron et l’extrême droite fonctionne donc à merveille pour maltraiter
les classes populaires. Aucun obstacle n’est parvenu à empêcher la hausse
spectaculaire des tarifs de l’électricité, prélude à une nouvelle augmentation
prévue au cœur de l’été. Et la réforme de l’Etat s’annonce particulièrement
brutale avec des centaines de milliers de suppressions de postes et en point
d’orgue la fin du statut de la Fonction publique.
La tenaille
va être dure à ouvrir contre ce nouveau dispositif politique qui vise à
enterrer l’alternative sociale, démocratique et écologique. Et la stratégie à
géométrie variable de la macronie pour les élections municipales vise ni plus
ni moins à faire une rafle sur les villes, ici avec des élus locaux de droite,
là avec d’autres qui se réclamaient de la gauche.
Le besoin de
construire l’alternative chemine pourtant comme l’ont montré forces et
militants lors de la dernière campagne. Elle dort peut-être dans les
consciences de millions d’abstentionnistes. Chacune, chacun va avoir un rôle
décisif à jouer pour contraindre le gouvernement et les forces qui le
soutiennent au recul, tout en préparant l’indispensable unité populaire pour
une alternative au service de l’intérêt général. Nous y prendrons notre part.
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