LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

mardi 3 décembre 2019

Les retraites ou le capital : un choix de civilisation (Patrick Le Hyaric)


Le pouvoir aux abois veut faire croire que sa contre-réforme des retraites ne concerne que les régimes dit « spéciaux », dont les bénéficiaires – «horribles profiteurs » – sont livrés à la vindicte. Or, c’est bien d’un bond en arrière civilisationnel dont il s’agit pour chacun et chacun et pour les générations à venir : il s’agit tout à la fois de reculer l’âge de départ en retraite et de diminuer le niveau des pensions, alors que la productivité du travail et la valeur des richesses produites continuent d’augmenter. Où seraient dirigés les surplus produits ? Sur les comptes en banques déjà bien garnis des puissances d’argent.
Ce sont eux qui bénéficient de régimes très spéciaux. A la différence des revenus du cheminot, du postier, de l’agent public, de l’avocat, du paysan ou du retraité, les revenus financiers ne participent pas au financement de la protection sociale. Et on ne parle pas ici d’un enjeu marginal puisque l’INSEE évalue à près de 299 milliards le niveau des revenus financiers des entreprises et des banques exonérés de prélèvement social. Cette somme est très supérieure au paiement de la totalité des retraites sur une année. Si ces revenus contribuaient au même taux que les salariés au financement des caisses de retraite, 31 milliards pourraient être dégagés, soit le double du déficit maximal avancé par le Conseil d’orientation des retraites.
Cette contribution ne serait que justice. Surtout, elle constituerait un levier pour réorienter les choix économiques vers le travail et sa meilleure rémunération. Dans le même ordre d’idées, le remplacement du CICE par un processus de modulation des cotisations sociales indexé sur une meilleure rémunération, l’égalité salariale hommes/femmes, la création d’emploi, la formation continue et l’investissement en faveur des territoires et de la transition environnementale générerait une recette allant de 70 à 90 milliards en cinq ans.
L’indispensable relocalisation et développement de l’industrie, le déploiement d’une agriculture paysanne, le soutien au petit commerce et à l’artisanat, les mutations numériques contrôlées par la nation et les citoyens, l’amélioration des services publics ancrés sur tous les territoires, obligeraient à des créations d’emplois massifs et des formations nouvelles. Trois à quatre millions d’emplois pourraient être créés à court terme avec autant de cotisants et de cotisations sociales, et donc des économies sur l’assurance chômage et les prestations sociales. Au bas mot on peut estimer à 30 milliards la valeur des cotisations supplémentaires ainsi collectées.
Un tel projet de réforme progressiste des retraites inverserait les logiques actuelles dont la cohérence réside dans le transfert croissant de la valeur ajoutée créée par le travail vers le capital.
Le pouvoir et le grand patronat s’acharnent à faire croire qu’il n’y aurait que leurs contre-réformes possibles car ils ne veulent surtout pas qu’on touche à la dure loi de l’argent-roi. L’Intérêt général commande pourtant de le faire.
Celui-ci serait largement conforté si des représentants élus des assurés sociaux participaient à la gestion des caisses de protection sociale et de retraites. Le débat sur un projet alternatif doit être lancé pour sortir de l’enfer ultra-libéral. Il aidera à consolider le mouvement unitaire en cours vers le 5 décembre. La réponse positive de toutes les forces de gauche et de l’écologie à l’appel au débat et au rassemblement pour une réforme progressiste lancé par Fabien Roussel et le Parti communiste le 11 décembre va y contribuer. On peut inventer un système unifié faisant converger vers le haut tous les droits à une retraite solidaire par répartition pour toute la population dès 60 ans avec un niveau de pension garanti d’un niveau minimal d’au moins 75% du meilleur revenu en activité, tout en prenant en compte les particularités professionnelles et le niveau de pénibilité. C’est un enjeu de civilisation. Le Capital et ses serviteurs s’y opposent. Pour eux, vivre plus longtemps est un handicap alors que c’est une chance qu’ouvrent à la fois les avancées sociales et scientifiques. Comme à d’autres moments de l’histoire, le mouvement social et populaire peut les contraindre au recul, s’il reste uni et déterminé.

« Comédie », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



Ne soyons pas coincés. On peut saluer l’artiste. En arrivant dimanche à son séminaire gouvernemental quand le thermomètre flirtait avec le zéro, en veste et en chemise au col largement ouvert, le premier ministre a bien fait passer le message. Cool, détendu, « même par peur »…Un peu surjoué peut-être, au risque de prendre du mal. On galèje, mais en réalité la comédie gouvernementale est navrante pour l’intelligence et la démocratie.

Qui peut croire sérieusement que c’est à quatre jours de la mobilisation qui s’annonce que les ministres allaient se mettre au point sur une réforme dont on nous dit qu’elle a été discutée pendant des mois et dont la lettre floue ne masque pas la logique claire : mettre en cause le système actuel en baissant les pensions, sans toucher en quoi que ce soit, comme le soulignait hier matin l’économiste Thomas Piketty sur France Inter, aux inégalités et aux écarts de revenus entre les premiers de cordée et la masse des Français.

Les Français, justement. Nous sommes en pleine manipulation du langage. Il ya aurait donc, d’un côté, des salariés déterminés coûte que coûte à défendre leurs privilèges, et, de l’autre, « les Français » appelés à se préparer à survivre ? Rien de moins. Relayée jusqu’à plus soif dans les médias, c’est la stratégie de déni du gouvernement, pour tenter de diviser les salariés, opposer grévistes et manifestants au pays fantasmé des « usagers », et surtout conjurer la réalité à laquelle il est confronté. Les deux tiers des « Français » ne lui font aucune confiance sur cette question des retraites. Toute et tous sont concernés, toutes et tous commencent à y voir plus clair et à faire leur compte en s’apercevant qu’il n’y est pas, parfois dans des proportions considérables, comme pour les enseignants, pour ne prendre que cet exemple. En affectant la sérénité, en semblant presque se mentir à eux-mêmes, le gouvernement, le premier ministre et le président sont dans une surenchère d’irresponsabilité. La comédie ne suffit pas.

lundi 2 décembre 2019

EMMANUEL MACRON : « J’AI TOUJOURS CONSIDÉRÉ QU’IL Y AVAIT DANS LE MODÈLE SUÉDOIS UNE VÉRITABLE SOURCE D’INSPIRATION ». MAIS QU’EN EST-IL EN RÉALITÉ ?



D’une retraite par répartition calculée sur le salaire moyen des quinze meilleures années et une activité professionnelle d’u moins trente ans, elle est passée en 2001 à un système complexe par points. Cela comprend une pension publique pour tous, une retraite supplémentaire d’entreprise (90% des salariés) et une autre par capitalisation (via un des fonds de pension). Chacun dispose d’un compte individuel où il accumule des droits en cotisant. Le montant touché dépendra des points accumulés, de l’âge de départ, de l’espérance de vie moyenne et de la conjoncture économique. Ce système accentue les inégalités. « Désormais toute la carrière compte pour le calcul des pensions et forcément on reproduit les mêmes inégalités. Les carrières hachées (temps partiel, congés parentaux – NDLR) et les femmes sont les plus pénalisées », explique Renée Andersson, chargée des retraites pour le syndicat LO. Les suédoises en moyenne touchent 600 euros de moins par mois que les hommes.

« CES MESURES POUSSENT LES SALARIÉS À TRAVAILLER PLUS LONGTEMPS »

Vingt ans plus tard, le constat est lourd pour les retraités. Le taux de pauvreté des seniors (plus de 64 ans) a explosé. Selon Eurostat, il atteint les 14,7% en 2017 (contre 9,3% de pauvreté pour l’ensemble des suédois). L’« équilibrage » automatique qui se déclenche afin d’assurer la stabilité financière du régime a frappé à trois reprises en 2010, 2011 et 2014. Les Suédois ont vu leurs pensions baisser de 3%, 4,3% et 2,7%. « Devant les difficultés à obtenir une pension décente, ce système pousse les salariés à travailler plus longtemps ou à des retraités à travailler en complément. Ce qui renforce l’injustice entre cols blancs et cols bleus. Il faut revoir ce système et augmenter les retraites », dénonce Renée Andersson. Aujourd’hui, 38% des 67 ans ont un revenu provenant d’un salaire contre 18% en 2000 (juste avant le nouveau régime) et 25% chez les plus de 69 ans contre 12%. La réponse gouvernementale : retarder encore davantage l’âge de départ à 64 ans en 2025
(Lu dans l’Humanité de ce jour)

« COUPS BAS ET PROPAGANDE », L’ÉDITORIAL DE MAUD VERGNOL DANS L’HUMANITÉ DE CE JOUR !



Intox à foison, mauvaise foi, manipulations grossières et autres exercices laborieux de « pédagogie » : les macronistes se débattent comme de beaux diables pour tenter de convaincre les opposants à leur contre- réforme des retraites de pointer au boulot le 5 décembre. À J – 3 d’une mobilisation qui pourrait s’avérer historique, le gouvernement, aux abois, a même sorti l’artillerie lourde, chaque ministre reprenant de manière plus ou moins heureuse « les éléments de langage » dictés par l’Élysée. 


Ainsi, échouant à convaincre des bienfaits prétendus de son projet, le président de la République fait mine de s’étonner d’une « mobilisation massive contre une réforme dont on ne connaît pas les termes exacts ». Et pour cause, il n’a cessé de jouer la montre pour garder le maximum de cartes dans son jeu. « Le texte de loi n’est pas encore écrit », persiflait dimanche Gérald Darmanin, en service commandé, comme si le rapport Delevoye n’existait pas. Comme si l’exécutif n’avait jamais fait part de son intention de liquider le système par répartition pour une ouverture à la capitalisation, dont nous démontrons aujourd’hui les ravages là où elle a été mise en place partout dans le monde.


Le ministre de l’Action et des Comptes publics prétend que sa réforme (donc elle existe bien…) « sauvera le système des retraites et mettra fin à des inégalités entre Français ». C’est tout le contraire qui se passera, comme nous continuerons de le prouver point par point dans nos colonnes. D’ailleurs les Français ne sont pas dupes : 64 % ne font pas confiance à Emmanuel Macron pour changer le système de retraites. « Nous n’échouerons pas, la réforme se fera », s’avance pourtant Gérald Darmanin, dont l’arrogance cache mal l’inquiétude de la majorité qui sent le pays se lever. Comme à chaque fois que la peur change de camp, le matraquage sera violent, à grand renfort médiatique et ses pénibles marronniers sur la grève qui « pénalise les Français », étant entendu que les grévistes ne sont pas français… La bataille culturelle s’annonce aussi vive que dans la rue.

dimanche 1 décembre 2019

Remerciements aux 12102 lecteurs qui, en novembre se sont rendus sur notre site !



En novembre vous avez été 12102 à vous rendre sur notre site, en novembre, soit 403, en une journée. Vous y avez lu 22414 articles, soit 403 en moyenne par jour. 

L’article « Avec Vincent Pruvost et Sofia Dauvergne »…a été lu 2171 fois. « Il fait froid à la cité Oradour », 1315 fois. 

Merci, une nouvelle fois à celles et ceux qui nous suivent assidûment !


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