LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

jeudi 14 septembre 2017

Entretien avec Pierre Laurent paru dans l'Humanité du jeudi 14 septembre !


Pierre LAURENT : « NOUS SOMMES DANS UNE NOUVELLE PHASE DE LA CONFRONTATION DE CLASSES »
ENTRETIEN
Les premières mobilisations contre la loi travail mardi ont réuni 400 000 personnes. Suffisent-elles à contester Emmanuel Macron la légitimité des ordonnances ?

PIERRE LAURENT : C’est en tout cas un démenti cinglant à la propagande gouvernementale sur le prétendu bon accueil des ordonnances. L’ampleur des manifestations – supérieure à celle qui avait entamé le mouvement contre la loi El Khomri, – le débat qui traverse les confédérations syndicales qui n’y ont pas encore appelé, les sondages qui témoignent d’une opposition majoritaire…Tous les indicateurs montrent que le pouvoir n’a aucune légitimité pour passer en force. Il a été élu, certes. Mais nous sommes en démocratie, et si une opposition majoritaire s’exprime, il doit en tenir compte.

Le gouvernement maintient pourtant que les « manifestations n’ont pas vocation à changer le contenu des ordonnances ». Après la loi d’habilitation, la validation par le Conseil constitutionnel, quelles marges de manœuvre reste-t-il ?

PIERRE LAURENT : On a déjà vu des gouvernements affirmer qu’ils ne bougeraient pas et être obligés de reculer. La publication complète du texte à la fin de l’été a changé le climat en quelques jours : désormais chacun peut juger sur pièces. De plus en plus de gens prennent conscience que, loin de faire reculer le chômage, les ordonnances vont uniquement déboucher sur une explosion de la précarité et un gonflement des profits des plus grands groupes. Elles ne protègent même pas les PME, encore moins les salariés qu’elles fragilisent encore plus. Il faut imposer au gouvernement le débat contradictoire dont il veut priver le pays sur les alternatives à ces choix réactionnaires. Le porte-parole du gouvernement dit : non aux postures, oui au débat de fond. Mais où et quand acceptera-t-il la confrontation démocratique sur le fond, projet contre projet ?

Quelles sont les prochaines étapes pour le PCF ?

PIERRE LAURENT : Nous allons appuyer les forces syndicales qui prévoient de nouvelles mobilisations, à commencer par le 21 septembre. C’est le gage d’une montée en puissance du mouvement, qui s’enracine dans les entreprises, sur les lieux de travail. Nous allons aussi intensifier notre engagement politique sur la nocivité des ordonnances et sur les alternatives possibles pour la sécurisation de l’emploi et de la formation. Évidemment, le premier rendez-vous majeur pour nous est la Fête de l’Humanité ce week-end. C’est un lieu de solidarité et de fraternité aux motivations larges. C’est un rassemblement très populaire qui peut permettre de sensibiliser massivement les salariés et leurs familles, les jeunes qui participent en nombre à la Fête. Le PCF mettra à disposition une carte-pétition pour engager la discussion avec chaque participant. Nous la déposerons en délégation le 22 septembre au Conseil des ministres. Toutes les forces syndicales, sociales, politiques engagées dans ce combat seront présentes à la Fête. Nous y pousserons le débat sur les prochaines étapes à construire. Les organisations politiques sont toutes légitimes à prendre des initiatives. Pour notre part, nous veillons à ne pas prétendre nous ériger en surplomb du mouvement social, mais à servir son développement unitaire, à enrichir ses propositions, à favoriser la maîtrise du mouvement engagé et des ses objectifs par tous ceux qui s’y engagent.

Participerez-vous à la manifestation du 23 septembre à l’appel de la France insoumise ?

PIERRE LAURENT : la France insoumise a annoncé sa propre manifestation dès juillet. Avec le 12 septembre, çà bouge très vite. À cette date, nous sommes aussi engagés dans les marches pour la paix. Notre boussole restera la montée en puissance du mouvement et son unité la plus large. Réussissons les étapes à venir dans l’ordre où elles viennent.

Emmanuel Macron reproche à ses opposants de vouloir maintenir le statu quo sur le droit du travail et justifie ainsi sa saillie sur les « fainéants ». Seriez-vous devenu conservateur ?

PIERRE LAURENT : C’est une blague. Et nous allons mener une grande campagne sur les alternatives au projet de précarisation systématique du contrat de travail. Les propos méprisants d’Emmanuel Macron comme la prétention du gouvernement et du Medef à être les seuls partisans des réformes sont une vieille rengaine. On retrouve les mêmes grosses ficelles utilisées par Sarkozy et Hollande en leur temps.  Rien n’a changé. En vérité, il existe un affrontement de classe sur la manière dont il faut faire évoluer la société. Ces forces-là prétendent que changer c’est se soumettre toujours plus aux exigences de la mondialisation capitaliste et de la compétitivité. Nous pensons au contraire qu’il faut libérer la société de ces entraves. La société est bouleversée par une révolution numérique qui transforme en profondeur notre civilisation. Le travail doit lui aussi changer. Ce changement doit accroître l’émancipation et la maîtrise par les travailleurs eux-mêmes du contenu et du sens de leur travail. Les forces réactionnaires veulent réduire l’autonomie du travailleur jusqu’à ce qu’il ne devienne qu’un simple pion de la mondialisation.

La mobilisation contre la réforme du Code du travail est-elle décisive pour la suite du quinquennat ?

PIERRE LAURENT : Cette bataille est évidemment majeure. Elle ne décidera pas seule de la suite du quinquennat. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de la confrontation de classes. Après l’usure des pouvoirs Sarkozy et Hollande, le nouveau pouvoir a provisoirement conquis une base électorale mais sa victoire est fragile. C’est pourquoi il veut frapper vite et fort sur tous les terrains. De multiples batailles s’annoncent contre les ordonnances, sur le logement, l’éducation, l’université, l’avenir des communes… L’enjeu sera de construire à travers ces fronts de lutte des réponses politiques alternatives et de la faire converger dans un projet politique capable de devenir majoritaire.

Il s’agit de reconstruire la gauche ?

PIERRE LAURENT : En tout cas, face à nous, il y a bien un projet de droite soutenu par le Médef. Il s’agit surtout de construire une alternative progressiste majoritaire autour d’un projet social écologique, démocratique, qui change véritablement de régime. Lors des élections, la poussée en faveur d’un tel changement a été forte mais n’a pas réussi à déjouer les pièges de la présidentielle. Nous avons aussi touché les limites du « dégagisme » qui a profité à des candidats aussi opposés à Mélenchon. Le Pen et Macron lui-même. Le mouvement populaire doit maintenant s’assigner des objectifs résolument positifs. Il s’agit de reconstruire un nouveau projet social et productif, un projet pour la France qui ait une portée universelle pour unir les forces progressistes de la planète. Les acteurs de ce nouveau rassemblement ne seront plus ceux de la gauche telle qu’elle a existé depuis quarante ans. À nos côtés il y a des forces nouvelles comme la France insoumise, le mouvement de Benoît Hamon, d’autres forces se réorganiseront peut-être. La force communiste va être indispensable à cette réinvention collective. Le Parti communiste est là debout, prêt à relever ce défi, prêt à changer lui-même pour y parvenir.
Est-il possible aujourd’hui pour le PCF de travailler à ce projet avec la France Insoumise, au vu des tensions des derniers mois ?

PIERRE LAURENT : Objectivement, c’est aujourd’hui compliqué à cause de d’attitudes très sectaires des premiers dirigeants de la France Insoumise. À l’instar, encore récemment, de la très surprenante critique de Jean-Luc Mélenchon devant la perspective de voir se constituer une liste unitaire aux élections territoriales de Corse. C’est incompréhensible. Mais je constate que le dialogue existe aussi, entre les députés de nos deux groupes, sur le terrain dans de nombreuses localités. La montée en puissance du mouvement populaire poussera à la construction commune et à l’unité nécessaire qui a besoin de respect de toutes les forces en présence.

L’élection sénatoriale de la semaine prochaine concerne votre siège comme celui de 15            autres membres de votre groupe. Alors qu’une partie de la gauche boude cette élection, pourquoi le PCF choisit-il de s’y investir ?

PIERRE LAURENT : Même si cette élection est indirecte, le Sénat joue un rôle institutionnel important et il ne peut être question de laisser un seul pouce de terrain à Emmanuel Macron. Si nous laissons le Sénat aux seules mains de la droite et des macronistes, le président de la République aurait les moyens de réformer la constitution avec les 3/5 du Parlement sans plus jamais consulter les Français par référendum. Il est vrai que les écologistes n’ont plus de groupe depuis juin, que les socialistes sont profondément divisés, que la France Insoumise a déclaré forfait, mais nous, nous relevons ce défi. Le renouvellement de notre groupe, qui serait le seul capable de porter une voix cohérente face à la droite et au macronisme, ne va pas de soi mais nous sentons que nos listes sont en train de rassembler des voix au-delà de nos électeurs acquis. Je suis confiant. Après l’Assemblée nationale, nous aurons un groupe au Sénat.

Votre Conseil national se réunit aujourd’hui pour définir les contours de la consultation de vos adhérents en vue de votre congrès. Quels sont les objectifs de cette démarche ?


PIERRE LAURENT : nous ne voulons pas préparer notre congrès extraordinaire de 2018 comme d’habitude. Nous avons parfaitement conscience de la période inédite dans laquelle nous sommes et les défis de renouvellement qui nous concernent très directement. Pendant deux mois, du 18 septembre au 18 novembre, nous organisons une consultation de l’ensemble des communistes sur quatre questions : le sens et l’actualité du combat communiste ; le bilan de notre démarche politique et la manière dont nous devons la conduire dans les années à venir ; les transformations profondes auxquelles le PCF doit procéder ; l’agenda et la méthode de préparation démocratique de notre congrès. Cette consultation aboutira à la définition de l’agenda du congrès lors d’une assemblée nationale des animateurs de section qui se déroulera le 18 novembre et non le 14 octobre comme nous l’avions envisagé précédemment.

mercredi 13 septembre 2017

" La peur du feu ", l'éditorial de Patrick Apel-Muller dans l'Humanité de ce jour !


« Loi travail : l’épreuve du feu », titrait hier le Figaro volant au secours d’Emmanuel Macron pour dénoncer en une « Les balivernes de la CGT ». Ce qui est le plus solidement réactionnaire en France, le plus dévoué au Medef, est donc sur le pied de guerre, retrouvant avec les tirades du président sur les « fainéants » la vieille tirade des possédants contrariés. « Quand les éboueurs font grève, les orduriers sont contrariés », écrivait Jacques Prévert. Après cette première journée contre la loi travail XXL, ils n’ont pas fini de bouder. Le succès des manifestations atteste qu’un socle s’édifie sur lequel les rendez-vous suivants, le 21 septembre en premier lieu, vont s’appuyer et grandir. Déjà, ces derniers jours, se sont agrégés aux initiateurs du mouvement les organisations étudiantes et lycéennes, la moitié des unions départementales de FO, des organisations de la CFDT  et de la CGC, des militants de la CFTC.

En fait, aucun syndicat ne trouve son compte à ces ordonnances qui signent une marche arrière sociale. Les hésitations de certaines leurs directions tiennent à l’ampleur des attaques qui vont suivre sur la Sécurité sociale, les retraites, l’assurance chômage, les emplois des fonctionnaires…Comment s’y opposer efficacement ? En rassemblant tout le monde, en tenant compte des différences, en permettant au mouvement syndical en première ligne d’être l’unificateur des énergies. Une majorité de Français refusent cette destruction de Code du travail et, plus généralement, des droits sociaux. Ils sont tout autant à juger légitime la protestation. Il faut permettre à tous de l’exprimer, de faire entendre sa petite musique et se grandes priorités qui varient d’un métier à l’autre, d’une entreprise à un bureau, d’une université à un chantier.


« L’épreuve du feu » redoutée par le Figaro ne sera pas une simple bordée en forme de baroud d’honneur. M. Macron a engagé la France dans des conflits sociaux à répétition. À peine élu, il trouve à qui parler…

mardi 12 septembre 2017

" Pari ", l'éditorial de Maurice Ulrich dans l'Humanité de ce jour !


On peut le parier sans risque. Il y aura aujourd’hui dans près de deux cents villes de France des milliers de petits mots proclamant « Je suis un fainéant ». Avec humour, avec colère. Personne ne s’y trompe. En ciblant ceux qui ne veulent pas de ses réformes qui ne sont que régression, ceux qui ne sont rien, les « illettrés », les chômeurs qui n’ont qu’à travailler s’ils veulent se payer un costard, c’est bien les salariés, les gens modestes, le peuple en un mot que vise Emmanuel Macron. « Fainéants », le mot est repris parce qu’il frappe au cœur  de la France. Aides-soignantes, ouvriers sur les chaînes, femmes de ménage que l’on croise à 6 heures du matin submergées de fatigue, enseignants, agriculteurs…Leur travail est la richesse de la nation. Ce sont eux qui créent, pas les dividendes.

Emmanuel Macron les insulte parce qu’il s’adresse à d’autres. En prononçant ces paroles sur les lieux de la naissance de la démocratie à Athènes, il était la voix de l’oligarchie. La président de la République n’est pas, avec ces mots, le président de tous les Français mais le fondé de pouvoir d’une caste qui s’adresse à « la France qui gagne », à ceux pour qui la loi travail est conçue, donnant tout pouvoir aux détenteurs des richesses, à  ceux qui possèdent contre ceux qui n’ont pour vivre que leur cerveau et leurs bras.


Dans une tribune du Times, un professeur de Cambridge, Chris Bickerton, l’écrivait : « sa politique favorise les employeurs contre les salariés ». il est vrai que cette politique ne manque pas de soutiens chez les commentateurs en cour. Que n’a-t-on entendu pendant l’été sur le solo d’une CGT isolée, menant ses derniers combats dans l’incompréhension, ne sachant que s’opposer à tout. La réalité est tout autre et les cortèges d’aujourd’hui vont la refléter, comme le fera ce week-end la Fête de l’Huma, dans la diversité de toutes les forces qui n’entendent pas plus accepter le mépris de classe que le coup d’État social.

lundi 11 septembre 2017

" Bras d'honneur ", l'éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l'Humanité de ce jour !


L’insulte facile révèle parfois la vraie nature de ses auteurs. Nous savons désormais qu’Emmanuel Macron, usant et abusant d’un tel degré d’implication verbale pour exprimer sa haine du bas-peuple et des français qui ne pensent pas comme lui, dirige les affaires de l’État avec toutes les formes inspirées par le mépris. À commencer par le principal, le pire, celui qui détermine le sens de son action : le mépris de classe. Ainsi donc, « la survie de la France » comme il a osé le dire à Athènes, dépendrait ni plus ni moins de sa « réforme » du droit du travail…Avant d’ajouter : « Je ne céderai à rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. » Mais qu’arrive-t-il à notre pays pour que des propos aussi rances se rencontrent dans la bouche d’un président de la République, constituant une sorte de comportement inédit, indigne de la fonction ? La récidive témoigne non pas d’un trouble de la pensée mais bien d’une constance de la pensée. Après les « riens », voici les « fainéants ». Les fossoyeurs de l’histoire ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Ils fréquentent assidûment le palais et ne savent absolument pas que les gens de peu demeurent souvent les plus courageux sur le front des combats…


Ceux qui en ont le temps se délecteront des explications alambiquées données hier par le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, selon lequel le mot « fainéants » et son pluriel visaient ceux qui n’ont « ‘pas eu le courage de réformer ». La bonne blague. Non, le chef de l’État a bel et bien insulté ceux qui s’opposent à sa politique, ceux qui seront dans la rue, demain, pour dénoncer la casse de leurs droits dans le monde du travail. Au moment où la nation française aperçoit dans son champ de vision tout ce qui se bricole de plus pourri du côté du libéralisme, comme par hasard, le pouvoir tente de s’épanouir sur les cimes d’une très haute vulgarité. Monsieur Macron, qui s’y connaît en cynisme, n’aime décidément pas les Français. Ces derniers le lui rendent bien ces temps-ci. Et cette fois, ils vont lui répondre dan la rue. Quant aux « fainéants », qui sont donc les mêmes, ils adressent d’ores et déjà à ce président le bras d’honneur des salariés. Ceux qu’il défigure.

vendredi 1 septembre 2017

" L'aveu d'Edouard Philippe ", l'éditorial de Sébastien Crépel dans l'Humanité de ce jour !



Peut-être pris par le vertige devant l’énormité de la supercherie vendue aux salariés comme prix de leurs sacrifices, le premier ministre, a eu, jeudi. « Agir sur le droit du travail(…) peut constituer un outil » contre le chômage, mais « ce n’est pas le seul », a-t- il lâché. On reste interdit devant une ambition si brutalement revue à la baisse au moment d’abattre la hache sur le Code du travail, un geste que le président de la République vantait le matin même dans un entretien- fleuve comme la « révolution copernicienne » apte à « libérer les énergies ».

Il y a un échec annoncé dans cet aveu d’Édouard Philippe. Car le premier ministre sait bien qu’il n’ya pas de lien entre chômage et niveau de la protection sociale des salariés, toutes les études le montrent. Mais il y a aussi un avertissement et une justification. Ce n’est que le début, nous dit l’hôte de Matignon, et, si les résultats ne suivent pas, ce sera bien la preuve qu’il faut aller plus loin, toujours dans le même sens – celui réclamé à cor et à cri par le Medef –, sur le « coût du travail », les retraites, la formation…en exhortant les salariés à courber l’échine dans l’attente d’un aussi hypothétique, que fumeux volet « sécurité », en échange de la flexibilité totale imposée aujourd’hui.


Voilà la nature du pacte frauduleux proposé au monde du travail. Il serait étonnant qu’il accepte, et la façon dont les syndicats tordaient le nez à l’unisson hier en dit plus long que les nuances et les divergences qui les séparent. Et ce n’est pas le concept frelaté de « codécision » à l’entreprise vanté par Muriel Pénicaud qui rassurera les salariés. Ceux-ci savent mieux que quiconque que le Code du travail n’a de sens que s’il sert à les protéger de la position dominante de l’employeur, laquelle découle du lien de subordination qui unit les premiers au second. En le niant, la ministre du travail fait table rase des fondements de plus d’un siècle d’histoire sociale.


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