LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

jeudi 31 août 2017

" Le président des conservatismes ", l'éditorial de Paule Masson dans l'Humanité de ce jour !



Il n’a finalement pas fait le déplacement, sans doute incité à la prudence par les vents mauvais d’une popularité en baisse. Mais Emmanuel Macron, si prompt à se considérer comme le PDG de l’entreprise France n’en a pas moins veillé à soigner le défilé gouvernemental à l’université du Medef, sur le campus de la très sélective école HEC. Parmi eux, le ministre de l’éducation nationale et sa consœur de l’enseignement supérieur, invitée à disserter sur… l’emploi.

Alors que l’exécutif présente aujourd’hui, les ordonnances qui vont précariser l’emploi à outrance, le patronat prescrit à l’éducation nationale un traitement de choc libéral, qui se donne pour ambition de rendre les jeunes « 100%  employables ». Tout se tient. D’un côté, les étudiants ne doivent plus être considérés comme des futurs citoyens libres d’esprit mais comme une main-d’œuvre  en devenir formée pour assouvir les besoins immédiats des entreprises. De l’autre, les travailleurs sont sommés d’être flexibles, facilement licenciables. On connaît déjà la feuille de route fournie par le candidat Macron sur l’enseignement supérieur : sélection généralisée, avec mise en place de prérequis pour s’inscrire en licence dès 2018, autonomie des universités, bourses au mérite, privatisation.

Le projet nourrit la rupture avec l’obligation républicaine de donner à tous les élèves sortant du lycée un accès à l’enseignement supérieur. Le droit aux études est clairement remis en cause pour les jeunes issus des milieux modestes, déjà victimes d’un quotidien de discriminations. Les quelques « méritants » seront orientés vers un parcours imposé. Le Medef trouve là un débouché inespéré à sa définition élitiste, militariste et reproductrice des inégalités sociales de la formation. Si comme le disait Nelson Mandela, « l’éducation[  est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde », alors Emmanuel Macron apparaît pour ce qu’il est : un président de plus des conservatismes du vieux monde.




mercredi 30 août 2017

" Des silences entendus ", l'éditorial de Patrick Apel-Muller dans l'humanité de ce jour !



Il entend que « la France reprenne son rang parmi les nations » et qu’elle soit « capable de se faire entendre ». Pourtant Emmanuel Macron n’a eu jusqu’à aujourd’hui aucun mot pour défendre le jeune franco-Palestinien Salah Hamouri, embastillé par les autorités israéliennes au mépris du droit et de la justice. Nul besoin de justification légale pour Tel-Aviv, la détention administrative est la version moderne des lettres de cachet. Mais le président de la République ne veut pas se faire entendre de Benyamin Netanyahou, ce cher « Bibi » ainsi qu’il l’avait susurré à Paris, en reprenant le surnom affectueux que lui donnent ses partisans de droite et d’extrême droite. Devant 150 ambassadeurs, le chef de l’État a bien amorcé un virage sur la Syrie mais pas sur la politique de colonisation et de répression mise en œuvre par Tel-Aviv. Le rempart que Donald Trump veut dresser face au Mexique le choque ; pas le mur de la honte qui enferme des millions de palestiniens. Pour libérer Salah, pour lui permettre de voir son bébé et sa femme interdits de séjour en Palestine, la France devra se faire entendre de son président.

Emmanuel Macron se prétendait « le maître des horloges »… Les aiguilles tournent et rien ne change pour notre confrère Loup Bureau, emprisonné en Turquie pour avoir fait son métier. Le président a passé deux coups de téléphone polis à Recep Erdogan. Et c’est tout. Hier, il a préféré s’en prendre au Venezuela que, pour copier Donald Trump, il a qualifié de « dictature ». Pourtant ce n’est pas à Caracas mais à Istambul que 160 journalistes sont emprisonnés, que des dizaines d’opposants ou désignés tels ont été licenciés de la fonction publique et que des milliers de Kurdes ont été massacrés ces dernières années. C’est sans doute ce que le chef de État présente comme une politique étrangère « sans angélisme ». Pour en dissiper l’odeur de soufre et lessiver les mots, il ne suffira pas de nommer un porte-parole à l’Élysée.

mardi 29 août 2017

" Cassandre et le trac élyséen ", l'éditorial de Patrick Apel-Muller dans l'Humanité de ce jour !


« Il ne faut jamais céder aux Cassandre », a lancé hier Emmanuel Macron à ses ministres, comme un lapsus. La sœur d’Hector prédisait en effet l’avenir avec exactitude et la chute de Troie qu’elle annonçait eut bien lieu. Une certaine fébrilité gagne donc l’Olympe. La distance jupitérienne ne paierait pas ; il faudrait revenir au b.a-ba de la « pédagogie », maquiller à tour de bras et à grands frais les mesures douloureuses, lancer des équipes de snipers sur les plateaux télé. Mais le coup de blues est là. Le chef de l’État a dû reconnaître qu’il « avait été élu par des gens qui ne l’avaient pas choisi », pire qui ne comprennent pas sa vision. Ainsi, depuis l’étranger, le président a-t-il jugé que « la France n’est pas réformable » et que « les français détestent les réformes ». On en se souvient pourtant pas de grèves et de manifestations lorsque la sécurité sociale fut mise en place ou quand furent instaurées la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés et les 35 heures.

Bref, le chef de l’État a le trac à la veille du coup de force qu’il ourdit contre le Code du travail. Le flou entretenu sur les ordonnances – une tactique élaborée à l’issue de la loi El Khomri afin d’anesthésier les syndicats – ne pourra pas durer au –delà de jeudi. Dès lors, les mobilisations pourront prendre corps. Pour la CGT, Philippe Martinez annonce un ancrage du mouvement au plus près des entreprises et des salariés. Un premier rendez-vous est programmé le 12 septembre. D’autres suivront sur ce thème, puis sur les autres mesures explosives prévues par le pouvoir contre les retraites, la protection sociale, l’assurance-chômage, l’école et l’université, le logement, les services publics…


Les 15, 16 et 17 septembre, la Fête de l’Humanité se met à la disposition de toux ceux qui veulent en savoir plus sur ces projets. Chercher les modes d’action les plus efficaces, élaborer ensemble des réformes de progrès. Par exemple, pour bannir la précarité du travail.

lundi 28 août 2017

" Les amis de la finance ", l'éditorial de Sébastien Crépel dans l'Humanité de ce jour !

Voilà, c’est dit. Depuis le « j’aime l’entreprise ! » braillé par Manuel Valls aux oreilles des patrons, on n’avait pas entendu un tel élan de sincérité de la part d’un ministre de droite. Bruno Le Maire l’a surpassé en s’adressant non plus aux seuls capitaines d’industrie, mais à ceux qui plient toute l’activité humaine à leurs exigences de rentabilité. « Nous devons être les amis de la finance », a lancé le ministre de l’économie à Grenoble.


Du discours de Bourget à celui du bourgeois, il ya toute l’histoire de l’imposture à la base de l’ascension d’Emmanuel Macron. Comme toutes les victoires construites sur un mensonge qui ne peut faire longtemps illusion  - le « ni droite, ni gauche », - la sanction est brutale quand la tromperie se révèle. Quatorze points de moins de popularité en un mois, vingt-quatre en deux mois. Á côté, Sarkozy et Hollande paraissaient adulés, c’est dire ! Le nouveau président de la République a dilapidé plus du tiers de son capital de confiance en l’espace d’un été. Et quel été : la nuit du 4 août 1789 rejouée à l’envers à peu près chaque jour. Baisse des APL aux plus modestes, non reconduction des contrats aidés pour les travailleurs en difficulté, re-gel du salaire des fonctionnaires, matraquage de la CSG avec les retraités en première ligne. C’est le corollaire d’une politique faite par et pour la « finance » que Bruno Le Maire a beau jeu d’appeler à respecter les « règles », dans un concentré de tartufferie et d’hypocrisie.


Car ces « règles » en question, déjà peu consistantes seront bientôt taillées sur mesure aux exigences de ladite finance si l’exécutif va au bout de ses projets sur le droit au licenciement ou l’impôt sur la fortune. Tiens, à ce propos, comment va Muriel Pénicaud ? Pour celle qui « concerte » sur le Code du travail comme on ourdit un complot – jamais un texte n’a été autant mis au secret », relève le Journal du dimanche –, le plan de stock options qu’elle a touchées chez Danone sur l’écrémage de l’emploi « a été fait dans les règles ». C’est bien là le problème.

vendredi 25 août 2017

"Et en même temps", nous disait-il, l'éditorial de Patrick Apel-Muller dans l'Humanité de ce jour !


Le temps fait quelque chose à l’affaire. Les nuages se dissipent et l’Olympe où devait régner Jupiter est devenu visible. La déception gagne et l’impopularité s’installe. « Ce sera dur de rester populaire », confesse-t-on à Matignon. Le plus éprouvant reste à venir avec la réforme du Code du travail. Le premier budget du quinquennat, qui va sabrer 20 milliards cet automne dans les services publics et les dépenses sociales, et le train de cadeaux destinés au très très riches.

L’été a donné un avant-goût avec les APL amputées, la fin des contrats aidés qui menace la rentrée scolaire et le système hospitalier, les milliers d’étudiants toujours sans place à l’université, les gains de pouvoir d’achat promis escamotés par un usage pernicieux du calendrier…

Une nouvelle ère devait s’ouvrir pour la politique. De la cuisse de Jupiter ne sont sortis qu’un pouvoir extrêmement centralisé autour de l’Élysée, une intimité renforcée avec la haute finance, une moralisation des mœurs des décideurs entachée par des parcours troubles, une majorité parlementaire réduite aux applaudissements ou aux silences. Les CV puisés par les états-majors d’entreprises, dans les raids de start-up ou dans le confort des milieux des milieux bien nés produisent du conformisme libéral sans qualité républicaine.

L’opinion accorde encore un délai avant de faire un bilan mais une formule a déjà perdu tout son sens, ce fameux, « et en même temps » dont usait et abusait Emmanuel Macron. La gauche n’a trouvé aucun de ses petits dans la cohue des réformes lancées. L’engagement du chef de l’État de « changer profondément les structures économiques et sociales françaises » se dessine selon le programme du Medef, qui accueillera un gouvernement presque au complet lors de son université d’été. La semaine prochaine « Et de droite et de droite » remplace peu à peu la formule magique. Ces preuves faites, les épreuves viennent.



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