LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

mercredi 11 avril 2018

Le Figaro réclame de l’ordre !



Ce qui est formidable avec le Figaro, c’est qu’on n’est jamais déçu par ses positionnements. Dans son édition d’hier, l’éditorialiste Yves Thréard a ainsi fustigé, sous ce titre « Il est interdit d’interdire ! », fameux slogan de 1968, les cheminots, qui par peur du lendemain « défendent leurs droits acquis, qui ne sont d’ailleurs pas remis en question ». 

Mais de cracher aussi sur « les zadistes et les étudiants grévistes, éternels traine-savates de la rébellion et de la provocation » qui sont là pour «  en découdre et faire perdre son temps au pays ». Un peu d’ordre, que diable, réclame Thréard. En se félicitant de l’évacuation de la ZAD de Notre-Dames-des-Landes. 

Mais en appelant aussi de ses vœux que « cette même autorité » prévale « dans les universités prises en otage et dans tous les territoires perdus de la République ». Il insiste même : « Il est impératif qu’elle s’exerce aussi face aux cheminots. » Avant de reprendre : « différemment, bien sûr ». En bref, si l’on résume : des matraques partout !

« Fable d’outre-Rhin », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



C’était une fable venue d’outre-Rhin comme on en raconte aux enfants pour les endormir. En Allemagne, disait encore avant-hier soir une de nos chaînes d’information un commentateur informé de tout et de n’importe quoi, les relations sociales entre les syndicats, le patronat et l’État n’ont rien à voir avec ce qui se passe en France. On n’était pas loin de « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Çà tombait mal, quelques heures avant, ce qui avait échappé à tous sur le plateau, on apprenait que la « gréviculture » sévissait aussi chez nos voisins, et comment ! 800 vols annulés par la Lufthansa, soit un avion sur deux dans tous les grands aéroports. Avec la grève à Air France, voilà le ciel qui s’agite. Mais aussi les grèves attendues dans tous les secteurs de la fonction publique dans les prochains jours, à l’appel de trois principaux syndicats concernés, pour une augmentation de 6% des salaires.

En février dernier, dans le secteur privé, les salariés de la métallurgie, avec le syndicat IG Metall, arrachaient un accord leur ouvrant un droit un droit à la semaine de 28 heures, et une augmentation de 4,3% sur les 6% qu’ils demandaient.
Loin  de s’opposer, public et privé s’épaulent et les syndicats allemands estiment que le temps de la modération salariale est révolu. On comprend aisément la discrétion observée en France sur ces luttes ou leurs résultats. On serait très étonné qu’Emmanuel Macron les évoque de son plein gré jeudi ou dimanche comme un exemple de ce que pourrait être une Europe des peuples et des travailleurs, comme des services publics.

Car ce qui s’exprime aussi bien avec la SNCF qu’avec la fonction publique, en France comme en Allemagne, c’est bien la conviction que les services publics ne sont pas un coût mais un atout et qu’il ne faut rien céder aux appétits du capital et aux mirages de la concurrence et de l’efficacité.
On entend d’un peu partout en Europe de belles paroles sur la montée des populismes et des extrémismes. Les luttes qui se lèvent et les solidarités qui peuvent se tisser des deux côtés du Rhin et bien au-delà sont, en plus de leurs objectifs propres et d’intérêt public, le vrai moyen d’y faire face.

mardi 10 avril 2018

« Déni démocratique », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité de ce jour !



C’en était fini de la vieille politique. Place aux hommes et femmes neufs, aux députés issus de la société civile, aux ministres techniciens dont l’inexpérience du pouvoir serait un gage de sincérité et d’expertise. On allait dire bonjour à la présidence d’une nouvelle ère. On ne sait plus quel philosophe a dit que prétendre ne pas faire de philosophie, c’était âtre esclave des mauvais restes vulgarisés des pires philosophies…

Un an après la promesse des fleurs, c’est bien de la vieille politique, et de la plus mauvaise qui nous est servie là, avec les reliquats du genre. Des militants invités à répéter les éléments de langage que le sommet désigné de la République en marche leur fournit clés en main. Une Assemblée réduite au rôle de chambre d’enregistrement et que les nouvelles dispositions constitutionnelles vont encore marginaliser. Des ministres relayant chacun dans son domaine la parole présidentielle, ou ce qui en tient lieu, comme un disque déjà rayé.

Le conflit à la SNCF voulu par un pouvoir fermé à la parole des syndicats précipite encore, au sens chimique du terme, ce mélange d’autoritarisme et de populisme qui semble être devoir être la marque du macronisme. C’est le président de l’Assemblée nationale, ancien écologiste rallié pour un perchoir, qui stigmatise la grève devenue « un réflexe ». C’est la ministre des Transports qui ne sait que dénoncer, dans la presse et à l’Assemblée, une grève incompréhensible pénalisant les usagers. Cela, après qu’on a  inauguré la séquence en dénonçant les privilèges des cheminots dans le plus pur style droitier.

Engagée avec les rodomontades du premier ministre dans le Journal du dimanche, la semaine va se poursuivre avec l’annonce en boucle de la prestation du président, jeudi, dans un simulacre aux grosses ficelles de proximité avec la ruralité, puis avec les commentaires de cette dernière, puis l’annonce en boucle de son autre intervention, dimanche, sur BFM, RMC et Mediapart, puis les commentaires à n’en plus finir. C’est un tir de barrage dans la plus détestable tradition du genre. Une confiscation de parole. Un déni démocratique auquel l’opinion est appelée à faire face.

lundi 9 avril 2018

« À méditer », le billet de Maurice Ulrich !



« Il y avait tant de grands mots que je ne savais lesquels croire », écrivait Aragon dans un de ses poèmes à propos de certains discours politiques de son temps. C’est avec de grandes idées, relatent conjointement le Parisien et le Journal du dimanche, que Christophe Castaner, le délégué général de la République en marche, est allé samedi faire du porte-à-porte à la rencontre de Françaises et des Français, en toute simplicité et seulement accompagné de quelques dizaines d’élus, collaborateurs et journalistes. 

Pour parler de la SNCF, de la hausse de la CSG pou de la baisse des APL et quelques autres questions mineures ? Mais non voyons, pour parler de l’Europe et des élections de 2019…Un peu de hauteur de vue, que diable, quand on nous montre la Lune ! 

Et donc, nous raconte le Parisien, Christophe Castaner est allé frapper à la porte d’Anne-Marie à Fondettes, petite ville proche de Tours, qui l’a aussitôt mis en garde : « Attention de ne pas écraser mon chien. » À méditer.

« Confrères », l’éditorial de Patrick Appel-Muller dans l’Humanité de ce jour !



« Moi je ne comprends pas ce terme (de gréviculture) », s’est d’abord défendu François de Rugy, le président LREM de l’Assemblée nationale, avant de se contredire : « Mais, on peut remarquer que, dans certains secteurs, la grève est un peu un réflexe. » Ce petit monsieur puise dans le lexique de Syndicat jaune de la fin du XIXe siècle, crée et appointé par le patronat. Un réflexe, le sacrifice qui conduit des cheminots qui gagnent 1200 ou 1500 euros à perdre 250 ou 300 euros sur leur paie en faisant grève ?

Cette sortie vient avec d’autres, du premier ministre notamment, qui confirment la détermination du gouvernement à passer en force et l’inquiétude du pouvoir d’un basculement de l’opinion.
Le mensonge, l’omission et le travestissement des projets sont désormais produits à l’échelle industrielle. Trop de médias leur emboîtent le pas, guidés par les intérêts de leurs patrons oligarques ou pilotés par les communicants de la majorité. Le journalisme y fait sa place au SAV, au service après-vente, d’une libéralisation massive du ferroviaire.

Comment ne pas voir que le changement de statut de la SNCF, d’Epic en SA, ouvrirait la voie à la privatisation, comme ce fut le cas pour GDF et avec les mêmes promesses – qui furent contournées – de rendre incessibles les actions de l’État ? Comment répéter que les 9000 kilomètres de petites lignes ne fermeront pas si elles étaient transférées à des régions qui n’ont pas les moyens de les financer ? Comment prétendre que le statut de cheminot n’est pas menacé quand les nouveaux embauchés le perdraient ? Comment croire que la concurrence faciliterait les investissements indispensables et ne drainerait des richesses vers des sociétés privées ? Comment assurer que les usagers s’en porteraient mieux alors que, quasiment partout, les prix ont grimpé et que le service s’est dégradé avec la libéralisation ? Le courage reste de chercher la vérité et de la dire.



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