LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

lundi 30 mars 2020

« De la transparence et des actes », l’éditorial de Patrick Le Hyaric dans l’Humanité de ce jour !



Quand on communique à profusion, mieux vaut que les « éléments de langage » coïncident avec ce que vivent les citoyens. Or, le pouvoir s’évertue à nier l’évidence qu’il a bel et bien tardé à prendre les dispositions nécessaires pour affronter cette épidémie déclenchée en Chine à la mi-novembre, avant d’envahir l’Italie en janvier. Il lui coûte d’avouer que ni le pays ni l’Europe n’y étaient prêts, afin de camoufler les désastres des politiques austéritaires appliquées depuis tant d’années à l’hôpital public comme à tous les services publics.

Mais plus les gouvernants parlent, plus ils montrent leurs défaillances. La dernière conférence de presse du premier ministre, samedi, était un nouveau modèle du genre. D'abord, pour se couvrir, le pouvoir fait porter une bonne partie de la responsabilité sur les scientifiques et le corps médical. Ensuite les annonces à coups d’impressionnants chiffres valent preuve qu’ils ont menti hier en expliquant doctement que les masques et les tests ne servaient à rien.

Il serait d’utilité publique que le gouvernement produise d’urgence les bons de commande de matériels. Car promettre des tests dans trois semaines, alors que le temps presse et que l’Allemagne en a fait un moyen de prévention de masse, relève de l’incurie et de l’irresponsabilité. Et que dire de ces ministres qui un jour appellent à la maison pour le lendemain demander de se précipiter aux champs ou dans les usines pour servir de fantassins non pas au combat sanitaire mais pour la guerre économique que les milieux d’affaires préparent pour « l’après ». Plus que jamais il faut se protéger et protéger le pays en mobilisant tous les moyens industriels, logistiques, scientifiques et humains pour répondre, en masques, en gel hydroalccolique, lits et respirateurs artificiels, aux besoins des patients et de celles et ceux qui les soignent avec tant de courage. De la transparence, des actes pour des choix humains. C’est vital.

samedi 28 mars 2020

Le PCF demande la gratuité des transports pendant le confinement



Plusieurs métropoles ont déjà décidé la mise en place exceptionnelle de la gratuité des transports publics pendant la période de confinement. Les communistes appellent l’ensemble des autorités organisatrices de transport à mettre en place cette mesure au plus vite.

Seuls les salariés des secteurs indispensables (soignants, commerces alimentaires, nettoyage, collecte des déchets, énergie...) utilisent les transports publics aujourd’hui. Ils sont plusieurs centaines de milliers chaque jour dans tout le pays, dont environ 500 000 en Ile-de-France.
Nous devons faciliter la vie de ces salarié-e-s qui prennent des risques pour tous leurs concitoyen-n-es au quotidien, et accorder au plus vite la gratuité des transports. Cela permettra également de ne pas mobiliser tous les personnels de maintenance des appareils de paiement de titres de transports et d’éviter des manipulations de moyens de paiement.

Il y a urgence à prendre cette décision alors que le début du mois d’avril approche, et que nombre de salarié-e-s auront à acheter un abonnement mensuel.

Les autorités organisatrices de transport public doivent affronter de très fortes pertes de recettes, du fait de la suppression temporaire du versement transport et de la baisse massive du trafic. Le manque à gagner dépassera très probablement 1 milliard d’euros. Des financements devront être trouvés via le budget de l’Etat ou des recettes exceptionnelles comme la taxation des dividendes. A l’échelle de ces montants, le non-paiement pendant la période de confinement des salariés obligés d’utiliser les transports publics représentent des sommes très faibles.

Nombre de salarié.es sont chaque matin inquiets quand ils doivent se rendre au travail. La moindre des choses serait au moins de ne pas les faire payer pour qu’ils puissent s’y rendre.


Parti communiste français,

vendredi 27 mars 2020

« Constat d’échec », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité de ce jour !



Le chef de guerre a le torticolis. Ses accents de contrition devant les soignants de Mulhouse à la plus violente des crises sanitaires, en ont dit plus qu’il n’en fallait pour mesurer l’impasse dans laquelle les gouvernements – dont le sien – ont emmené l’hôpital depuis plus de vingt ans à coups de réformes gestionnaires. Mais ses mots ont « en même temps » fait mine d’ignorer que ce n’est pas le rythme des changements, mais bien le cap imposé qui pose problème. L’ambiguïté macronienne est décidément peu à l’aise avec les moments de vérité comme celui que nous vivons.

« Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment fort », a euphémisé le président de la République, en promettant « à l’issue de cette crise un plan massif d’investissement ». Il y a deux messages importants dans cette phrase. Le premier, c’est la reconnaissance que l’hôpital est gravement sous - doté, et qu’il faut y remédier. L’aveu est d’autant plus significatif que le plan annoncé il y a quatre mois à peine par Édouard Philippe était censé avoir résolu le problème. C’est donc un constat d’échec en règle que dresse Emmanuel Macron. Est-ce le signe annonciateur du changement tant attendu ? Rien n’est moins sûr, et le personnel a bien raison de ne pas se contenter de belles paroles. Le deuxième message appelle justement à la vigilance et à la mobilisation. Car la question n’est surtout pas d’aller « plus vite et plus fort » dans une direction qui a déjà fait tant de mal. Ce ne serait pas la première fois qu’un responsable politique reconnaît la crise de l’hôpital pour poursuivre les « réformes » et les restructurations néfastes. On se souvient à ce titre des grandes annonces du plan Hôpital 2012, tandis qu’étaient renforcés les critères managériaux du privé et la désastreuse tarification à l’activité, au détriment du service public.

Le temps n’est plus aux faux-semblants. Le président de la République l’a – t – il  compris, quand il a pris l’ « engagement pour la nation toute entière » d’une réponse profonde et durable aux maux de l’hôpital ? Il faut l’espérer, pour que l’exceptionnel dévouement des soignants serve à bâtir cet autre monde d’après la crise.

jeudi 26 mars 2020

Conséquence(s). Le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité-Dimanche



 Avons-nous déjà changé de monde?

Évidence. Voir, écouter, tâcher de comprendre, puis dire, essayer de transmettre sans même savoir qui de l’émetteur ou du récepteur s’avère le mieux capable d’ingurgiter en bloc, avant d’esquisser des analyses parfois démenties dès le lendemain… Tout va trop vite, n’est-ce pas? Quand plus de trois milliards d’individus se trouvent désormais en situation de confinement sur notre Terre et que l’ONU déclare que «l’humanité entière» est menacée, nous ne pensons pas seulement à établir un impitoyable bilan de faillite généralisée ou à instruire en justice les mécomptes d’une globalisation folle. Non, nous imaginons, déjà, notre conduite future. Si nous avons le droit de croire que «plus rien ne sera comme avant» et que nous vivons les prémices d’une sorte de révolution anthropologique, cela signifie qu’une évidence s’impose à beaucoup d’entre nous: cette crise nous oblige à mûrir (pour certains), à mieux verbaliser (pour d’autres), sachant qu’il importe de combler l’écart entre la conscience et l’action. L’urgence tient en une phrase: la limitation de la casse économique ne doit pas prévaloir sur la limitation de la casse sanitaire. L’à-venir se concentre autrement: la pandémie doit nous conduire à habiter autrement le monde.

Dogmes. Sans vouloir philosopher et politiser à outrance, le bloc-noteur accepte volontiers la parole des autres. Celle de Léa Guessier, par exemple, pseudonyme d’un collectif de hauts fonctionnaires tenus au devoir de réserve, qui écrivait dans le Monde cette semaine: «Nous avons déjà changé de monde et le gouvernement fait mine de ne pas le voir.» Cette phrase n’a l’air de rien, mais à la faveur de la gravité de la crise encore devant nous, elle résonne fort. D’autant que ledit collectif ajoutait: «Mettons de côté les croyances et les dogmes liés au “bon fonctionnement du marché”.» Les gens d’esprit plus ou moins en vue, les talons rouges de la «démocratie d’opinion» peuvent aller se rhabiller devant de tels mots. Leurs présupposés libéraux ne tiennent plus la route. Cette petite noblesse par raccroc, qui se gonflait, se pavanait et s’emplumait, arrive à l’âge terminal des vanités. Leur légèreté conceptuelle est balayée par la réalité et le poids de la prise de conscience sur les dispositions prioritaires. Comme l’écrivait un jour Régis Debray, sorte de rappel à l’ordre des choses aux classes dominantes: «Sachez, messeigneurs, que Rousseau n’était pas seulement un éloquent et un gracieux. Il vous a aussi envoyé le Contrat social dans les gencives, souvenez-vous-en!»

Vœux. Chaque décennie sa dominante, mais, en tout cas, la page n’est jamais blanche, et le moule jamais vide. Dans les années 1960, le fond de toile était rouge; il passa au rose, puis au bleu thatchérien par alternance, puis aux couleurs de la bannière étoilée made in USA, etc. Nos modes de vie et tout notre système économique ont été orientés sur une forme de démesure, de toute-puissance financière, consécutive à l’oubli de notre corporéité et de l’essentiel: l’humain d’abord. Tempérance, bon sens, humanité: autant de valeurs piétinées par le capitalisme rendu à sa sauvagerie. En écho, la philosophe Corine Pelluchon, qui ne passe pas pour une enragée gauchiste, n’appelle pas pour rien à «une transformation collective et individuelle». Elle écrit: «Notre modèle de développement génère des risques sanitaires colossaux et des contre-productivités sociales, environnementales, psychiques. Non, le soin, la protection des plus fragiles, l’éducation, l’agriculture et l’élevage ne peuvent pas être subordonnés au diktat du rendement maximal et du profit financier à tout prix. Il importe d’organiser le travail en fonction du sens des activités et de la valeur des êtres impliqués.» Ce qu’elle appelle de ses vœux? Un «vrai projet de civilisation». L’idée progresse, se propage, se diffuse à la manière d’une épidémie. Paradoxe cruel: les conséquences du virus feront peut-être changer les hommes plus vite que tous nos illustres combats réunis… 


Le virus ronge aussi … les dogmes capitalistes ! (Patrick Le Hyaric)

« Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés ». La parabole de La Fontaine dans sa fable Les animaux malade de la peste traverse les siècles avec le même à-propos. Le virus est un grand niveleur de conditions. Il ne choisit ni le rang social, ni les origines de ses victimes. Dans son universelle cruauté il trace un trait d’égalité funeste entre les êtres humains et, ce faisant, fait craquer l’épais verni d’illusions qui recouvre nos sociétés. Et, débarrassées de leur chaire grasse, leur squelette n’est pas beau à voir. Car comme le conclut La Fontaine, seul importe au bout du compte de savoir si « vous serez puissant ou misérable ». Les travailleurs seront-ils à nouveau, comme le baudet de la fable, les victimes expiatoires de la crise actuelle et future?


C’est toute la construction de la société en classes sociales antagonistes, l’organisation de la production, la condition des travailleurs, la casse méthodique des solidarités publiques, les dogmes libéraux, les tares de la construction maastrichtienne de l’Europe, la futilité marchande, le désastre écologique poussant la nature à la vengeance, qui s’exhibent crument sous nos yeux ébahis. Le virus est devenu le grand révélateur du système d’inégalité et de prédation qui structure nos existences sous domination du capital.
Le moment historique que nous vivons est celui d’un vaste aggiornamento de la vie collective, d’une prise de conscience générale des inégalités. Nous comprenons ainsi aisément que les mesures de confinement, bien qu’indispensables, ne peuvent être vécues de la même manière selon la condition sociale des individus. Certains ne se privent d’ailleurs pas de témoigner de leur confinement de première classe en résidence secondaire quand d’autres sont invisibilisés dans un surpeuplement locatif éprouvant. Il en va tout autant du télétravail, vanté par le gouvernement comme remède miracle pour stopper la contagion. S’il est aisé voire confortable pour les cadres, il s’avère impossible pour de nombreux ouvriers. Et il aura fallu plus de deux semaines pour que le gouvernement daigne prendre les décisions nécessaires pour garantir leur absolue sécurité sanitaire, et plus encore pour commander les fameux masques de protection qui avaient disparu des réserves stratégiques de l’Etat… Mais « en même temps », la ministre du travail s’est empressée de commander aux entreprises des bâtiments et travaux publics de continuer leur activité.
Le travail est ainsi montré dans sa vérité, à rebours des illusions dont l’enrobent les libéraux indifférents à l’utilité sociale des métiers et qui, à chaque contre-réforme, cherchent à dissimuler les injustices criantes en rémunération ou pénibilité.
Chacun s’aperçoit désormais que les métiers les plus essentiels à la vie collective et parmi les plus durs, les travailleuses et travailleurs qui répondent si vaillamment présents, dans les transports, la santé, l’énergie, l’agriculture, la distribution, le ramassage des ordures, les services, la fonction publique, les chaines de production essentielles, sont en « temps normal » les moins considérés et rémunérés. Les travailleurs qui bénéficient d’un régime de retraite dit « spécial », brutalement dénigrés lors des débats sur la contre-réforme gouvernementale, le justifient pleinement en montrant non seulement leur utilité, la dureté de la tâche, mais aussi leur engagement indéfectible au service de l’intérêt général. Que le « temps normal » apparait aujourd’hui anormal ! Cette absurde inversion instituée par le capitalisme ne peut plus durer. Le virus dévoile le scandale quotidien du mensonge et du grand renversement des valeurs. Il appelle à remettre le monde sur ses pieds. Les salaires mirobolants et la reconnaissance sociale indue de certaines sphères à l’utilité sociale relative, ne peuvent plus être tolérés. Les travailleurs, ouvriers et employés, doivent pouvoir bénéficier de conditions de travail et d’une retraite digne de leur engagement et de leur rôle social. Cette responsabilité appartient désormais aux gouvernements actuels et futurs, surtout à l’heure où les retraites par capitalisation s’effondrent avec les marchés financiers, comme au Pays-Bas où le principal fond de pension, ABP, a annoncé une baisse des pensions pour combler ses pertes.
L’ensemble du monde économique tremble. Dans l’urgence le ministre de l’économie a dit envisager des nationalisations, de peur que l’emballement des marchés ne fasse chuter des fleurons de l’économie nationale. L’hypothèse, mêlée à des mesures d’interdiction des licenciements, sème le trouble dans les alcôves du patronat qui craint qu’elle ne fasse date et que leur rôle soit contesté en cette période si spéciale. Car en toute logique et en temps de guerre, fut-elle sanitaire, ce n’est pas au patronat de définir ce qui ressort des « secteurs stratégiques de l’économie » ou de mobiliser les travailleurs mais à la puissance publique. Garante de la sécurité sanitaire des salariés elle devrait, avec l’appui des syndicats, prendre les commandes de la production et déterminer les chaines de production utiles pour répondre aux besoins essentiels. Ceci pourrait servir à remettre sur ses pieds la logique d’un monde plongé dans l’absurde et contribuer à redéfinir la valeur de la production et le pouvoir de décision dans l’entreprise.
Les dogmes imposés par l’Union européenne de Maastricht et Lisbonne sont renversés par les évènements. D’abord, l’Etat tant décrié revient au pas de course. Les fameux 3% de déficit autorisé, au nom desquels les gouvernements ont massacré la santé publique, sombrent par nécessité. Car évidemment, quand l’économie est frappée, c’est aux Etats donc aux citoyens de monter au front. Pourquoi la Commission européenne a tant tergiversé sur toute forme d’aide, pour finalement injecter 750 milliards d’euros non pas dans l’économie réelle, la production et les services publics, mais dans la banques et la finance ? Y aurait-il comme un chantage exercé contre les Etats pour plus de convergence budgétaire, au moment même où les besoins sont immenses pour faire repartir une activité saine, sociale et écologique ? Cette attitude est irresponsable et mesquine. L’endettement contraint d’Etats plongés dans l’austérité au nom de la stabilité monétaire n’est plus acceptable. L’Italie en fait l’amère expérience, la France risque d’y passer et l’Allemagne de subir les contrecoups d’une hégémonie précaire, construite sur les ressorts pervers de la mondialisation capitaliste.
Ah oui M. Macron, « le jour d’après ce ne sera pas un retour aux jours d’avant». Tout un système craque. Le vôtre. Ce que nous nous sommes évertués à démontrer face aux certitudes emmurées du gouvernement se rappelle à nous comme des évidences. Les travailleuses et travailleurs, si durement touchés par cette crise, refuseront de revivre le scénario du désastre. Notre vigilance doit être totale sur les conséquences du texte de loi qui institue l’urgence sociale et sanitaire. Si d’aventure le gouvernement voulait s’en servir pour faire des salariés la chair à canon de sa guerre économique pour préserver le système et ses avantages, il trouverait une opposition résolue. Car si toutes et tous sont capables de répondre au défi du redressement une fois le virus dompté, que ce soit à leur condition ! Non plus dans la dépendance de la finance et des actionnaires, mais avec les outils qu’ils se choisiront dans leur intérêt qui est aussi l’intérêt général, pour un  avenir social, écologique et démocratique. L’aggravation de cette crise va inévitablement créer de nouveaux rapports de force entre le travail et le capital. Ici, une fois de plus, c’est le travail qui sauve. Un véritable « nouveau monde » passera par sa reconnaissance nouvelle.



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