LE BLOG DES COMMUNISTES DE ROMAINVILLE

jeudi 19 mars 2020

« Besoin de vérité » (Patrick Le Hyaric)


La tâche du soupçon risque d’être indélébile ! Nul ne conteste que la gestion d’une telle crise sanitaire soit ardue et doive réclamer la mobilisation générale du pouvoir politique. Pourtant, et alors que la pandémie de Covid-19 continue de s’étendre, voici que l’ancienne ministre de la santé – élève modèle de la macronie – dévoile que le pouvoir aurait volontairement retardé les dispositions nécessaires pour affronter le « tsunami » sanitaire.
Ceci au moment où les dirigeants italiens ne cessaient d’alerter et d’en appeler à des actions coordonnées, sans aucune aide des institutions européennes et alors que la présidente de la Commission européenne vient de déclarer que les dirigeants européens ont « sous-estimé » la gravité de la situation.
Lors de son entretien télévisé mardi soir le premier ministre n’a pas démenti les propos de Mme Buzyn. L’affaire est donc grave ! Elle prouverait que l’exécutif n’a pas raisonné en fonction de l’intérêt des citoyens, des travailleurs et des personnels de santé, mais de celui des entreprises, tout en privilégiant la tenue des élections municipales alors que l’alarme était sonnée au sommet de l’Etat. C’est du reste ce même raisonnement qui est actuellement appliquée quand des ministres courent les plateaux de télévision pour annoncer des sacs de milliards d’aides aux entreprises, subitement dénichés, sans annoncer un seul sous de plus pour les services publics.
Mme Buzyn, est allée jusqu’à asséner que le maintien des élections municipales relevait de la « mascarade ». Pire, le Conseil des ministres extraordinaire convoqué le samedi 29 février sur l’épidémie de Covid-19, soit plus d’un mois et demi après les alertes prétendues de Mme Buzyn, a été l’occasion non pas de répondre à l’urgence sanitaire mais de décréter le fameux 49-3, non inscrit au procès-verbal, pour imposer la contre-réforme des retraites.
Les contradictions de la communication gouvernementale se poursuivent. Et, voici que le pouvoir se défausse sur un conseil scientifique dont il a pourtant choisi les membres et dont on se demande la nature des compétences en matière de calendrier électoral. Autrement dit, on cherche à faire porter le chapeau aux scientifiques. L’insupportable poison du soupçon et du mensonge d’Etat fait son chemin au service d’un autre virus : le populisme d’extrême droite.
Si Mme Buzyn avait une conscience si vive pourquoi n’a-t-elle rien dit ? Pourquoi a-t-elle affirmé le 20 janvier que « le risque de propagation du coronavirus dans la population est très faible ». Elle doit maintenant s’expliquer et Le président de la République doit répondre à ces questions.
Sans attendre, les citoyens doivent disposer des délibérations politiques et scientifiques de ces dernières semaines et celles à venir. Des commissions d’enquête parlementaire doivent pouvoir faire toute la lumière sur ces épisodes. L’efficacité dans le combat contre la maladie a besoin de vérité.

« Aux armes », le billet de Maurice Ulrich !



Deuxième jour. Quelque chose a dû nous échapper mais, pour être franc, on a un peu de mal à comprendre le rapport entre l’épidémie et le papier toilette. Des rayons désespérément vides pour les pâtes, le riz, à la rigueur…la peur de manquer, d’avoir faim, mais le papier hygiénique. 

Il faut d’ailleurs à ce propos noter de considérables différences de culture entre les pays que l’on pourrait croire proches à maints égards. Ainsi, les Américains, s’ils se préoccupent aux aussi de leur fessier, semblent avant tout soucieux, si l’on peut dire, d’assurer leurs arrières et leur propriété. 

Les ventes d’armes ont explosé sur tout le territoire. La demande de fusils d’assaut a été multipliée par trois ou quatre. Au vu des précédents ayant établi une correspondance assez étroite entre le nombre d’armes en circulation et les tueries de masse, on peut s’interroger. Attention aux malades ou supposés tels. Çà part vite, ces engins-là. Mais, bon, c’est la guerre. On verra à l’usage ce qui est le plus efficace contre le virus. La bible, les balles ou le PQ.

« Les damnés », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin dans l’Humanité de ce jour !



Pour des millions de laissés-pour-compte, oubliés permanents de la société «ordinaire», la situation extraordinaire due à la pandémie de coronavirus devient soudain une urgence absolue...

Et depuis quelques jours, avec effroi, nous pensons aux sans-abri, aux mal-logés, aux migrants, aux personnes âgées dépendantes, aux plus démunis, aux pauvres, aux damnés de la terre de France… Pour des millions de laissés-pour-compte, oubliés permanents de la société «ordinaire», la situation extraordinaire due au coronavirus devient une urgence absolue qui met au défi l’humanité de tout un pays. Pour eux, la double peine est à l’œuvre, terrifiante. Quête de l’impossible, leur existence n’était déjà pas une vie. Depuis la crise sanitaire et le confinement, qui va enclencher une terreur sociale d’une ampleur sans doute inégalée dans notre histoire contemporaine, leur vie se résume à un seul mot: survie.

Si le moment se résumait encore aux polémiques de classes, nous écririons que, contrairement à la une des Échos, il ne s’agit pas de «sauver l’économie», mais bien de sauver les gens! Et de toutes les manières possibles. Bien sûr, Emmanuel Macron a, dans son allocution, évoqué «les plus précaires, les plus démunis, les personnes isolées (pour qui) nous ferons en sorte, avec les grandes associations, les collectivités locales et leurs services, qu’ils puissent être nourris, protégés, que les services que nous leur devons soient assurés». Propos louables en la circonstance. Mais l’appel à la solidarité citoyenne, importante, n’y suffira pas. Quant aux associations caritatives, privées de leurs bénévoles âgés, elles doivent fermer les accueils, réduire leurs aides: elles aussi appellent au secours. D’autant que la fermeture des restaurants et les mesures de confinement vont précariser davantage ceux qui se nourrissent d’invendus, quels qu’ils soient…

Des mairies progressistes montrent déjà l’exemple, distribuent des repas, viennent en aide à ceux qui vivent dans la rue et les bidonvilles, où ils courent le risque de contracter le Covid-19. Le gouvernement ne pourra se contenter de compter sur des associations à bout de souffle et des collectivités exsangues après des réductions monumentales de dotations de l’État. Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, déclare: «On dépensera sans compter.» Même pour les oubliés? Même pour l’humain d’abord?

mercredi 18 mars 2020

« La baguette », le billet de Maurice Ulrich !



Premier jour. Il est sept heures. La boulangerie n’est qu’à cent mètres. D’ordinaire, quelques petits pas qu’on ne compte guère. Une cinquantaine de mètres sont relativement à couvert dans une rue étroite. Après, c’est une zone exposée. Il faut traverser l’avenue, s’aventurer sur la petite place en se forçant à marcher normalement, respirer doucement, se préparer à répondre tranquillement, sans laisser passer l’émotion. 

« Bonjour Monsieur, vous pouvez nous montrer votre attestation dérogatoire de déplacement, s’il vous plaît ? » La politesse dans ces cas-là semble toujours une menace…pour le moment, pas de police en vue. La boulangerie est toute proche. Plus que quelques mètres. Les jeunes boulangères se maîtrisent remarquablement. Les rayons sont garnis. 

Le pain est cuit et rien ne trahit l’angoisse. Il faut revenir maintenant. Ce sera plus facile. En cas de contrôle, la baguette rend les explications plus crédibles. Enfin, c’est fait. Porte fermée, il est sept heures dix. Plus que quinze heures avant la fin de la journée.

« Le jour d’après », l’éditorial de Maud Vergnol dans l’Humanité de ce jour !



Le monde entier tourne au ralenti, la France vit désormais sous confinement. Cette « guerre sanitaire » va mettre tous les humains à l’épreuve. La première des solidarités consiste à respecter scrupuleusement les consignes des autorités sanitaires. Dans la panique générale, contre « le chacun pour sa peau », la fraternité peut jouer un rôle décisif. Alors que les plus riches se carapatent dans leurs îles privées, les plus fragiles, les plus précaires, sont les plus exposés. L’État doit garantir la sécurité de tous, qu’ils soient ouvriers à la chaîne, SDF, réfugiés ou caissières de supermarché. Ce n’est pas encore le cas. Et viendra le temps du bilan.

Il y a un an tout juste, démarrait le plus long mouvement social que l’hôpital ait connu. Des aides-soignantes, des médecins alertaient les pouvoirs publics sur le risque que faisait peser le manque de moyens sur notre système de santé. L’hôpital public, ce « joyau » que le monde entier nous jalousait, a été dilapidé. Aujourd’hui, un an plus tard, ces lanceurs d’alerte, gazés lors des manifestations, sont au front. Ils font face, quoi qu’il leur coûte, pour sauver des vies. « Ces héros en blouse blanche », comme les appelle à juste titre le président de la République, sauront se rappeler à son bon souvenir au moment voulu.

Emmanuel Macron a affirmé, lundi soir, que « le jour d’après ne serait pas un retour au jour d’avant », et promis de « tirer toutes les conséquences ». Il faudra le prendre au mot. Les crises ont cette vertu qu’elles obligent à des remises en question profondes. Ce sera de la responsabilité de la gauche et de tous les progressistes de remettre ce monde à l’endroit, une fois la crise sanitaire passée. En attendant, plus que jamais, face aux extraordinaires défis du moment at au risque d’une opacité des décisions publiques, notre rédaction fera tout son possible pour vous proposer une information rigoureuse et indépendante. Pour continuer de vous offrir chaque jour un peu d’Humanité.


  ©Template Blogger Elegance by Dicas Blogger.

TOPO